TRAVAUX EN LOGE 6019

 

 

 

 

Qu’est-ce qu’un bon maçon.

Après mûres réflexions, il correspond mieux à mon éthique de l’esprit maçonnique, de répondre au thème suivant : « Qu’est-ce qu’un Maçon ».

Nous pouvons nous interroger sur l’origine du mot « Franc- Maçon ».

Au moyen âge, franc signifie ce qui est libre par opposition à ce qui est servile. Il peut ainsi désigner l’individu qui échappe aux servitudes et droits seigneuriaux.

Mais des textes Anglais de 1376 et 1396 mentionnent ffremassons ou ffremaccons.

Comme le souligne Paul Neudon, il semblerait que ces mots ont été empruntés à notre langue.

A cette époque, Londres était d’ailleurs sous la dépendance du Duc de Normandie- vassal du Roi de France. La langue officielle était le Français.

Si les armes de l’Angleterre ont leur devise rédigée en Français, il en est de même des statuts des ouvriers de Londres, en l'An 1350. Le mot franc peut s'appliquer aussi à la pierre. Une belle pierre de bâtiment est dite à franc « liais », et on parle d'un banc franc ? Gimpal note que les francs-maçons travaillent une excelle pierre calcaire Il ressort donc que la franc-maçonnerie, n'a pas été importée d'Angleterre, mais qu'elle provient de l'ordre des constructeurs. La construction a eu le plus large essor en France et les procédés les plus révolutionnaires y sont nés le plus souvent ; les symboles s'y trouvent inscrits. Les documents les plus anciens proviennent de l'Angleterre dont le gouvernement a toléré les multiples expressions. Les interdictions royales Française n'ont pu permettre l'extériorisation du respect de la tradition. Aussi, retrouverons nous en Angleterre, l'Ordonnance et les statuts des ouvriers (1350 ), écrit d'ailleurs en Français, puis les Ordonnances des Maçons de Londres « 1352 « , qui prouvent que la corporation des Maçons de Londres aurait pris en 1376, le titre de compagnonnage des Francs-Maçons et en 1656, celui de la Vénérable compagnie des Maçons. Retenons que l'Angleterre n'a eu son essor architectural qu'après la France et l'Allemagne, elle reste la grande dépositaire de documents à base maçonnique, ce qui n'établit pas la preuve que l'esprit des corporations soit né sur ce sol, mais montre seulement que la tradition y a été mieux conservée. Le franc-maçon respecte par-dessus toute la personne humaine ; son amour fraternel lui font refuser les mots d'ordre qui vont à l'encontre de la Tolérance. Cette liberté de l'esprit le conduit à la plus grande objectivité. La discipline qui règne en Loge lui permet de juger sainement, car elle a aiguisé son sens critique. Il faut d'abord douter pour croire. Le franc-maçon admet toutes les idées, les écoute, mais peut les réfuter car rien ne doit faire obstacle à sa raison. Il s'élève contre le dogmatisme et condamne toutes les intolérances. En ouvrant des conceptions autrement plus vastes, s'améliorer même dans l'exercice de sa mission journalière. Le compagnonnage médiéval illustre cette élévation spirituelle provenant de la sacralité du métier. Créer dans la joie, accomplir consciemment, c'est aller vers une réalisation plus parfaite de son être. Citation de Lantoine, tolérons non seulement, qu'on ne pense pas comme nous, et qu'on ne nous ressemble pas. Par le contrôle de son individu, le franc-maçon acquiert la plus large indépendance mais il doit s'intégrer dans un corps fortement discipliné, donc fort hiérarchisé. Le Maître spirituel ne peut mettre que sur le bon chemin. Il est l'initiateur, celui qui sème, mais encore faut-il que le terrain soit propice. Personne ne peut accéder à l'illumination, à la fraternelle mansuétude. La connaissance stabilisée. Comme le dit St Yves d'Alveydre, il n'y a pas de sciences occultes, il n'y a que des sciences occultées. Cette liberté de l'esprit ne doit s'exprimer dans des limites prescrites puisque se
déroulant dans un groupement organise. Cette restriction, n'empêche en rien l'indépendance intellectuelle, elle stimule au contraire la hardiesse des vues, la spontanéité car par son silence, elle permet à l'homme de s'interroger en lui-même et, non plus par la pensée d'autrui. Ce qui lui donne l'indépendance, ce don de réflexion et l’autonomie. Qualités de plus en plus oubliées dans le monde actuelle. La connaissance de l'universel conduit à une métaphysique qui est dans son essence illimitée. La tradition admet tous les aspects de Ia vérité, elle ne s'oppose à aucune adaptation légitime. Elle permet à ceux qui Ia comprenne des conceptions autrement plus vastes que tous les rêves de philosophes qui passent pour les plus hardis, mais aussi autrement plus valables et solides. Enfin elle ouvre à l'intelligence des possibilités illimitées comme Ia vérité elle-même. Par cette libération totale de l'être, par cet élargissement des vues, une émancipation se produit, un nouvel esprit apparait et, c'est en ce sens qu'un nouvel être nait. Le franc-maçon nouvel initie, meurt a Ia vie profane pour apparaitre dans un nouveau milieu stabilisateur des valeurs spirituelles. En ce sens, Ia franc-maçonnerie est une école puisqu'elle permet à l'adepte de maitriser ses passions, de se dominer, et le franc- maçon mieux que tout autre homme, doit pouvoir s'adapter aux circonstances mouvantes de l'existence. La franc-maçonnerie inculque à tous le respect d'autrui, Ia permanence de la spiritualité. La maçonnerie est aussi une chevalerie par Salomon et, comme tous bon chevalier le maçon est désintéressé. II doit défendre ses semblables contre les misères tant matérielles que morales. Le franc-maçon est un homme libre dans une loge libre, car il est un homme libre et de bonnes mœurs. On y ressent un esprit de liberté, de tolérance et de fraternité avant foi en Ia personne humaine. Le maçon doit aussi voir avec les yeux de l'esprit. Voir c'est penser intensément et aussi regarder avec amour. Le franc-maçon respecte par-dessus tout Ia personne humaine. Son amour fraternel lui font refuser les mots d'ordres qui vont à l’encontre de Ia tolérance. En ce qui nous concerne, si l'on remonte à la racine des idées, nous appelons un initié un homme de Dieu et, nous devons beaucoup y réfléchir. Ce qui veut dire qu'il s'agit d'un homme du vrai, du beau et du bien avec ou sans référence, à un Dieu définit et précis. Citation pour moi très importante de mon BAF louis Chambon a I'O.E depuis deux décennies. II m'est enfin possible de prier dans tous les Temples du monde, en compagnie des hommes de toutes races et de religions, que nous soyons jaune, blanc, rouge ou noir, riches ou pauvres, bouddhiste, mahométan, juif, chrétien, libre penseur, intellectuel ou manuel. Nos Temples sont ouverts, a Ia seule condition toutefois qu’au-dessus de nos croyances et de nos convictions, que nous admettons, respectons et partageons une croyance millénaire en l'existence de Ia perfection. Les francs-maçons du moyen âge se considéraient comme des collaborateurs dans l'œuvre de Ia création. L’égalité Ia plus absolue régnait parmi les frères. Chacun pouvait examiner sa pensée sans crainte d'être moque ou agresse, mais avec, au contraire, la certitude d'être entendu et compris par un être qui lui est étranger, c'est-à-dire comme Ia main gauche peut prendre Ia main droite. Un dialogue en Loge, c'est un dialogue avec soi-même car, pour chaque frère chacun de ses frères est un autre soi-même. Si un frère sort de sa Loge et franchit les frontières et les océans et, s'il entre dans une Loge d'un pays étranger. II s'y retrouve chez lui en
dépit des différences de nationalités, de couleur de peau, de langage et d'usages. Le rituel, Ia tradition effacent toutes les différences. Le frère visiteur est à son aise dans toutes les Loges. II y est accueilli avec déférence et honneur. Ce comportement maçonnique est le fruit d'une contrainte éducative. La conséquence naturelle de Ia solidarité spirituelle qui unit cette famille d'élection de Ia même manière que Ia solidarité biologique et intellectuelle devrait unir tous les humains. S'iI n’est pas ainsi dans le monde profane, c'est que les hommes ne se perçoivent pas clairement. En revanche les maçons sont conscients de leur solidarité parce qu’ils forment une famille d’élection, une élite au sens étymologique du mot. Ils se sont choisis et élus réciproquement comme frère. Celui qui est dans loge a désiré et obtenu son admission. Ceux qui l’ont examiné, choisi et accepté comme frère. C’est de cette volonté mutuelle que nait l’union des francs-maçons. Le jour où les humains se sont acceptés comme frères, le monde sera une immense loge et l’humanité marchera d’un pas assuré en équilibre vers son destin commun. Un franc-maçon vraiment initié atteint un état d’équilibre qui le met à l’abri de la peur et de l’inquiétude. Il entretien avec les autres hommes et avec le milieu de la nature dans lequel, il vit des rapports privilégiés. Il comprend autrui et il sait se faire comprendre de lui. En un mot, il aile et inspire l’amour lorsque la Loge est fermée et que les maçons retournent vers le chantier de la vie profane pour y accomplir le labeur quotidien. Ils n'oublient pas la mission dont ils sont investis et qui consiste à combattre toutes les formes d’oppressions à défendre la liberté dans toutes ses expressions dans l’ordre de la sérénité et l’estime mutuelle. C’est dans nos loges que s’élabore la morale universelle de demain. Dans le contexte médiéval d’une société enfermée dans un cadre seigneurial. La franc-maçonnerie s’oppose à la notion des privilèges. Elle croit en la perfection de l’homme. Contre le découragement engendré par la condition misérable des roturiers, elle propose la vertu du travail. A l’acceptation passive de la souffrance inévitable elle s’insurge contre la philosophie des épreuves mêmes, si elles sont victorieusement surmontées. Dans un monde où les hommes vivaient, étrangers les uns des autres, prisonniers des murailles des classes et de castres ; elle unissait fraternellement dans ses Loges opératives les ouvriers, bourgeois et seigneurs. Citation Oswald Wirth, la franc maçonnerie exige de ses adeptes qu’ils s’aiment entre eux jusqu’au sacrificie de leur intérêt personnel, et qu’ils soient unis dans un amour profond pour l’humanité. Tu défendras ton frère au péril de ta vie. Le bijou du VM est également un triangle sacré. Cet emblème de la rectitude doit inspirer la droiture dans les pensées et dans les actions. Elles nous enseignent à diriger notre vie et nos actes en conformité avec les règles maçonniques et harmoniser notre conduite avec les principes de la vertu. La clé du compagnon est un instrument long et droit qui sert à tracer des lignes droites mais c’est aussi au sens figuré ce qui peut conduire les hommes à diriger leurs actions et leurs pensées. La ligne droite ne doit pas dévier, elle symbolise aussi la Loi morale. Cette planche remonte à 5982 dans ma loge GNLF de la Pierre Angulaire. Louis CHAMBON était la pour m’écouter, c’était un maçon prestigieux.

J’ai dit.

C. G.

 

 

 
Réflexions sur l'Abolition de l'esclavage
Deuxième partie

 

 

A la gloire du G.A.D.L.U., Mes V. M. et tous mes FF... en vos grades et qualités,


Lors de ma dernière planche sur l'abolition de l'esclavage, nous avions pu découvrir que la prise de conscience au XVIII iéme siècle de l'inhumanité de cette exploitation des hommes entre eux avait été fondamentale dans l'abolition de cette pratique universelle et séculaire. Nous avions également constaté l'importance de la morale chrétienne et l'influence des philosophes des lumières dans ce combat contre l'esclavage. Nombreux furent les Francs-Maçons qui s'impliquèrent dans cette lutte même si des bateaux armés par des négociants du Havre, de Nantes ou de Bordeaux s'appelèrent : • Le Temple de Salomon, • Les Trois Frères, • La Fidélité • l'Atlas • le Franc Maçon... qui disparut en mer avec toute sa "cargaison". Châtiment de Dieu ou sinistre présage ?
 
Par la suite, au long de mes lectures, j'ai découvert, que cette page d'histoire était plus complexe que celle présentée actuellement par un grand nombre de nos contemporains, le plus souvent animé par des arrière-pensées politiques entraînant  à des simplifications, voire des raccourcis simplistes dans leurs analyses. . Ces dernières années, les commémorations célébrant les dates anniversaire de l'abolition de l'esclavage ont fleuri, répandant dans les médias des discours rappelant ceux déjà entendus quelques années auparavant lors des mêmes cérémonies sur la Révolution française et dont l'impartialité me semblait déjà totalement absente et la vérité bafouée. A la recherche d'une approche la plus objective possible, sur les causes et le déroulé de cette première période de mesures pour l'abolition de l'esclavage je n'ai pu trouvé dans tous les articles que j'ai lu aucune réponse me satisfaisant. En désespoir de cause, je suis revenu en arrière et j'ai décidé d'analyser les principaux faits classés par ordre chronologique et, essayer d'en tirer quelques réflexions. Revenons en 1789. La Révolution dite des droits de l’homme, proclamant l’universalité de ces droits, pouvait-elle ignorer l’existence d’esclaves sur les territoires relevant de la souveraineté française ? Et bien contrairement à ce que nous pourrions croire, l’Assemblée constituante (I789-I791) ne porta pas la moindre atteinte au système colonial esclavagiste même si Mirabeau, Brissot ou l'abbé Grégoire présentaient régulièrement des doléances pour y mettre fin.
En fait, ce fut un enchaînement d'événements aux causes multiples qui participa à l'extension des droits humains aux esclaves.
Dès les manifestations de 1789, Outre-mer, la Révolution fut reprise par des colons qui virent dans ses principes le moyen politique de briser la tutelle de la métropole sur leurs activités. N'ayant aucun moyen de se battre si loin et, pour ainsi dire «d'autres chats à fouetter», l’Assemblée constituante finit par donner toutes les libertés octroyées aux citoyens métropolitains aux colons, en excluant bien évidemment les libres de couleur et plus encore les esclaves. Elle accepta la création d'assemblées coloniales blanches dotées de larges pouvoirs et par le décret du 8 mars 1790,  légalisa ces assemblées coloniales, consacrant le principe du gouvernement autonome et le racisme institutionnalisé.
N'acceptant pas cette situation, fin 1790, des mulâtres se révoltèrent, montrant à l’opinion française que les  grands colons ne représentaient pas à eux seuls les colonies, mais peut-être qu’ils en étaient «  l’aristocratie ». Cependant, dans un premier temps, les invocations à la « liberté », habilement instrumentalisées par les partisans du statu quo colonial, représentés à Paris par le Club Massiac, un groupe de pression auprès de l'Assemblée constituante, persuadèrent la majorité des députés de maintenir en l'état l'esclavage.   
En 1791, la révolte s'amplifia pour atteindre la plus grande île des Antilles, St Domingue où, les querelles entre Colons - planteurs, bien représentés à l'assemblée coloniale, qui souhaitaient préserver les liens avec la France, et les « petits Blancs ››, dont les revendications étaient défendues par l'assemblée séparatiste de Saint-Marc, une ville de la province de l'Ouest, dégénérèrent en affrontements et prirent en plusieurs endroits 1'allure d'une véritable guerre civile. Les libres de couleur, dont le statut était l'un des enjeux du débat, devinrent acteurs du conflit ; dans le Nord, Ogé et Chavannes, deux propriétaires mulâtres, lancèrent leurs partisans dans une insurrection armée.
Comme eux, nombre de petits planteurs blancs considérèrent alors que le ralliement des gens libres de couleur à un « front des propriétaires ›› était la seule façon de maintenir le système esclavagiste, ébranlé par la révolte servile et se joignirent aux insurgés.
Cette révolte eut un retentissement particulier parce qu'elle frappait au cœur de la prospérité coloniale, détruisant les riches plantations de la grande plaine du Nord qui en étaient la source principale. Les troupes coloniales intervinrent, capturèrent et mirent à mort dans des conditions atroces, le 26 février 1791 les deux rebelles. Ce dénouement tragique incita les mulâtres du Sud à prendre les armes à leur tour. Ils entraînèrent avec eux les esclaves qui se révoltèrent en nombre durant l'été 1791.
Le pouvoir colonial était totalement affaibli par ses divisions internes et par la défection des libres de couleur les plus politisés, dont un certain nombre finit par rejoindre les esclaves en révolte. Tel fut le cas des chefs mulâtres du Sud, comme Toussaint Louverture, un noir affranchi devenu propriétaire, qui rejoignit les rangs des insurgés avec de nombreux de ses partisans quelques mois après l'incendie de la plaine du nord en novembre 1791, ôtant à l'autorité coloniale toute capacité de riposte armée et judiciaire.  
Pendant ce temps, à Paris, alimentés par les nouvelles des Antilles, les Amis des Noirs reprirent leurs actions en faveur de l'Abolition de l'Esclavage et firent évoluer l'Assemblée constituante dans leur sens. Le 15 mai 1791, les députés adoptent, après un débat houleux entre l'abbé Grégoire, Pétion et Robespierre, favorables aux droits politiques pour les libres de couleur, et Barnave, Moreau de Saint-Méry et l'abbé Maury, favorables aux privilèges des colons blancs, un décret qui accorde la citoyenneté aux gens de couleur, nés de parents libres. Ce décret fut abrogé le 24 septembre suivant pour être finalement élargi par la nouvelle Assemblée législative grâce aux Amis des Noirs le 4 avril 1792 : l'égalité des droits politiques est pleinement accordée aux libres de couleur.
Cette décision intervenant dans une situation de guerre civile entraîna dans les Antilles l'exil d'un grand nombre de maîtres blancs avec dans leur immense majorité, leurs esclaves. Ils diffusèrent dans tout l'espace Caraïbe les structures de l'économie de plantation, mirent en valeur de nouveaux espaces sur le modèle du «paradigme sucrier›› ; la Louisiane, Cuba, la Jamaïque, les rives de la vice-royauté hispanique de la Nouvelle-Grenade puis le sud-est des États-Unis. Ces mouvements de population s'inscrivent dans une démographie américaine caractérisée par une forte mobilité. Ces départs s'apparentèrent au phénomène de l'émigration dans la France révolutionnaire : fuite devant l'insécurité, recherche de la protection des troupes anglaises, proscriptions politiques. À SaintDomingue et à la Guadeloupe se produisirent d'importants transferts de propriétés, les biens des émigrés étant placés sous séquestre, souvent affermés. Les émigrés formèrent d'importantes colonies urbaines, particulièrement aux États-Unis (Philadelphie, Charleston, ….).
Les petits colons qui étaient restés sur leurs terres, prirent contact avec les Anglais, pour une protection militaire, la garantie du maintien de l'esclavage et du préjugé de couleur, la liberté commerciale. Par ailleurs, l'Assemblée dépêcha des commissaires civils (Sonthonax, Polverel) avec pour instruction de faire appliquer le décret sur légalité civile sans toucher à la question de l'esclavage. Mais, devant l'anarchie croissante et surtout la détermination des autonomistes blancs d'ouvrir les principaux ports aux Anglais, les commissaires en arrivèrent bien vite à la conclusion que l'unique voie pour conserver la colonie à la République était de rallier les troupes d'anciens esclaves réfugiés dans la partie espagnole de la colonie en proclamant l'abolition immédiate de l'esclavage. L'autorité militaire se délitait ; le gouverneur Galbaud fit cause commune avec les colons, le commandant du corps expéditionnaire, Laveaux, resta fidèle aux commissaires. En juin 1793, les autonomistes ouvrirent plusieurs ports aux Anglais. Le 29 août, Sonthonax proclama l'abolition immédiate de l'esc1avage dans le nord de la colonie, suivi par Polverel dans l'ouest et le sud.
Une résistance isolée à l'occupation anglaise, se maintint : Laveaux, dans le nord-ouest, les chefs mulâtres Rigaud et Beauvais dans le sud conduisant à une situation de chaos. Les commissaires furent rappelés en métropole pour rendre compte de la complexité de la situation et de leur initiative.
 
En France, la Convention montagnarde, en pleine répression dans les terres vendéennes nouvellement conquises, défendant âprement les frontières contre les armées coalisées et faisant face aux rébellions des villes suite à une terrible disette, instaure la terreur. Elle est dans la plus totale incapacité de conduire quelconque action dans les tropiques. A l'unanimité, le 16 pluviôse an Il (4 février l794), elle décrété la liberté générale pour tous les habitants de Saint-Domingue, légitimant après coup l'initiative de ses commissaires. Les effets du décret du 16 pluviôse furent décisifs sur le rapport de forces ; les 5 000 hommes de Toussaint Louverture rallièrent les troupes républicaines.
Un an plus tard, l'action coordonnée par Laveaux, Louverture dans le nord et Rigaud dans le sud, permit la libération des villes principales ; partout Espagnols et Anglais battirent en retraite.
Le 29 Août 1794, la Convention étendait à toutes les colonies françaises l’abolition proclamée à Saint-Domingue. Ainsi, la Révolution française réintégrait au sein de l'humanité les centaines de milliers d’Africains réduits en esclavage après avoir été déportés en Amérique.


Après cette étude un peu fastidieuse de faits, on est bien loin de la propagande jacobine, tiersmondiste ou indigéniste actuelle qui tend à expliquer que les « bons » représentants du peuple parisien ont libéré de leurs entraves tous les enchaînés de la terre ou que les «  pauvres » esclaves vivants dans des conditions d'asservissement épouvantables se sont levés et sont « descendus dans la rue les armes à la main » pour acquérir leurs libertés.
Depuis toujours la vie aux colonies était fondée sur un équilibre instable entre les différentes communautés que constituaient les planteurs, les petits blancs qui ne portaient pas à cette époque des gilets jaunes, les mulâtres, les libres de couleur et les esclaves. Cette apparente harmonie reposaient sur un subtil mélange fait d’intérêt, de terreur, de gestion publique mais aussi d'humanité ou plutôt de charité chrétienne. Souvent, cet équilibre se rompait et des mulâtres ou des esclaves se révoltaient. Ceci avaient été le cas dans le début des années 1780 à Saint-Pierre en Martinique, où des esclaves avaient répandu la fausse nouvelle qu'un décret royal leur avait accordé la liberté. Dans toutes ces révoltes, avant un facteur déclencheur qui était souvent issu de faits divers concernant des esclaves, on retrouvait ces ferments qui conditionnaient leur vie: l'absence d'une quelconque éducation ou enseignement, les rumeurs, les rites d’initiation africains, le rôle de la musique et, aucune aspiration donc espoir d'accéder à une vie meilleure hormis celle de survivre.


Aucun grand courant politique n'animait vraiment ces populations sinon celui de « massacrer tous les blancs ». Elles s'organisaient au mieux de leurs intérêts pour les plus favorisés et de leur survie pour les autres.
Tiens, cette réalité socio-politique de la fin du XVIII éme ne pourrait-elle pas s'appliquer et présenter à l'identique la segmentation et la vie de certaines de nos populations résidant actuellement sur notre territoire?
Revenons à notre étude. Alors que la situation aux Antilles se stabilise, à Paris tout bascule. Le 28 juillet 1794, Robespierre et les membres du Comité du Salut public sont conduits à l'échafaud.
 “C'était bien toute une guenille humaine, éclaboussée de sang et de boue, qu'on jetait ... dans la charrette du bourreau ….Et, soudain, la Révolution, brusquement arrêtée à un tournant imprévu, va virer sur elle-même. A l'étonnement de ceux-là même qui ont fait le 9 thermidor, cet événement va apporter au pays la réaction, parce que le pays en veut tirer la liberté et la paix ". dira un proche de Fouché, instigateur avec Tallien et Barras du renversement de Robespierre.    
Profitant de cette nouvelle situation, après le départ pour la Métropole des généraux Laveaux et Sonthonax, Toussaint Louverture qui s'était proclamé gouverneur, mena en 1799 une guerre d’extermination contre les mulâtres de Rigaud dans le sud, puis annexa la partie espagnole de l’île. En 1801, il se fit désigner gouverneur à vie par une assemblée désignée. Cette dernière rédigea une Constitution autonomiste rétablissant notamment le travail forcé dont les conditions étaient quasiment similaires à celles de l'esclavage.


A Paris, le Directoire se traduira in fine par un brusque tournant autoritaire de 1799 à 1800 avec la montée au pouvoir de Bonaparte. Il brisa totalement ce lien entre révolution des droits de l’homme et abolition de l'esclavage. Dès 1802, le Consulat opta pour un retour à l’ancien régime colonial en rétablissant l'esclavage et la traite négrière. Pour les anciens esclaves et les libres de couleur, la fin de la République n’était pas une vaine formule : elle se concrétisait par le retour à la servitude pour les premiers et l'inégalité des droits pour les seconds. Le processus révolutionnaire qui avait conclut à l'abolition se déconstruisit, puis engagea un processus inverse de restauration dans les années 1802-1804 avec le désarmement des troupes de couleur et le rétablissement total de l'esclavage dans ses plus terribles conditions.
Deux événements favorisèrent cette décision: le coup d’État de Bonaparte, qui supprimait la garantie constitutionnelle de la liberté générale, inscrite dans le texte de 1795, et la paix avec l'Angleterre, qui autorisait le régime consulaire à mettre en œuvre un projet global pour les Caraïbes.

 

Les héritiers de la Société des amis des Noirs encore présents avaient été totalement marginalisés. Seul, l'abbé Grégoire ne devait sa liberté et restait libre de ses propos et ses mouvements qu'à l'amitié que lui portait Fouché. “Il est des destinations toutes marquées: Grégoire n'a qu'à aller à Saint-Domingue, on l'y fera pape”. s'irritait Napoléon à son sujet.
La politique coloniale du Consulat se trouvait totalement influencée par les nostalgiques de l’Ancien régime et de sa prospérité, qui reposait sur la plantation esclavagiste. Les pièces maîtresses du projet étaient la Louisiane, la Martinique et Saint-Domingue: • La Louisiane, cédée par 1’allié espagnol, devait permettre de restaurer l’influence de la France en Amérique du Nord et de contrer l’expansion des États-Unis. • La Martinique, occupée par les Anglais en 1793, n’avait jamais connu l’abolition de l'esclavage. • Le sort réservé a Saint-Domingue n’était pas fixé : un groupe plaidait pour l'entente avec Toussaint Louverture, qui faciliterait le retour (les colons émigrés et la restauration de l'économie de plantation sous le régime du travail forcé ; un autre, majoritaire, insistait sur le mauvais exemple offert par l’insubordination d’un « nègre » et les accords commerciaux de celui-ci avec les États-Unis.
La promulgation de la Constitution autonomiste de Toussaint Louverture conduisit Bonaparte à employer la manière forte, préconisée par le lobby esclavagiste devenu puissant depuis le 18 Brumaire. De plus, la population française influencée par les récits des atrocités commises par les esclaves révoltés souhaitaient le retour à une situation antérieure. Rappelons qu'à cette époque, la production sucrière à Saint-Domingue représentait plus de 50% de la production mondiale et que plus d'un français sur dix vivait du commerce colonial signifiant une source de revenus indispensable à l'économie de la France. Enfin, il est possible que l'influence de Joséphine ne fut pas neutre dans cette décision. Un corps expéditionnaire, commandé par le général Leclerc, mari de Pauline Bonaparte, débarqua à Saint-Domingue en mars 1802. Officiellement, l’objectif n’était pas le rétablissement de 1’esclavage, mais le retour des colonies sous tutelle métropolitaine et le désarmement des troupes de couleur. Toussaint organisa la résistance au corps expéditionnaire, gagnant les montagnes et incendiant plusieurs villes. Cette première phase de la guerre se termina par l'arrestation de Toussaint Louverture le 7 juin 1802, sa déportation en France et le ralliement à Leclerc de la plupart de ses généraux.
En Guadeloupe, les tentatives de désarmement de Richepanse se heurtèrent à une résistance des troupes de couleur menées par les officiers Delgres et Ignace. La mort de ceux-ci entraîna une répression sanglante, prélude au rétablissement de l'esclavage, en juillet 1802.

 

Mais avec l'apparition de la fièvre jaune décimant les troupes métropolitaines, les officiers de couleur de Saint-Domingue reprirent les armes. Avec des groupes d‘insurgés isolés, ils lancèrent conjointement un appel d'insurrection générale en septembre 1802. Un an plus tard, les survivants du corps expéditionnaire décimés par la maladie, qui avait également tué le général Leclerc, encerclés dans quelques villes isolées, capitulaient. Pendant ce temps, la rupture du traité d'Amiens et la reprise des hostilités avec l'Angleterre qui avait confisqué plus de 1200 navires français rendait impossible l'envoi d'un nouveau corps expéditionnaire.

 

Le général noir Dessalines proclama l'indépendance de Haïti (nom d’un ancien d'un royaume caraïbe) le 1 janvier 1804.  Ce fut la première république noire indépendante.
Entre nous, lorsque nous voyons son état actuel, ne pouvons nous pas supposer que les grands puissances lui ont fait, consciemment ou inconsciemment cher payer cette proclamation et comment se fait-il qu'aucun mouvement ou porteur de théories indigénistes qui nous repaissent de leur bonnes intentions ou de leurs condamnations incessantes de la colonisation n'ait pas porté plus haut le flambeau de la transformation des conditions de vie misérables sur cette île?
Revenons à l'Histoire. C'est dans ce contexte avec l'occupation des colonies par l'Angleterre et l'Espagne que la Restauration revint aux affaires à Paris. Pour le roi Louis XVIII, la question de l'abolition de l'esclavage ne fut pas prioritaire, même si le Congrès de Vienne en 1815, sous l'influence de l'Angleterre avait déclarée illégale la traite des noirs. Il est à noter que la France devait sa présence à Vienne que parce que Talleyrand avait promis aux anglais qu'il voterait contre la traite des noirs.  
Mais le temps passe;  nous sommes déjà au XIX ième siècle qui occupe une place très particulière dans l’histoire de la traite négrière organisée par les puissances occidentales pourtant déclarée illégale. En effet; elle a continué à prospérer pendant plusieurs décennies, jusqu’au début des années I860. Ainsi, sur les presque quatre siècles d’existence de la traite des Noirs d'Afrique vers les colonies européennes, le XIX ième siècle arrive en seconde position, avec prés de deux millions de déportés, juste derrière le XVII ième siècle, apogée de la traite légale. ll convient de s’interroger sur cette apparente contradiction entre l’interdiction internationale de la traite et sa poursuite quasiment au grand jour.
Par ailleurs, si la lutte contre la traite avait été l’objectif principal des anti-esclavagistes du XVIII ième siècle : aspect le plus inhumain du système négrier, elle en était également son point faible.
Arrivé au termes de cette planche, je suis loin de mon objectif initial qui était de discourir sur la fin de l'abolition de l'esclavage. Mais, comme je vous l'avais dit en préambule, je me suis laissé conduire par la chronologie des faits et in fine qu'ai je découvert? Ai-je avancé?
 
Comme vous avez-pu le constater, ce sujet est immense et éminemment complexe. Ceci se trouvera d'ailleurs confirmé dans l'enchaînement des actions qui conduiront à l'abolition de l'esclavage au milieu du  XIX ième siècle.
Mais, ce qui semble se détacher de ce travail ne serait ce pas qu'une caractéristique principale de ce grand fait historique soit la similitude étonnante qu'il présente avec les problèmes qui bouleversent notre société et menacent notre vie d'aujourd'hui. Flux migratoires, chocs des civilisations, intérêts économiques majeurs, guerres, humanisme, ne sont-ils pas toujours d'actualité  conditionnant  notre actualité?
Au milieu des tempêtes que traverse notre vieux pays, pouvons-nous tirer des enseignements à partir de cette étude approfondie de l'abolition de l'esclavage et, en ce qui nous concerne plus particulièrement, de l'implication et de l'influence réelle des Francs-Maçons dans ce combat? Sur ce dernier point, une analyse précise des actions conduites tout au long de leurs vies par  l'Abbé Grégoire et Victor-Schoelcher devrait nous éclairer.


J'ai dit.  

 

LES ABBES REVOLUTIONNAIRES

 

Au commencement était les États Généraux que Louis XVI convoque pour lever des impôts.

 

Ces États Généraux prévoyait une représentation par tiers :

 

  • La noblesse,
  • Le clergé,
  • Le tiers état.

 

On aurait pu s’attendre, lorsque la Révolution s’instaure, que le Clergé prenne une part importante dans les nouvelles institutions.

 

Il n’en sera rien, seuls quelques ecclésiastiques marqueront la Révolution de leur empreinte :

 

  • Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, évêque d’Autun,
  • Henri Grégoire, abbé d’Embermenil et de Vaucourt,
  • Emmanuel-Joseph Siéyès, chancelier de la Cathédrale de Chartres

 

Et dans une moindre mesure les abbés Fauchet et Lamourette.

 

Ayant déjà consacré un morceau d’architecture à Talleyrand-Périgord, je me consacrerai aujourd’hui aux deux abbés révolutionnaires, Grégoire et Siéyès.

 

Leurs origines :

 

Henri Grégoire est né le 4 décembre 1750 à Vého, près de Lunéville.

 

Il naît français, puisque sa paroisse fait partie de la province des Trois-Évêchés, et non du Duché de Lorraine.

 

Son père, Sébastien Grégoire, est un tailleur d'habits respecté, ayant eu un temps un office d’échevin, et sa mère Marguerite Thiébaut, est une femme unanimement décrite comme d'une grande piété et ayant un souci constant des choses de la religion en cette époque marquée par la ruralisation du bas clergé qui reste alors un moyen d’ascension sociale.

 

Henri Grégoire commence ses études avec le curé de son village qui remarque ses dispositions intellectuelles dès l'âge de cinq ans. Lorsque celui-ci n'a plus rien à lui apprendre, il rejoint l'abbé Cherrier dans le village voisin d’Emberménil, paroisse dont dépend Vého. Il a alors huit ans.

 

Il étudie, en compagnie de fils de hauts fonctionnaires au service du Duc de Lorraine Stanislas Leszczynski, beau-père de Louis XV, sur des livres de Racine, de Virgile, mais aussi à partir de la Grammaire générale de Port-Royal.

 

Grégoire est ensuite orienté par l'abbé Cherrier pour suivre des études au collège jésuite de Nancy de 1763 à 1768. Il s'y lie avec un de ses professeurs, M. de Solignac, ancien secrétaire de Stanislas Leszczynski, qui semble avoir eu une influence intellectuelle importante sur son élève, lui faisant découvrir les idées des Lumières et lui ouvrant les portes des milieux intellectuels lorrains.

 

Je rappelle, à toutes fins utiles, que lorsque Voltaire se doit de quitter la France pour censure, il se ressource à de nombreuses reprises auprès de Stanislas Leszczynski à Commercy et Lunéville.

 

Henri Grégoire conserve un excellent souvenir de ses études chez les Jésuites, même s'il a des reproches à leur faire : « J'étudiais chez les Jésuites de Nancy où je ne recueillis que de bons exemples et d'utiles instructions. […] Je conserverai jusqu'au tombeau un respectueux attachement envers mes professeurs, quoique je n'aime pas l'esprit de la défunte société dont la renaissance présagerait peut-être à l'Europe de nouveaux malheurs ».

 

Après le collège des Jésuites, il est orienté vers l’Université de Pont à Mousson. Lorsque la Compagnie de Jésus est bannie de France en 1763, l'enseignement est réorganisé par le diocèse et Grégoire rejoint la toute neuve Université de Nancy où il a comme professeur Antoine-Adrien Lamourette, futur évêque constitutionnel de Lyon.

 

De 1769 à 1771 il y étudie la philosophie et la théologie, pour faire suite aux humanités et à la rhétorique qu'il avait étudiées auparavant. Parallèlement, il suit des cours au séminaire de Metz tenu par les Lazaristes.

 

Alors qu'il passe une année comme régent de collège hors du séminaire, Grégoire commence à se lancer dans le monde. Il consacre notamment une grande partie de son temps à la poésie. Son premier succès public est le prix de l’Académie de Nancy, décerné en 1773 pour son Éloge de la poésie (il a alors 23 ans).

 

Voyageant constamment entre Nancy et Metz, il doit à l'automne de 1774, rentrer au séminaire de Metz, comme il est prescrit, pour la préparation à son ordination sacerdotale : il est finalement ordonné prêtre le 1er avril 1775.

 

Durant ses années de formation, Henri Grégoire est passé par une phase de doute sur sa foi et sa vocation religieuse. S'il rend hommage au milieu profondément croyant de son enfance, il ne cache pas dans ses Mémoires avoir goûté aux philosophes des Lumières et être revenu à la foi après d'intenses réflexions :

 

« Après avoir été dévoré de doutes par la lecture des ouvrages prétendus philosophiques, j'ai ramené tout à l'examen et je suis catholique non parce que mes pères le furent, mais parce que la raison aidée de la grâce divine m'a conduit à la révélation. »

 

Emmanuel-Joseph Sieyès, quant à lui, naît à Fréjus, en Provence, le 3 mai 1748, dans une famille nombreuse et modeste que l'on présente parfois, à tort, comme noble. Il veut être militaire. Mais comme il est chétif, ses parents, qui ne sont pas particulièrement dévots, le poussent vers la prêtrise. Ils y voient aussi une carrière tranquille et des revenus assurés

 

Il fait ses études d'abord chez les Jésuites de sa ville natale puis à Draguignan dans un établissement de la Congrégation de la doctrine chrétienne.

 

Le petit séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, l'accueille en 1765 puis celui de Saint-Firmin en 1770.

 

Siéyès est ordonné prêtre en 1772.

 

Deux ans plus tard, il obtient une licence de théologie et arrête là ses études.

 

Nommé en Bretagne en 1775 auprès de l'évêque de Tréguier, Monseigneur de Lubersac, Siéyès n'y réside que de façon intermittente, tout comme son supérieur, car c'est à Paris que se font les carrières ecclésiastiques.

 

La sienne (chanoine en 1778, chapelain d'une tante du Roi), lui apporte, sans être brillante, une sécurité matérielle suffisante pour lui permettre, en 1781, de céder à un frère cadet le bénéfice d'un second canonicat.

 

Durant ces années, Siéyès représente le clergé aux États de Bretagne, ce qui lui donne une première expérience du fonctionnement d'une assemblée. Il prétendra en être revenu indigné de la façon dont était traité le Tiers-État.

 

 

 

En 1780, il suit à Chartres son évêque, devenu un ami, qui le nomme grand vicaire puis vicaire général et, à nouveau, chanoine.

 

Siéyès poursuit parallèlement son éducation politique et juridique, d'abord en tant que commissaire à la chambre souveraine du clergé de France, poste qu'il obtient en 1786, puis comme membre de l'assemblée provinciale de l'Orléanais en 1787 où il croise Lavoisier.

 

Durant les six derniers mois de l'année 1788, il écrit trois brochures dont la dernière, publiée d'abord anonymement au début de l'année 1789, va faire date.

 

Sieyès un écrivain adepte de la forme courte dont l’habileté rhétorique marqua profondément l’imagination de ses contemporains.

 

Qu'est-ce que le Tiers-Etat ? est un immense succès.

 

Les rééditions s'enchaînent, 30 000 exemplaires sont vendus, un million de personnes les lisent.

 

Rappelons les trois premières lignes de son texte le plus fameux :

 

Qu’est-ce que le Tiers État ?

Tout ;

Qu’a-t-il été jusqu’à présent ?

Rien ;

Que demande-t-il ?

À y devenir quelque chose.

 

 

Le fond du texte, extrêmement radical, dénie aux ordres privilégiés leur place dans la Nation, met la noblesse hors la loi et appelle les représentants du Tiers-État à se constituer en Assemblée Nationale ; sa forme est brillante, ponctuée de formules chocs et provocatrices qui font mouche et restent en mémoire.

 

« Il y a donc un homme en France » écrit Mirabeau à Siéyès.

 

Le désormais célèbre chanoine entre rapidement en rapport avec les hommes qui vont animer les premières années de la Révolution : Mirabeau, Talleyrand, Grégoire, Lafayette, Duport, les frères Lameth, Condorcet...

 

Il fréquente également les salons et s'affilie à divers clubs, parmi lesquels la Société des Amis de la Constitution, dite Club Breton, qui deviendra le Club des Jacobins, dont il est l'un des premiers membres.

 

 

 

 

Leurs professions de foi :

 

En ce qui concerne l’abbé Grégoire, sans rien négliger de ce qui pouvait développer chez ses paroissiens l'amour et la pratique de la religion catholique, il s'appliqua à éclairer leur intelligence par l'instruction et à améliorer leur condition temporelle ; il forma dans son presbytère une bibliothèque morale et agronomique qu'il mit à leur disposition, et par divers voyages en France et en Allemagne (1784, 1786, 1789), il s'efforça d'acquérir les connaissances nécessaires pour les bien conseiller et diriger.

 

La sympathie pour les opprimés, qui devait dévouer une si grande part de sa vie à la cause des Noirs, lui inspira d'abord le projet de défendre celle des Juifs, alors assez nombreux en Lorraine, où on leur faisait payer, pour le droit de vivre, des taxes très lourdes au profit de l'État et des seigneurs.

 

Dans cette vue, il rédigea un écrit qui fut couronné par l'académie de Metz, en 1788, et imprimé l'année suivante intitulé : Essai sur la régénération civile, morale et politique des Juifs.

 

Dans cet essai, l’Abbé Grégoire indique :

 

« Tant que les hommes seront altérés de sang, ou plutôt, tant que la plupart des gouvernements n’auront pas de morale, que la politique sera l’art de fourber, que les peuples, méconnaissant leurs vrais intérêts, attacheront une sotte importance au métier de spadassin, et se laisseront conduire aveuglément à la boucherie avec une résignation moutonnière, presque toujours pour servir de piédestal à la vanité, presque jamais pour venger les droits de l’humanité, et faire un pas vers le bonheur et la vertu, la nation la plus florissante sera celle qui aura plus de facilité pour égorger les autres. 

 

Le concept-clé est ici celui de régénération, cette régénération dont parle sans cesse Grégoire, souvent identifiée à celle qui se trouve à la base du concept d’intégration « jacobine ».

 

Cette régénération ne s’applique pas seulement aux juifs ; tous les groupes ont besoin d’être régénérés d’une manière ou d’une autre pour s’intégrer à la nation française « blanche, masculine et catholique » : les paysans par une éducation qui finirait par éradiquer les patois, les Noirs par un intermariage qui les « blanchirait ».

 

Les femmes ne pouvant pas être régénérées en devenant des hommes, elles restent des citoyens de seconde zone.

 

 

 

En ce qui concerne l’Abbé Siéyès, sa profession de foi est à rechercher dans son ouvrage consacré au Tiers Etat, et plus particulièrement dans la seconde partie de son pamphlet, où il dénonce ce qui a été tenté par les gouvernements récents.

 

Il attaque les notables qui en 1787 ont défendu leurs intérêts, leurs privilèges contre la nation.

 

Mais la grande « audace », pour reprendre le terme de Jean-Denis Bredin, de Sieyès est davantage contenue dans les deux derniers chapitres de son ouvrage, même s'ils ne l'ont pas rendu célèbre :

 

« Ce qu'on aurait dû faire » : « Si nous manquons de constitution, il faut en faire une : la nation seule en a le droit. Les états généraux, fussent-ils assemblés, ils sont incompétents à rien décider sur la constitution. Ce droit n'appartient qu'à la nation seule. »

 

« Ce qui reste à faire ? » : se dissocier du clergé et de la noblesse : « Le tiers-état seul, dira-t-on, ne peut pas former les États généraux. Eh bien tant mieux ! Il composera une assemblée nationale. »

 

Pour Sieyès le vote par tête n'est même plus suffisant : il faut aller plus loin et délibérer seul.

 

Évidemment à la cour et au Parlement de Paris, ce pamphlet et le ton employé font scandale.

 

On menace de faire brûler cette brochure sur la place de Grève. Mais l'ouvrage, au-delà des polémiques du moment, marque une césure entre les instruments de l'Ancien Régime et les concepts politiques modernes, rappelle encore Jean-Denis Bredin : l'abolition des ordres, l'unité nationale, la souveraineté de la nation, la limitation de cette souveraineté par la seule liberté individuelle, distinction du pouvoir constituant et des pouvoirs constitués, la théorie de la représentation.

 

Mais cet ouvrage, si intolérant vis-à-vis de la noblesse, demeure pourtant si tolérant, on l'a dit, avec le clergé et aphone à l'égard du roi qui, précisons-le, à ce moment-là n'est pas remis en cause, sa fonction en tout cas.

 

Beaucoup ont vu dans cette brochure une oeuvre politique majeure, à commencer par Benjamin Constant ou Carré de Malberg.

 

Alors pourquoi ce long et lourd silence des historiens de la Révolution sur ce personnage ?

 

Pourtant, en y regardant de plus près on pourrait voir dans ce Qu'est-ce que le tiers-état ? un appel à la lutte des classes à travers son rejet des privilégiés et sa farouche volonté de voir triompher le tiers-état. Comparaison osée ? Gageons alors qu'elle fasse débat et qu'elle redonne à Sieyès une place bien méritée dans l'histoire de France et de la Révolution française.

 

 

Leurs entrées en politique :

 

La popularité qu’Henri Grégoire avait acquise en Lorraine le fit élire par le clergé du bailliage de Nancy député aux États Généraux.

 

Il y contribua puissamment à décider le bas clergé à se joindre au tiers état et ainsi à déterminer la réunion des trois ordres.

 

À l’Assemblée Constituante, l'abbé Grégoire réclame l'abolition totale des privilèges, propose le premier la motion formelle d'abolir le droit d’aînesse (suivie dans cette motion par Mirabeau et Talleyrand-Périgord, victime de ce droit), et combat le cens du marc d’argent, exigeant l'instauration du suffrage universel masculin.

 

Nommé l’un des secrétaires de l'Assemblée, il fut l'un des premiers membres du clergé à rejoindre le Tiers-État de Siéyès, et se joignit constamment à la partie la plus démocratique de ce corps.

 

Il présida la session qui dura 62 heures pendant que le peuple prenait la Bastille en 1789, et tint à cette occasion un discours véhément contre les ennemis de la Nation.

 

Il proposa que la Déclaration des Droits de l’Homme soit accompagnée de celle des Devoirs.

 

L’abbé Grégoire est l’auteur de l’Article Premier de la Déclaration des Droits de L’Homme et du Citoyen.

 

"Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune."

 

Après avoir tenté en vain de se faire élire par le clergé, Siéyès est finalement désigné par le Tiers-Etat de Paris comme son vingtième et dernier député, contre la lettre du réglement de l'assemblée élective et malgré les contestations qui s'ensuivent.

 

Le nouvel élu rejoint les Etats-Généraux à Versailles le 19 mai et, dès le 27, propose une motion invitant les représentants du Clergé à se joindre à ceux du Tiers.

 

Cette bataille pour constituer une Assemblée Nationale en obligeant les deux groupes privilégiés à siéger avec le Tiers-Etat sous peine d'être exclus de la représentation est une première mais fondamentale étape de la Révolution.

 

Sièyès y joue le premier rôle et en occupe en permanence l'avant-garde.

 

Les principes qui sont finalement posés sont ceux que l'on trouve décrits dans ses opuscules.

 

Sièyés, devenu l'un des personnages les plus importants de l'assemblée, siège au Comité de Constitution.

 

Son influence s'exerce vigoureusement sur la rédaction de la déclaration des droits, même si les projets qu'il présente ne sont pas acceptés en l'état. Le droit au travail, le droit aux secours et celui de réformer à tout moment la Constitution sont ainsi abandonnés.

 

On prête à Siéyès la paternité de l’article 3 de la Déclaration :

 

« Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. »

 

Je rappelle que l’on prête la paternité de l’article 6 de la Déclaration à Talleyrand-Périgord.

 

Ainsi, sur les 7 articles fondamentaux de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, trois sont issus de l’esprit de nos abbés révolutionnaires.

 

Leurs attaches maçonniques :

 

Emmanuel-Joseph Siéyès aurait fréquenté diverses loges :"Les Amis devenus Frères" à l'Orient de Fréjus avant la Révolution, puis à Paris la Loge "des Neuf Sœurs" (dite loge des Philosophes) et la Loge de la rue du Coq-Héron.

 

On prête à l’Abbé Grégoire d’avoir été initié à la Loge des Neuf Sœurs.

 

Leurs dilemmes religieux :

 

L’Abbé Grégoire vota l'abolition des voeux monastiques, mais en demandant la conservation des établissements religieux qui avaient rendu des services à la science et à l'agriculture. Après le décret sur la constitution civile du clergé, il fut le premier qui prêta le serment civique exigé par cette constitution (2 janvier 1791).

 

Il avait publié un écrit sur la légitimité du serment civique exigé des fonctionnaires ecclésiastiques (1790) et d'autres brochures, et il entraîna par son exemple, plus encore que par ses écrits et ses discours, plusieurs membres de son ordre.

 

Cependant, tout en restant constamment l'ardent défenseur de la constitution civile du clergé, il ne cessa jamais de réprouver les violences exercées contre les prêtres réfractaires; il osa même demander à la Convention et il obtint la délivrance de ceux qui étaient entassés sur les pontons de Rochefort.


Le 7 novembre 1793, l'évêque constitutionnel de Paris, Gobel, ses vicaires et d'autres ecclésiastiques vinrent devant la Convention renoncer à leurs fonctions de ministres du culte catholique et proclamer le triomphe de la raison.

 

 

 

Grégoire, pressé de les imiter, répondit :

 

« S'agit-il du revenu attaché aux fonctions d'évêque ? Je vous l'abandonne sans regret.

 

S'agit-il de religion ? Cet article est hors de votre domaine, et vous n'avez pas le droit de l'attaquer [...] Catholique par conviction et par sentiment, prêtre par choix, j'ai été désigné par le peuple pour être évêque ; mais ce n'est ni de lui ni de vous que je tiens ma mission.

 

J'ai consenti à porter le fardeau de l'épiscopat dans un temps où il était entouré d'épines.

 

On m'a tourmenté pour l'accepter ; on me tourmente aujourd'hui pour me forcer à une abjuration qu'on ne m'arrachera pas.

 

Agissant d'après les principes sacrés qui me sont chers et que je vous défie de me ravir, j'ai tâché de faire du bien dans mon diocèse ; je reste évêque pour en faire encore.

 

J'invoque la liberté des cultes. » 

 

Afin de ne permettre aucun doute sur son attachement à la foi catholique et à son caractère ecclésiastique, il se faisait un devoir de toujours siéger à la Convention en vêtements de couleur violette, c.-à-d. épiscopale.

 

Le 24 décembre 1794, il réclama hautement la liberté des cultes.

 

Du 21 février au 29 septembre 1795, la Convention adopta une série de décrets reconnaissant la liberté des cultes tant de fois invoquée et réclamée par Grégoire : ils réglaient l'exercice et la police extérieure de cette liberté, de manière à assurer pleinement à tous les Français le droit individuel de s'assembler pour la célébration de leur culte, tout en édictant les mesures nécessaires pour empêcher que cette célébration ne fournit les moyens de reconstituer une puissance rivale de l'Etat ou qu'elle ne portât atteinte soit à la sûreté de la République, soit à la liberté de ceux qui estimeraient devoir s'en abstenir.

 

Dès lors, Grégoire s'occupa activement avec quelques prêtres constitutionnels de rassembler les débris de l'Eglise gallicane.

 

Ils convoquèrent pour le jour de l’Assomption 1797 un concile national auquel assistèrent trente-deux évêques et soixante-huit prêtres ; ils protestèrent tous de leur attachement au dogme catholique ; mais leurs tentatives pour concerter une action commune avec les prêtres réfractaires échouèrent contre la résistance de ceux-ci.

 

Un autre concile national fut tenu en 1804 ; Grégoire en fit l'ouverture et, dans un discours qui a été imprimé (1801), il renouvela son invariable profession de foi politique et religieuse.

 

Les résultats des efforts du clergé constitutionnel furent bientôt anéantis par le pacte que Bonaparte conclut avec Pie VII, mais ils furent plus sérieux et plus importants qu'on ne le croit généralement.

 

Le dépôt des archives de cette Eglise avait été confié à Grégoire ; son testament contient des dispositions prescrivant soigneusement les mesures nécessaires à leur conservation.

 

Consulté personnellement par le premier consul sur son projet de concordat, il le combattit vivement.

 

Mais le 12 octobre 1801, il fut mis en demeure, conformément aux exigences du pape, de se démettre de son évêché ; il le fit sans résistance, en vue de la paix, se contentant, pour toute protestation, de déclarer qu'il regardait et regarderait toujours son élection comme légitime, et il continua à exercer son ministère de prêtre. 

 

L’Abbé Grégoire, en qualité de sénateur, vota, par conviction, contre le divorce de Napoléon.

 

Grégoire s'était constamment acquitté de tous les devoirs que la religion catholique prescrit aux fidèles et aux prêtres.

 

Pendant sa dernière maladie, il se confessa à l'abbé Evrard, et exprima à son confesseur le désir que les derniers sacrements lui fussent administrés par le curé de sa paroisse d’Abbaye-au-Bois.

 

Ce curé vint, accompagné de son vicaire, et demanda la rétractation formelle du serment prêté à la constitution civile du clergé. Grégoire la refusa péremptoirement. L'archevêque de Paris lui écrivit pour l'exhorter à se soumettre ; mais il n'obtint qu'une réponse dans laquelle Grégoire professait hautement les sentiments qui lui avaient inspiré les actes dont on réclamait le reniement.

 

L'abbé Baradère lui donna de sa main la communion en viatique, puis alla solliciter l'abbé Guillon, professeur d'éloquence sacrée à la faculté de théologie, d'administrer les derniers sacrements. Guillon le fit, sans consulter ni l'archevêque ni le curé de la paroisse, quoique lui-même eût été autrefois un ardent adversaire de la constitution civile.

 

Le lendemain de la mort de Grégoire, son corps fut porté en l'église de l'Abbaye-aux-Bois.

 

Le clergé de la paroisse s'était retiré pour obéir aux ordres de l'archevêque.

 

L'abbé Grieu, assisté de deux autres prêtres, célébra la messe ; l’église était tendue de noir; les insignes épiscopaux du défunt exposés sur le catafalque.

 

Des jeunes gens des écoles dételèrent les chevaux du corbillard et le transportèrent jusqu'au cimetière Montparnasse, suivis de plus de vingt mille personnes, qui avaient voulu s'associer à cet hommage funèbre.

 

Les cendres de l’Abbé Henri Grégoire ont été transférées au Panthéon le mardi 12 décembre 1989 en présence du Chef de l’État français François Mitterrand et du nonce apostolique en France.

 

En ce qui concerne Emmanuel-Joseph Siéyès, qui n’a pas prêté serment à la Constitution, voici son témoignage :

 

« Mes vœux, dit-il, appelaient depuis longtemps le triomphe de la raison sur la superstition et le fanatisme.

 

Ce jour est arrivé ; je m'en réjouis comme d'un des plus grands bienfaits de la République française.

 

Quoique j'aie déposé, depuis un grand nombre d'années, tout caractère ecclésiastique et qu'à cet égard ma profession de foi soit ancienne et bien connue, qu'il me soit permis de profiter de la nouvelle occasion qui se présente pour déclarer encore, et cent fois s'il le faut, que je ne reconnais d'autre culte que celui de la liberté et de l'égalité, d'autre religion que l'amour de l'humanité et de la patrie. »

 

Il annonça ensuite qu'il faisait abandon de dix mille livres de rentes viagères que la loi lui avait conservées comme indemnité d'anciens bénéfices. »

 

Après la seconde restauration, Siéyès s'exile de lui-même à Bruxelles, où il fonde, Cambacérès et Ramel, ancien ministre des finances du Directoire, une caisse de secours pour les exilés sans ressources.

 

A l'exception de Jacques-Louis David, qui peint son portrait en 1817, le vieux révolutionnaire fréquente cependant peu ses pairs, nombreux dans la ville

 

En 1818, les deux fournées de grâces accordées à des régicides ne l'incluent pas.

 

Il lui faut attendre la Monarchie de Juillet pour rentrer enfin en France.

 

En 1832, son siège à l'Institut lui est rendu.

 

Siéyès meurt le 20 juin 1836. Sa mort passe à peu près inaperçue du grand public.

 

Ses obsèques, civiles, ont lieu deux jours plus tard et il est inhumé dans la 30ème division du cimetière du Père-Lachaise 

 

 

 

Leurs héritages

 

Le 5 septembre 1831, la république haïtienne marquait par un deuil national la mort d’un blanc qui n’avait jamais quitté l’Europe. Parlant de ce même blanc, quinze ans plus tôt, Napoléon aurait déclaré : « S’il allait en Haïti, il serait leur Dieu ».

 

Aimé CESAIRE, pilier de la négritude, l’Abbé Grégoire ainsi : « un géant dont aucune toise ne peut mesurer la grandeur. »

 

Qu’avait donc fait Henri Grégoire pour mériter de telles faveurs de la part des Haïtiens ?

 

Dès la nuit du 15 août 1789, Grégoire avait demandé la plénitude des droits civils pour les Noirs et les Mulâtres affranchis ; le 24 juillet 1793, il demanda et obtint la suppression de la prime accordée aux négriers pour la traite.

 

Elu membre de la commission coloniale, il réclama, sans se laisser intimider par les menaces, l'entière abolition de l’esclavage ; elle fut décrétée le 4 février 1794.

 

Avec les bienfaits de la liberté, il rêvait pour les Noirs les bienfaits de la religion, et il entreprit d'être à la fois leur apôtre et leur défenseur.

 

Il est déçu par l’échec de la Révolution en France, et tente d’exporter son principe de régénération.

 

Haïti est depuis 1806 divisé entre une république métisse au sud, dirigée par Pétion, et une monarchie noire au nord, gouvernée par Henry Christophe.

 

Les deux parties solliciteront la « bénédiction » de Grégoire ; refusant de cautionner la monarchie, ce dernier devient, par ses lettres publiques et privées, une sorte de conseiller moral des Haïtiens de la République du sud, puis de toute l’île après la réunification

 

La restauration de l'esclavage, devenue officielle avec la loi du 20 mai 1802 ne l'empêcha pas de continuer à militer pour son abolition, comme en témoignent les nombreux ouvrages qu'il consacra à ce sujet.

 

Ainsi, en 1808, l’abbé Grégoire publie l’un de ses textes les plus importants, De la littérature des nègres, manifeste contre le rétablissement de l’esclavage et de la traite négrière, mais aussi gage de la fidélité aux combats abolitionnistes menés au sein des Sociétés des Amis des Noirs.

 

Le fondement philosophique de la position de Grégoire est l’unité du genre humain, qui lui permet de concilier la proclamation révolutionnaire des droits de l’homme et le message évangélique.

 

Puis l'appel qu'il lança au congrès de Vienne (1815) : De la traite et de l’esclavage des Noirs.

 

À l'approche de la mesure, il édita une apologie de Las Casas abordant indirectement le problème : blanchir l'évêque du Chiapas de l'accusation d'avoir défendu les droits des Indiens en plaidant la mise en esclavage des Noirs.

 

Sous la restauration, cette notice fera débat chez ses correlégionnaires antiesclavagistes.

 

Pour conclure, reprenons les propres termes de l’Abbé Grégoire :

 

« J’ai traversé 25 ans de Révolution. J’ai vu autour de moi les circonstances changer mille fois et je suis resté le même ».

 

A la question que l’on posa à Emmanuel-Joseph Siéyès de savoir ce qu’il avait fait pendant la Terreur, il répondit : « J’ai vécu. »

 

L’héritage de Siéyès est immense.

 

Siéyès est le père de la Révolution, que ce soit par ces écrits initiateurs ou par son discours sur la différence entre le gouvernement démocratique et le gouvernement représentatif.

 

Selon Siéyès, les citoyens doivent renoncer à participer à l'élaboration des lois et nommer des représentants éclairés à leur place, dont le mandat n'est pas impératif. Cette conception de la souveraineté est toujours celle qui prévaut aujourd'hui.

Les peuples européens modernes ressemblent bien peu aux peuples anciens. Il ne s'agit parmi nous que de commerce, d'agriculture, de fabriques, etc. Le désir des richesses semble ne faire de tous les Etats de l'Europe que de vastes ateliers : on y songe bien plus à la consommation et à la production qu'au bonheur. Aussi les systèmes politiques aujourd'hui sont exclusivement fondés sur le travail ; les facultés productives de l'homme sont tout ; à peine sait-on mettre à profit les facultés morales, qui pourraient cependant devenir la source la plus féconde des plus véritables jouissances. Nous sommes donc forcés de ne voir, dans la plus grande partie des hommes, que des machines de travail. Cependant vous ne pouvez pas refuser la qualité de citoyen, et les droits du civisme, à cette multitude sans instruction qu'un travail forcé absorbe en entier. Puisqu'ils doivent obéir à la loi tout comme vous, ils doivent aussi, tout comme vous, concourir à la faire. Ce concours doit être égal.

Il peut s'exercer de deux manières.

 

Les citoyens peuvent donner leur confiance à quelques-uns d'entre eux. Sans aliéner leurs droits, ils en commentent l'exercice. C'est pour l'utilité commune qu'ils se nomment des représentations bien plus capables qu'eux-mêmes de connaitre l'intérêt général, et d'interpréter à cet égard leur propre volonté.

 

 


L'autre manière d'exercer son droit à la formation de la loi est de concourir soi-même immédiatement à la faire. Ce concours immédiat est ce qui caractérise la véritable démocratie. Le concours médiat désigne le gouvernement représentatif. La différence entre ces deux systèmes politiques est énorme.


Le choix entre ces deux méthodes de faire la loi n'est pas douteux parmi nous.

D'abord, la très-grande pluralité de nos concitoyens n'a ni assez d'instruction, ni assez de loisir pour vouloir s'occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ; leur avis est donc de se nommer des représentants ; et puisque c'est l'avis du grand nombre, les hommes éclairés doivent s'y soumettre comme les autres. Quand une société est formée, on sait que l'avis de la pluralité fait loi pour tous.


Ce raisonnement, qui est bon pour les plus petites municipalités, devient irrésistible quand on songe qu'il s'agit ici des lois qui doivent gouverner 26 millions d'hommes ; car je soutiens toujours que la France n'est point, ne peut pas être une démocratie ; elle ne doit pas devenir un Etat fédéral, composé d'une multitude de républiques, unies par un lien politique quelconque. La France est et doit être un seul tout, soumis dans toutes ses parties à une législation et à une administration communes. Puisqu'il est évident que 5 à 6 millions de citoyens actifs, répartis sur vingt-cinq mille lieues carrées, ne peuvent point s'assembler, il est certain qu'ils ne peuvent aspirer qu'à une législature par représentation. Donc les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes immédiatement la loi : donc ils n'ont pas de volonté particulière à imposer. Toute influence, tout pouvoir leur appartiennent sur la personne de leurs mandataires ; mais c'est tout. S'ils dictaient des volontés, ce ne serait plus cet état représentatif ; ce serait un état démocratique.

On a souvent observé dans cette Assemblée que les bailliages n'avaient pas le droit de donner des mandats impératifs ; c'est moins encore. Relativement à la loi, les Assemblées commettantes n'ont que le droit de commettre. Hors de là, il ne peut y avoir entre les députés et les députants directs que des mémoires, des conseils, des instructions. Un député, avons-nous dit, est nommé par un bailliage, au nom de la totalité des bailliages ; un député l'est de la nation entière ; tous les citoyens sont ses commettants ; or, puisque que dans une Assemblée bailliagère, vous ne voudriez pas que celui qui vient d'être élu se chargeât du vœu du petit nombre contre le vœu de la majorité, vous ne devez pas vouloir, à plus forte raison, qu'un député de tous les citoyens du royaume écoute le vœu des seuls habitants d'un bailliage ou d'une municipalité, contre la volonté de la nation entière. Ainsi, il n'y a pas, il ne peut y avoir pour un député de mandat impératif, ou même de vœu positif, que le vœu national ; il ne se doit aux conseils de ses commettants directs qu'autant que ses conseils seront conformes au vœu national. Ce vœu, où peut-il être, où peut-on le reconnaître, si ce n'est dans l'Assemblée nationale elle-même ? Ce n'est pas en compulsant les cahiers particuliers, s'il y en a, qu'il découvrira le vœu de ses commettants. [...]

 

 


Quand on se réunit, c'est pour délibérer, c'est pour connaître les avis les uns des autres, pour profiter des lumières réciproques, pour confronter les volontés particulières, pour les modifier, pour les concilier, enfin pour obtenir un résultat commun à la pluralité. [...] Il est donc incontestable que les députés sont à l'Assemblée nationale, non pas pour y annoncer le vœu déjà formé de leurs commettants directs, mais pour y délibérer et y voter librement d'après leur avis actuel, éclairé de toutes les lumières que l'Assemblée peut fournir à chacun.

 

Faisant partie des cinq membres du Directoire qui gouvernent tant bien que mal la France, Sieyès se rend compte que la République est à terme condamnée.

 

L'opinion est lasse des palabres du « gouvernement des avocats ».

 

Fin politique, l'ex-abbé est persuadé que seul un général à poigne et auréolé de gloire peut en imposer aux parlementaires et sauver le régime issu de la Révolution. « Je cherche un sabre », dit-il à qui veut l'entendre.

 

Il s'adresse à Napoléon Bonaparte, de retour d'Égypte, et instaure avec lui le Consulat.

 

Sieyès, qui a lancé la Révolution, a ainsi le privilège de la clore également, dix ans plus tard, en hissant Bonaparte au sommet de l'État.

 

 

 

 

Le serment du jeu de Paume :

 

Le serment du jeu de Paume est un des faits marquants de nos abbés révolutionnaires.

 

Emmanuel-Joseph Siéyès, pour le Tiers-Etat, est à l’origine de la proposition de fusion des ordres. C’est lui, qui propose aux deux autres ordres de rejoindre le Tiers-Etat pour former l’Assemblée Nationale.

 

Henri Grégoire est un des meneurs du serment du Jeu de Paume puisqu’il incite le Clergé à rejoindre le Tiers-Etat, comme Mirabeau et Lafayette le font pour la Noblesse.

 

David l'a mis particulièrement en vue dans sa célèbre esquisse du Serment du jeu de paume puisqu’Henri Grégoire est au premier rang. Cet épisode fondateur marqua une étape décisive, et il fut largement répercuté par l'image. Au sein de cette vaste iconographie, aucune œuvre n'eut la force du projet de David.

 

 

 

Les premières gravures représentant Le Serment du Jeu de paume n’apparaissent qu’en 1790, date qui voit Jacques-Louis David convaincre la Société des Amis de la Constitution, dite Club des Jacobins, de lancer une souscription nationale pour financer la réalisation d'un tableau sur cet événement fondateur de la Révolution française.

 

Le peintre expose un dessin à la plume et encre brune de son futur tableau dans son atelier du Louvre en 1791 mais ne peut poursuivre, faute d'argent car la souscription ne recueille que 10 % de la somme attendue.

 

La Constituante décide alors de financer son œuvre aux frais du « Trésor Public », somme complétée par la vente de gravures tirées du tableau.

 

David installe son atelier dans l’ancienne église conventuelle des Feuillants de la rue Saint Honoré afin de pouvoir faire poser les députés siégeant à la toute proche salle du Manège, mais en 1793, pris par ses travaux de député, il n’a achevé que l’esquisse de la partie inférieure de son gigantesque tableau, qui comprend seulement quatre portraits peints de députés : Michel Gérard, Antoine Barnave, Mirabeau et Dubois-Crancé.

 

Or en 1793, la vie politique française ne correspond plus du tout au contexte du tableau. Mirabeau, un des héros de l’année 1789, est devenu l’ennemi de la Révolution.

 

Sa correspondance secrète avec le roi a été découverte. Aux yeux de l'opinion publique, il est devenu un traître.

 

Un grand nombre des députés de l’Assemblée nationale constituante sont identifiés aux factions ennemies du Comité de Salut Public.

 

Le tableau du Carnavalet reproduit sans doute cette œuvre dont il a les mêmes dimensions.

 

On y voit l'astronome Bailly (futur maire de Paris), président car doyen de l'Assemblée, debout sur une table, lisant le texte du serment.

 

Au premier plan, on reconnaît certains protagonistes de cette Révolution commençante, comme Mirabeau, Grégoire ou Barnave.

 

La pose et le bras tendu des députés évoquent le tableau des Horaces, mais il y a ici plus qu'une référence antique. Les acteurs, dont aucun ne nous tourne le dos, semblent jouer leur rôle comme sur une scène de théâtre. Mais il s'agit, ici, du théâtre de l'Histoire.

 

 

 

 

 

Le 20 juin, comme le 4 août, sont des dates tout aussi importantes dans l’Histoire révolutionnaire que le 14 juillet.

 

 

 

 

Je reprends ici un texte de Jean-Laurent TRUBET sur le « serment maçonnique du Jeu de Paume »

 

Lithographie originale du Serment du Jeu de Paume exposée au Musée de la Franc-Maçonnerie du G.O.F.

 

« Nous sommes en 1789... Louis XVI, devant l'ampleur de la crise (d'alors) a convoqué les États Généraux qui s'ouvrent le 5 mai 1789.

 

Le vote s'effectue alors par ordre :

Noblesse (270 députés),

Clergé (291 députés),

Tiers-État (578 députés),

 

Chaque ordre disposant d'une voix.

 

Le Tiers-Etat est donc toujours mis en minorité au vote par ordre alors qu'il a le plus grand nombre de députés.


Le 10 juin 1789, à l'initiative de Sieyès, le Tiers-État invite les députés des deux autres ordres à les rejoindre.

 

Certains d'entre eux, des nobles libéraux et des clercs proches du peuple (et souvent francs-maçons...), s'unissent au Tiers.


C'est en clair la suppression des ordres face au roi, auxquels se substitue une représentation nationale en une seule assemblée.


Le groupe ainsi constitué se proclame Assemblée nationale, sur la motion de Sieyès.


Mais Louis XVI résiste et fait fermer la salle des Menus Plaisirs où se réunit l'Assemblée Nationale présidée par Bailly. Devant les portes closes, les députés vont se réunir dans la salle du Jeu de Paume.

 

 


L'Abbé Augustin Barruel dans son "Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme" publiée à Hamboug en 1798, y verra la preuve du complot maçonnique donc le but est de détruire le trône et l'autel.


Alors que le Grand Orient de France de 1789 rassemble l'armorial de France : Du Grand Maître Philippe d'Orléans (cousin du Roi et futur Philippe-Egalité), les ducs de Noailles, la Trémouille, Rochambaud jusqu'au Marquis de Le Fayette, beaucoup de nobles sont francs-maçons.

 

Certains d'entre eux sont des "américains", qui ont participés à la guerre d'Indépendance américaine (aux côtés des frères Washington et Benjamin Franklin...) et sont gagnés par les idées nouvelles.

 

Ils souhaitent l'avènement d'une monarchie parlementaire à l'anglaise (comme le frère Montesquieu initié en 1730 à la loge londonienne Horn).


Mais reprenons le cours des événements :


A l'initiative du frère Joseph Guillotin, les députés vont se réunir à la salle du Jeu de Paume et les débats se poursuivent sous la direction du frère Jean-Sylvain Bailly (futur 1er maire de Paris). Les nobles libéraux sont là, comme le frère La Fayette, ainsi que de nombreux clercs, comme le frère et néanmoins abbé Emmanuel-Joseph Sieyès ou le frère Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, évêque d'Autun, qui joueront tous deux un rôle essentiel dans les événements à venir.


Le roi somme les députés de quitter la salle. Ironie du sort, c'est le frère Henri-Évrard, marquis de Dreux-Brézé, grand maître des Cérémonies du Royaume, qui se présente le 20 juin 1789 à la salle du Jeu de Paume pour intimer aux députés l'ordre de déguerpir.

C'est à ce moment-là que le frère Honoré Gabriel Riqueti, marquis de Mirabeau lui adresse sa réplique cinglante :

 

« Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous ne quitterons nos places que par la force des baïonnettes ! ».


Le Moniteur, journal officiel d'alors, en donne une autre version dans son édition du 25 juin 1789.

 

Le frère Mirabeau aurait dit : « Oui, Monsieur, nous avons entendu les intentions qu'on a suggérées au Roi ; et vous qui ne sauriez être son organe auprès des États généraux, vous qui n'avez ici ni place ni voix, ni droit de parler, vous n'êtes pas fait pour nous rappeler son discours. Cependant, pour éviter toute équivoque et tout délai, je vous déclare que si l'on vous a chargé de nous faire sortir d'ici, vous devez demander des ordres pour employer la force ; car nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes », ce qui correspond mieux au langage châtié du frère marquis.



Devant la détermination des députés, le frère Dreux-Grézé quitte la salle et va en référer au Roi...

Les députés présents, signent alors le Serment du Jeu de Paume (rédigé par Jean-Baptiste-Pierre Bevière) où ils jurent de ne pas se séparer sans avoir donner une Constitution au royaume de France.

 

Le premier député à le voter est le frère Sieyès.


Voici le texte du Serment :


« L'Assemblée nationale, considérant qu'appelée à fixer la constitution du royaume, opérer la régénération de l'ordre public et maintenir les vrais principes de la monarchie, rien ne peut empêcher qu'elle continue ses délibérations dans quelque lieu qu'elle soit forcée de s'établir, et qu'enfin, partout où ses membres sont réunis, là est l'Assemblée nationale ;
Arrête que tous les membres de cette assemblée prêteront, à l'instant, serment solennel de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l'exigeront, jusqu'à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides, et que ledit serment étant prêté, tous les membres et chacun d'eux en particulier confirmeront, par leur signature, cette résolution inébranlable. Lecture faite de l'arrêté, M. le Président a demandé pour lui et pour ses secrétaires à prêter le serment les premiers, ce qu'ils ont fait à l'instant ; ensuite l'assemblée a prêté le même serment entre les mains de son Président. Et aussitôt l'appel des Bailliages, Sénéchaussées, Provinces et Villes a été fait suivant l'ordre alphabétique, et chacun des membres * présents [en marge] en répondant à l'appel, s'est approché du Bureau et a signé. [en marge] * M. le Président ayant rendu compte à l'assemblée que le Bureau de vérification avait été unanimement d'avis de l'admission provisoire de douze députés de S. Domingue, l'assemblée nationale a décidé que les dits députés seraient admis provisoirement, ce dont ils ont témoigné leur vive reconnaissance ; en conséquence ils ont prêté le serment, et ont été admis à signer le procès-verbal l'arrêté. Après les signatures données par les Députés, quelques-uns de MM. les Députés, dont les titres ne sont pas [....] jugés, MM. les Suppléants se sont présentés, et ont demandé qu'il leur fût permis d'adhérer à l'arrêté pris par l'assemblée, et à apposer leur signature, ce qui leur ayant été accordé par l'assemblée, ils ont signé. M. le Président a averti au nom de l'assemblée le comité concernant les subsistances de l'assemblée chez demain chez l'ancien des membres qui le composent. L'assemblée a arrêté que le procès-verbal de ce jour sera imprimé par l'imprimeur de l'assemblée nationale. La séance a été continuée à Lundi vingt-deux de ce mois en la salle et à l'heure ordinaires ; M. le Président et ses Sécrétaires ont signé
. »


Ironie du sort encore.... tous les députés présents signent ce serment... sauf un : le frère Joseph Martin-Dauch, député de Castelnaudary au motif qu'il ne peut jurer d'exécuter des délibérations qui ne sont pas sanctionnées par le roi.

 

 


Comme nous le voyons, les francs-maçons se trouvent dans tous les camps et l'on est loin du complot maçonnique invoqué par l'abbé Barruel...

 

Les loges maçonniques ne se réuniront d'ailleurs plus sous la Terreur et de nombreux frères (à commencer par Philippe-Egalité ou Bailly) passeront leur tête à la lucarne de l'invention du frère Guillotin.


En écoutant le rapport du frère de Dreux-Brézé, le roi cède en employant une formule dont il a le secret : « Eh bien, dit-il, s'ils ne veulent pas s'en aller, qu'ils restent ! ».


Le 27 juin, Louis XVI ordonne aux privilégiés des deux autres ordres de se joindre au Tiers, en une chambre unique, l'Assemblée Nationale... Le 14 juillet le peuple prendra la Bastille mais la Révolution a bel et bien déjà commencé ce 20 juin 1789. »

 

 

 

 

BARON DE MONTESQUIEU – CHARLES DE SECONDAT

 

En liminaire, écrivain, philosophe et franc-maçon de la génération des Lumières.

Ses œuvres, les lettres Persanes en 1721, font la critique de la société Française par un personnage appelé Persan fictif. Considération sur les causes de la grandeur et décadence des Romains.

L’esprit des Lois, en 1750, a un grand retentissement en Europe. Il met en lumière l’interdépendance de tous les éléments de la vie sociale, juridique, économique, morale et religieuse. Il croit à la nécessité des réformes et désire pour la France une monarchie constitutionnelle calquée sur le modèle anglais.

 Ses œuvres sont très abondantes, et je vais essayer en vingt minutes maxi de mettre en exergue son intelligence lumineuse, son érudition.

 C’est un visionnaire d’une étonnante modernité. Il y a chez lui un immense besoin de plaire et de séduire. Sa force de séduction vient surtout de sa bonté naturelle faite de calme et d’équilibre, qui se dégage de lui, c’est un humaniste.

 Mes sources : Internet, Archives de la ville de Bordeaux et biographie  Alain Juppé sur ce grand philosophe.

 

Il est né en 1689 au Château de la Brede en Guyenne, un siècle avant la révolution française de 1789. Il fut baptisé le 18 Janvier. Le jour de sa naissance est inconnu, son certificat de  naissance est perdu. La famille de Montesquieu par son père descend d’une ancienne maison du Berry, anobli par la Reine de Navarre, Jeanne d’Albret mère d’Henri IV. Sa mère née Penel apporte dans la corbeille de mariage, le somptueux château de la Brede avec ses hectares de vignobles pour le négoce du vin. La  famille de Mademoiselle de Penel, en était propriétaire depuis le moyen âge. Madame de Montesquieu née Penel, incite son mari à quitter le monde des armes pour la gestion de ses biens. Mon père passa sa vie à rétablir les affaires de ma mère. A peine les eut il établies, que ma mère mourut constate amèrement Montesquieu.

 Il est orphelin à sept ans. Il est élevé par des paysans gascons. Il partage donc l’existence des jeunes paysans. Il y gagne robustesse et grande simplicité. Il aime les paysans. Il dira plus tard, qu’ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers.  Il a deux frères et deux sœurs. Montesquieu, jusqu’â onze ans fréquente l’école de la paroisse de la Brede puis, pendant cinq ans, est interne au collège de Juilly diocèse de Meaux. Ce dernier lui apporte une formation juridique et humaniste par des professeurs Oratoriens réputés. Il reçoit une éducation de gentleman à connotation républicaine. Il étudie les humanités et les sciences de Descartes. A seize ans, il s’inscrit à la faculté de Droit et obtient sa licence en 1708. Il devient avocat et part à Paris pour se perfectionner comme stagiaire dans un petit cabinet.

 

 Il écrit un discours très élogieux sur Cicéron. Il l’admire et voudrait lui ressembler. En 1715, il hérite du château de la Brede et devient Baron de la Brede. Il est accepté un peu plus tard, comme conseiller au parlement de Bordeaux. Il se marie le 30 avril 1715, en l’église Saint Michel de Bordeaux avec Jeanne de Lartigue qui lui apporte 100 000 livres de dote. Montesquieu n’est pas très amoureux de son épouse d’un naturel ingrat. Elle boitait et son visage était disgracieux. Il l’abandonne pendant trois ans pour faire des voyages en Europe avec de fréquents séjours à Paris. Un jour il fit attendre son épouse trois heures dans un fiacre, stationné, devant la porte de sa maîtresse. Montesquieu était libertin. Ils ont un fils. L’oncle de Montesquieu meurt le 24 avril 1716. Il reprend sa charge au parlement de Bordeaux. Il en devient Président.

 

 Le parlement était une des institutions des plus prestigieuses de la Guyenne fondé par Louis XI en 1462. Il fut également un membre actif en 1712 et 13 de l’Académie Royale des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux. En 1726, il vend sa charge de parlementaire. C’était un magistrat trop souvent absent qui finit par rompre avec l’une des plus hautes institutions judiciaires et politiques de France. La vente lui rapporte 130 000 livres, son fils ayant refusé de reprendre cette charge. Il donne lecture à l’académie de Bordeaux sur les Romains en matière de religion. - Ce ne fut ni la crainte, ni la piété qui établit la religion sur les Romains, mais la nécessité où sont toutes les sociétés d’en avoir une. Discours sur les motifs en 1725. C’est la satisfaction intérieure que l’on ressent, lorsqu’on voit augmenter l’excellence de son être et, que l’on rend plus intelligent un être intelligent. L’amour de l’étude est presque en nous, la seule passion éternelle. C’est un raisonnement maçonnique très altruiste et d’une richesse percutante par l’humour.

 

Il lit des livres de géométrie en allant à la messe et, le curé de la Brede pense qu’il s’agit de la bible du diable. La gravité, le corps humain, le flux et reflux des marées le passionnent, ainsi que les sciences de Descartes. Dans l’esprit des Lois, il défend l’indemnisation juste et préalable en cas d’expropriation. C’est un paralogisme de dire que le bien particulier doit céder au bien public. Le bien public est toujours ce que chacun conserve invariablement, la propriété, que lui donnent les lois civiles. Dans les lettres Persanes.- John Law Ecossais, propose de substituer une monnaie de papier au numéraire afin d’alléger les finances de l’Etat. J’ai vu naître, écrit Montesquieu, une soif insatiable de la richesse. J’ai vu se former une détestable conjuration de s’enrichir, non pas sur un honnête travail et une généreuse industrie, mais par la ruine des Princes de l’Etat et des citoyens.

 

 Sur la religion - les Evêques n’ont d’autres fonctions que de dispenser d’accomplir la Loi. Le Pape est un magicien qui fait accroire que trois ne font qu’un et que le pain que l’on mange n’est pas du pain. Il s’attaque aux institutions de l’église catholique, au célibat des prêtres, à l’interdiction du divorce et à l’autorité pontificale. En 1721, Montesquieu lance l’une des affirmations les plus révolutionnaires des Lumières. «  L’homme et la Femme conquerront liberté, égalité et dignité par l’éducation ».  Helvétius et Condorcet, en feront la clef de toute réforme de la société. Dans les pensées son livre - Il cherche à réfuter Spinoza. Un grand homme m’a promis que je mourrai comme un insecte. Il cherche à me flatter à l’idée que je ne suis qu’une modification de la matière. Montesquieu n’accepte pas que l’homme soit un loup pour l’homme. Il pense qu’il existe une idée de justice qui nous interdit les uns les autres, le mal, même si les droits les plus sacrés ont été violés, tout au long de l’histoire des hommes.

 

 Montesquieu voyage en Europe à Venise, il écrit dans son journal, «  les Vénitiens et les Vénitiennes s’accompagnent d’une parfaite hypocrisie religieuse.  Un homme à beau entretenir une putain, il ne manquera pas sa messe pour toutes sortes de choses du monde. »  Venise ne conserve plus que son nom ; plus de force de commerces et de lois, seulement la débauche. Montesquieu devient sigisbée, c'est-à-dire un accompagnateur à Venise de femmes mariées. Il est sigisbée de la Princesse Trivulce, une des meilleures familles du Duché. Son père est chevalier de la toison d’or. Il devient son amant. Plus tard, de son expérience Romaine, il écrit c’était le temps le plus heureux de ma vie, et le temps où je me suis le plus instruit. Sur le peintre Raphaël, il semble que Dieu se sert de sa main pour créer. Sa théorie de l’esprit général des Nations, il faut avec les Anglais faire comme eux, vivre pour soi sans  se soucier de personne et ne compter sur personne. En France, je fais amitié avec tout le monde. En Angleterre, je n’en fais avec personne. En Italie, je fais des compliments à tout le monde. En Allemagne, je bois avec tout le monde. Le 26 février 1730, sur la recommandation du Docteur Tessier, médecin de la maison du Roi d’Angleterre, il est intronisé franc-maçon le 16 mars dans la Loge de la Horn Tavern à Westminster en compagnie  de deux autres Français. Le père du Marquis de Sade et Monsieur de Gouffier, cousin germain du Duc de Richmond. Il écrit, c’est l’équilibre des pouvoirs qui assure la liberté authentique, celle des honnêtes gens comme ceux de Londres. Venise est la liberté de vivre obscurément avec des putains et de les épouser. En Hollande, c’est la liberté de la canaille. Montesquieu est riche de 550 000 livres en 1726, soit 29 000 livres de rentes par an. Il reconnait que Dieu lui a donné du bien et je me suis donné du superflu. Son cheptel à la Brede, 800 brebis, 50 bœufs, 4 chevaux et douze cochons. Dans les moments de disette il distribue gratuitement à ses paysans, tout ce qui est stocké en grains et autres, dans ses magasins. Dans l’esprit des Lois, il montre que la richesse d’un pays repose non pas sur son or mais sur la qualité de sa main d’œuvre. Il cite l’Espagne.

 

 Montesquieu proclame qu’aucun argument d’autorité ne peut enclore en quelque enceinte que ce soit, l’énergie qui l’anime, l’esprit de curiosité, le goût de la recherche et l’amour de la liberté. Il n’y a que trois biens dans cette vie, l’aisance, la santé et la bonté de l’âme. Pour l’Europe, il s’attache à démontrer l’interdépendance des états et leur communauté d’intérêts. La France et l’Angleterre ont besoin de l’opulence de la Pologne et de la Moscovie. L’Etat qui croit augmenter sa puissance par la ruine de celui qui le touche s’affaiblit avec lui. Un pays ne peut vendre et écouler ses produits, que si les autres nations peuvent les lui acheter. La vraie richesse dépend de l’industrie de la Nation, du nombre de ses habitants, de la culture de ses terres. Modération fiscale -  Il faut garantir la liberté des citoyens par une bonne politique budgétaire et fiscale. Il ne faut pas prendre au peuple sur ses besoins réels, c'est-à-dire respecter ses besoins. La lettre de change est en quelque sorte pour Montesquieu, l’émancipation économique par rapport au politique. C’est le moteur de la libéralisation du commerce. Il prend conscience que la principale source des richesses est mobilière et non foncière. Belle anticipation de la modernité boursière par Montesquieu.  Ce dernier affirme son exigence de solidarité avec les plus faibles. L’Etat doit à tous les citoyens une substance assurée, un vêtement convenable et un genre de vie qui ne soit pas contraire à sa santé. Son projet de protection sociale fort sophistiqué prévoit la mise en place d’indicateurs statistiques, concernant l’évolution des ressources du Pays. La liberté politique du citoyen est cette tranquillité d’esprit qui provient de l’opinion que chacun a de sa sureté. La liberté politique ne consiste pas à faire ce que l’on veut, mais le droit de faire ce que les lois permettent. Comme tous les hommes naissent égaux, l’esclavage est donc contre nature.

 

Montesquieu croit en l’âme immatérielle et immortelle. Il croit en un Dieu créateur de l’Univers, raison primitive d’où précède la raison humaine. C’est le fondement même de l’esprit des Lois. Un bon législateur s’attache moins à punir les crimes qu’à les prévenir. Il s’appliquera plus à donner des mœurs qu’à infliger des supplices.

 

Pour terminer, ses principales citations - Quand on court après l’esprit, on attrape la sottise. La politique est une lime sourde qui use et qui parvient lentement à sa fin. Tous les maris sont laids. Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au dessus des hommes ; il faut être avec eux. Hommes modestes, venez que je vous embrasse ; vous faîtes la douceur et le charme de la vie.

 

Le 11  février 1755 en la paroisse St. Sulpice, un convoi funèbre transporte le corps de Charles de Secondat, Baron de Montesquieu. Seul Diderot assiste, comme grand esprit aux obsèques de l’illustre écrivain, mort la veille en son petit hôtel de la rue St Dominique à Paris. Ses ossements à la révolution furent jetés dans les catacombes, et lorsque le directoire voulut l’accueillir au Panthéon, les restes de l’auteur de l’esprit des Lois avaient disparu.

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J’ai dit

 

Voltaire était-il le franc-maçon génial que l’on prétend ?

 

 


De prime abord, cette formule peut choquer notamment lorsque l’on prend en compte le parcours maçonnique de Voltaire, mais ensuite, au regard de son initiation, la question mérite d’être posée.

 

Commençons par une brève chronologie maçonnique de Voltaire.

 

En 1778, François-Marie Arouet, dit Voltaire a 83 ans, âge canonique pour l’époque.

 

Le 10 février, après vingt-huit ans d’absence, Voltaire arrive à Paris, venu de Ferney ; il s’installe rue de Beaune, au coin du quai des Théatins (aujourd’hui quai Voltaire), chez le marquis de Villette – lequel est membre de la Loge des Neuf Sœurs.

 

Le 21 mars, au solstice de printemps, une délégation de trente membres de la Loge des Neuf Sœurs rend visite à Voltaire pour le féliciter de son retour.

 

Le 7 avril, Voltaire est reçu dans la Loge des Neuf Sœurs comme apprenti, sous le tablier de maître d’Helvétius.

 

Les 9 et 11 avril, Voltaire est reçu chez le duc de Chartres, Grand-Maître du Grand Orient.

 

Le 30 mai, Voltaire décède.

 

L’initiation de Voltaire au sein de la Loge des Neuf Sœurs aura des suites difficiles pour cette Loge.

 

Le 21 juin, Benjamin Franklin est initié à la Loge des Neuf Sœurs, sous le même tablier d’Helvétius.

 

 

 

Le 28 novembre, la Loge des Neuf Sœurs organise une séance d’hommage funèbre en l’honneur de Voltaire, séance au cours de laquelle Diderot, d’Alembert et Cordorcet auraient dû se faire recevoir maçons.

 

Le 2 décembre, à la suite de plaintes enregistrées pour irrégularités dans les travaux de la Loge des Neuf Sœurs, une instruction interne est ouverte au Grand Orient.

 

A titre de sanction, la Loge des Neuf Sœurs est privée de ses locaux privilégiés au siège du Grand Orient.

 

Ce fut un déménagement maçonnique car tout le mobilier de la Loge fut retiré de l’Atelier y compris le buste de Voltaire.

 

Nous ne trouvons trace de travaux maçonnique de Voltaire, ni même trace de sa présence en loge, mis à part pour sa réception.

 

Aussi, devons-nous nous contenter de sa cérémonie de réception.

 

Commençons par l’adresse de réception du V. F. de Lalande prononcée le 7 avril 1778 à la Loge des Neuf Sœurs :

 

« Très-cher Frère, l’époque la plus flatteuse pour cette loge sera désormais marquée par le jour de votre adoption. Il fallait un Apollon à la loge des Neuf-Sœurs, elle le trouve dans un ami de l’humanité, qui réunit tous les titres de gloire qu’elle pouvait désirer pour l’ornement de la maçonnerie.

 

Un roi (il s’agit de Frédéric II de Prusse) dont vous êtes l’ami depuis longtemps, et qui s’est fait connaître pour le plus illustre protecteur de notre ordre, avait dû vous inspirer le goût d’y entrer ; mais c’était à votre patrie que vous réserviez la satisfaction de vous initier à nos mystères.

 

Après avoir entendu les applaudissements et les alarmes de la nation, après avoir vu son enthousiasme et son ivresse, vous venez recevoir dans le temple de l’amitié, de la vertu et des lettres, une couronne moins brillante, mais également flatteuse et pour le cœur et pour l’esprit.

 

L’émulation que votre présence doit y répandre, en donnant un nouvel éclat et une nouvelle activité à notre loge, tournera au profit des pauvres qu’elle soulage, des études qu’elle encourage, et de tout le bien qu’elle ne cesse de faire.

 

Quel citoyen a mieux que vous servi la patrie en l’éclairant sur ses devoirs et sur ses véritables intérêts, en rendant le fanatisme odieux et la superstition ridicule, en rappelant le goût à ses véritables règles, l’histoire à son véritable but, les lois à leur première intégrité ? Nous promettons de venir au secours de nos frères, et vous avez été le créateur d’une peuplade entière qui vous adore, et qui ne retentit que de vos bienfaits :

 

Vous avez élevé un temple à l’Éternel ; mais, ce qui valait mieux encore, on a vu près de ce temple un asile pour des hommes proscrits, mais utiles, qu’un zèle aveugle aurait peut-être repoussés.

 

Ainsi, très-cher Frère, vous étiez franc-maçon avant même que d’en recevoir le caractère, et vous en avez rempli les devoirs avant que d’en avoir contracté l’obligation entre nos mains.

 

L’équerre, que nous portons comme le symbole de la rectitude de nos actions ; le tablier, qui représente la vie laborieuse et l’activité utile ; les gants blancs, qui expriment la candeur, l’innocence et la pureté de nos actions ; la truelle, qui sert à cacher les défauts de nos frères, tout se rapporte à la bienfaisance et à l’amour de l’humanité, et par conséquent n’exprime que les qualités qui vous distinguent ; nous ne pouvions y joindre, en vous recevant parmi nous, que le tribut de notre admiration et de notre reconnaissance. »

 

La question qui se pose est donc la suivante : Est-ce la franc-maçonnerie qui se veut voltairienne, ou Voltaire qui se veut franc-maçon ?

 

Une délégation de 30 députés de la Loge des Neuf Sœurs est formée pour se rendre à son domicile et lui proposer son initiation.

 

Une cérémonie d’initiation totalement insolite puisqu’on ne lui a point bandé les yeux, mais on avait élevé deux rideaux à travers lesquels le vénérable l’a interrogé, et après diverses questions, sur ce qu’il a fini par lui demander s’il promettait de garder le secret sur tout ce qu’il verrait, il a répondu qu’il le jurait, en assurant qu’il ne pouvait plus tenir à son état d’anxiété.

 

En priant qu’on lui fît voir la lumière, les deux rideaux se sont entrouverts tout à coup, et cet homme de génie est resté comme étourdi des « pompeuses niaiseries de ce spectacle » (propos de Louis Petit de Bachaumont).

 

L’interrogatoire d’initiation de Voltaire à la Loge des Neuf Sœurs apporte quelques éclairages sur la volonté de la Loge et de l’initié de se rassembler.

 

 

 

V.F. LALANDE

 

Quel motif si puissant en ces lieux vous amène ? L'homme est né curieux et le penchant l'entraîne ; mais vous, dont l'univers admire les travaux, vous avez des desseins plus nobles et plus beaux : Quels sont-ils ?

 

VOLTAIRE

 

Arrivant au bout de ma carrière, J'ai voulu parmi vous et pour leçon dernière entendre la raison prêcher l'humanité ;

 

Enseigner la science avec la vérité.

 

Je savais dès longtemps par dos récits fidèles que l'honneur, les vertus ont ici des modèles ;

 

Embrasser votre culte est un vœu de mon cœur ; du nom de franc-maçon je brigue la faveur.

 

(…)

 

V.F. LALANDE

 

Ainsi l’homme a le droit de penser, de s'instruire : Il peut examiner, adopter ou proscrire, et sa raison mêle en assurant son choix.

 

Du Dieu dont vous parlez obéit donc aux lois ?

 

Cependant notre esprit en erreurs est fertile ; Pour le bien des humains l'erreur est-elle utile ?

 

VOLTAIRE

 

L'erreur est un poison et des maux le plus grand.

 

D'un peuple trop crédule elle est l'affreux tyran. Complice du mensonge elle asservit la terre, et le ciel à sa voix est armé du tonnerre.

 

Couvrant son front hideux d'un voile respecté, l'homme séduit par elle, en ses fers arrêté, interroge en tremblant sa raison confondue ;

 

La pensée est muette en son âme éperdue.

 

Bientôt le fanatisme inspire sa fureur, trouve un esclave aveugle, ardent exécuteur, et livrant un bras sûr au crime qui le guide, il met un fer sanglant dans la main d'un séide.

 

Ce n'est pas, toutefois, que la fatalité ait, aux tristes mortels, ravi la liberté ; l'erreur de notre esprit atteste la faiblesse et prouve d'un Dieu seul l'infaillible sagesse ; mais notre intelligence, en dirigeant nos pas, loin de la vérité ne nous égare pas.

 

En comparant les faits et les choses entre elles, elle acquiert chaque jour des lumières nouvelles, et libre de choisir, la balance à la main.

 

L'homme pèse en son cœur et le mal et le bien.

 

(…)

 

V.F. LALANDE

 

L'infortune est souvent par l'orgueil enfantée ; L'ambition nous perd et produit bien des maux ; Le mensonge à son tour monté sur ses tréteaux débite ses poisons qu'il vante avec adresse, et calcule en secret sur l'humaine faiblesse.

 

Comment nous préserver de ces écueils divers ?

 

VOLTAIRE

 

En suivant la raison, en fuyant les pervers, en aimant la vertu par l'exemple enseignée, en vengeant de l'erreur la nature indignée.

 

L'orgueil, en opprimant, fait-il des malheureux ? Offrez à l'indigence un secours généreux.

 

Dieu fit la vérité, l'homme a fait le mensonge ;

 

Tirez l'esprit humain de la nuit où le plonge ces dogmes du pouvoir par le fourbe établis ; Frappez, en instruisant, les préjugés vieillis.

 

Les sciences, les arts, par leur noble influence, rapprocheront des rangs la gothique distance, et le mérite seul, rompant l'égalité fera l'homme plus grand dans la société.

 

 

 

V.F. LALANDE

 

La raison, dites-vous, doit nous tracer la route ;

 

Qui la connaît ?

 

VOLTAIRE

 

Chacun.

 

(…)

 

V.F. LALANDE

 

Fiers d'avoir des égaux, satisfaits de leur sort, sans regretter la vie, les Romains combattaient, mouraient pour la Patrie :

 

Quel délire ?

 

VOLTAIRE (l'interrompant)

 

Arrêtez, ce trépas glorieux, cet amour du pays, aux Romains précieux, ont produit des héros et des vertus civiques ;

 

Ce peuple, si jaloux des libertés publiques, avait une patrie.

 

V.F. LALANDE

 

Et qui donc n'en a pas ?

 

VOLTAIRE

 

L'esclave qui gémit et qui, tendant les bras, appelle un avenir pour terminer sa peine, mais tremble sous un maître et meurt avec sa chaîne.

 

V.F. LALANDE

 

Oui, l'esclave est à plaindre, et sa soumission, au rang des animaux met sa condition.

 

Puisse la vérité répandre la lumière ! Ramener les mortels à leur vertu première ! Et libres par des lois, exempts de préjugés.

 

Des liens de l'erreur à jamais dégagés, puissions-nous rallier à la philosophie ceux que l'orgueil tourmente et qu'aveugle l'envie !

 

(…)

 

Enfin, le V.F. LALALNDE avant de lui faire donner la lumière, s'exprime ainsi :

 

Le V.F. LALANDE frappe le 1er coup

 

Dieu qui lit dans les cœurs accepte cet hommage du plus grand des Français, de ta plus digne image !

 

Vous, mânes de Brutus, ombre de Cicéron, vertueux citoyen, vous austère Caton, recevez le serment que va prêter Voltaire !

 

Comme vous, des bienfaits ont rempli sa carrière.

 

Le V.F. LALANDE frappe le 2nd coup

 

L'étude élève l'homme et détruit le bandeau que l'ignorance impose et qu'on prend au berceau.

 

Vous avez répandu la lumière immortelle ;

 

Frappant le 3ème coup, la lumière apparaît.

 

Commencez maintenant une vie éternelle.

 

Grand homme ! recevez au milieu des Neuf Sœurs, et les respects du monde et les vœux de nos cœurs.

 

Soixante ans de travaux illustrant la patrie, au rang des demi-dieux ont placé le génie.

 

Dans le temple sacré soyez comme Apollon qui commande aux Neuf Sœurs sur le mont Hélicon.

 

Ce fer tourné vers vous, c'est l'arme du courage, l'appui de la vertu, le protecteur du sage ;

 

Tous, nous irons, pour vous soutenir, des combats, affronter les périls et braver le trépas...

 

Au nom du Dieu puissant que l'univers adore.

 

Aux pieds de cet autel venez jurer encore d'offrir aux malheureux une utile pitié.

 

Et par un culte pur de servir l'amitié. »

 

Ainsi donc, Voltaire fut initié par l’une des plus illustres Loges des Lumières.

 

Que dire maintenant du caractère génial de cet esprit des Lumières.

 

Nous pourrions lui donner la paternité de notre devise Liberté, Égalité, Fraternité dans l’épître où VOLTAIRE, en 1755, célèbre le lac de Genève et les vertus helvétiques :

 

La Liberté ! J’ai vu cette déesse altière

Avec égalité répandant tous ses biens,

Descendre de Morat en habit de guerrière,

Les mains teintes du sang des fiers Autrichiens

Et de Charles le Téméraire…

Les états sont égaux et les hommes sont frères.

 

Nous pouvons surtout reprendre l’ensemble de ses écrits pour y relever le libéralisme, l’humanisme, la justice, la liberté d’expression, qui caractérisent Voltaire et son implication dans l’évolution des Lumières.

 

J’ai dit.

 

VOLTAIRE ETAIT-IL LE FRANC MACON GENIAL QUE L’ON PRETEND ?

 

L’APPORT DES LUMIERES

 

 Au terme de ce XVIIIe siècle, alors que va éclater la Révolution, les philosophes des Lumières ont provoqué un formidablement ébranlement des certitudes anciennes qui régissaient le vieux monde. Je retiendrai les idées les plus fortes qui ont fait rupture avec l’Ancien régime. Et qui gardent, trois siècles plus tard, toute leur pertinence.

 

1ère idée : le libre esprit critique

 C’est la raison sur la superstition, sur les vérités révélées, sur les dogmes. La raison et son corollaire, l’esprit critique, bien plus même, l’exigence critique à l’égard des traditions, des pouvoirs, des idéologies qu’ils inspirent et de ceux qui les servent.

 

 2e idée : le volontarisme

 « Un autre monde est possible », ce slogan d’aujourd’hui des adversaires de la mondialisation néo-libérale, lancé par Le Monde diplomatique, s’inscrit dans le droit fil de la pensée des Lumières.

 « Le présent est affreux s’il n’est point d’avenir, un jour tout sera bien voilà notre espérance ; tout est bien aujourd’hui voilà l’illusion. » » écrit Voltaire.

 

 3e idée : la liberté

Liberté de pensée, mais aussi liberté individuelle.

S’affranchir

Désapprendre l’acquiescement, la soumission, l’obéissance passive.

Ni esclave, ni serf, ni serviteur, mais citoyen.

Terminée, la servitude volontaire. Pleinement citoyen. Libre.

 

Diderot écrit : « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. »

Dans son Discours sur l’inégalité, Rousseau démontre que la liberté politique est la base de toutes les autres libertés.

 Vivre libre ou mourir, va proclamer la Convention nationale !

 4e idée : l’égalité

Rousseau est, par excellence, l’auteur qui, avec constance, a revendiqué l’égalité politique. Avec lui, l’idée d’égalité politique, sociale et économique s’affirme comme jamais jusqu’alors dans l’histoire de l’humanité.

 

 Mais il n’est pas le seul, la révolution des Lumières, c’est le refus des privilèges.

« N’avoir que ses égaux pour maîtres » avait affirmé Montesquieu.

 

« Les hommes naissent égaux en droits » proclame la Déclaration de 1789.

 

Tout être humain est pourvu de la même dignité, quels que soient sa couleur, sa croyance, son sexe, sa langue, son degré d’éducation, son niveau social.

 

On retiendra surtout Condorcet qui publie en 1790 « Sur l’admission des femmes au droit de cité, » un véritable plaidoyer pour l’égalité.

 

 5e idée : la tolérance

 « Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères !»  s’exclame Voltaire

 

 6e idée : la démocratie

 En se libérant, par l’instruction, du pouvoir religieux, en rejetant les superstitions, les dogmatismes et les intégrismes, en privilégiant la raison critique, les hommes se dotent de la capacité d’agir sur le cours des choses en vue du bonheur de tous.

 

Il faut donc que s’organise la délibération de tous et la décision par tous. Un principe fondamental est énoncé : la souveraineté populaire.

Tous les pouvoirs émanent non plus du roi, ni de dieu, mais du peuple.

 

 « L’Esprit des Lois » de Montesquieu, le « Discours sur les origines de l’inégalité » et « Le Contrat social » de Rousseau, sont des ouvrages essentiels qui vont nourrir la réflexion et les propositions de Condorcet lorsqu’il présente son projet de Constitution.

Plus proche de Rousseau que de Montesquieu, Condorcet ne veut pas seulement la séparation des pouvoirs sur laquelle tous les trois sont d’accord, mais leur limitation autant que possible.

 

 7e idée : l’universalité humaine

 La révolution des Lumières, c’est l’affirmation de la commune condition humaine.

 « Comme la vérité, la raison, la justice, les droits de l’homme, l’intérêt de la propriété, de la liberté, de la santé sont les mêmes partout » souligne Condorcet

 « Quand il est question de raisonner sur la nature humaine, le vrai philosophe n’est ni Indien, ni Tartare, ni de Genève, ni de Paris, mais il est homme », constate Rousseau

 « Je suis nécessairement homme et je ne suis Français que par hasard » insiste Montesquieu.

 

 

VOLTAIRE

 

"Mais qu'est-ce donc que Voltaire ?  Voltaire, disons-le avec joie et tristesse, c'est l'esprit français". 

Victor Hugo

 

Il est commun de considérer que l'antisémitisme moderne prend sa source dans le christianisme.

Les chrétiens accusent le peuple juif d'être responsable de la mort de Jésus-Christ. Cet antisémitisme trouve évidemment sa limite en lui-même.

Le christianisme est issu du judaïsme, et l'antisémitisme chrétien ne peut donc être absolu. Sinon il se retournerait contre lui-même.

 

A propos de la Shoah, Léon Poliakoff a pointé l'origine de l'antisémitisme nazi dans la philosophie des Lumières.

 

Le racisme des Lumières

Le texte le plus éclairant à ce sujet est l'Essai sur les Mœurs et l'esprit des Nations, de Voltaire (1756). Par rapport au Traité sur la Tolérance qui est un texte très court, cet ouvrage est monumental. Il occupe des centaines de pages, ce qui révèle son importance dans la pensée, dans l'œuvre et dans les préoccupations du philosophe.

La thèse centrale de Voltaire est la perversité de la religion chrétienne à travers l'histoire, et plus particulièrement du catholicisme. Cette thèse passe par plusieurs démonstrations, mais en particulier les deux suivantes :

- L'enseignement chrétien est fondé sur des erreurs.

Ainsi, l'idée que tous les hommes sont issus d'un même père et d'une même mère, Adam et Eve, est fausse.

Les races humaines n'ont rien à voir entre elles. Elles ont des origines différentes.


- La religion chrétienne est mauvaise dès le départ.

En effet, elle prolonge la religion juive, qui est celle d'une nation odieuse et ennemie du genre humain. La religion chrétienne a hérité des tares du judaïsme.


 

L'adhésion au christianisme fixait les limites de l'antisémitisme, et la théorie de l'ancêtre commun fixait les limites du racisme. Voltaire brise les limites, et donne à la xénophobie une puissance nouvelle, se revendiquant de la Raison. 

 

        Les quelques citations ci-dessous donnent une idée de la violence et de la conviction du propos. Des considérations du même calibre émaillent l'ouvrage par centaines.

 

 

A propos des races humaines

 

"Des différentes races d'hommes, ce qui est plus intéressant pour nous, c'est la différence sensible des espèces d'hommes qui peuplent les quatre parties connues de notre monde.

Il n'est permis qu'à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les Albinos, les Hottentots, les Lappons, les Chinois, les Américains soient des races entièrement différentes.

Il n'y a point de voyageur instruit qui, en passant par Leyde, n'ait vu une partie du reticulum mucosum d'un Nègre disséqué par le célèbre Ruysch.

Tout le reste de cette membrane fut transporté par Pierre-le-Grand dans le cabinet des raretés, à Petersbourg. Cette membrane est noire, et c'est elle qui communique aux Nègres cette noirceur inhérente qu'ils ne perdent que dans les maladies qui peuvent déchirer ce tissu, et permettre à la graisse, échappée de ses cellules, de faire des tâches blanches sous la peau.

Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d'hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu'ils ne doivent point cette différence à leur climat, c'est que des nègres et des négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu'une race bâtarde d'un noir et d'une blanche, ou d'un blanc et d'une noire.

Les Albinos sont, à la vérité, une nation très petite et très rare ; ils habitent au milieu de l'Afrique : leur faiblesse ne leur permet guère de s'écarter des cavernes où ils demeurent ;

 

Cependant les Nègres en attrapent quelquefois, et nous les achetons d'eux par curiosité. Prétendre que ce sont des Nègres nains, dont une espèce de lèpre a blanchi la peau, c'est comme si l'on disait que les noirs eux-mêmes sont des blancs que la lèpre a noircis. Un Albinos ne ressemble pas plus à un Nègre de Guinée qu'à un Anglais ou à un Espagnol. Leur blancheur n'est pas la nôtre : rien d'incarnat, nul mélange de blanc et de brun ; c'est une couleur de linge ou plutôt de cire blanchie ; leurs cheveux, leurs sourcils, sont de la plus belle et de la plus douce soie ; leurs yeux ne ressemblent en rien à ceux des autres hommes, mais ils approchent beaucoup des yeux de perdrix. Ils ressemblent aux Lappons par la taille, à aucune nation par la tête, puisqu'ils ont une autre chevelure, d'autres yeux, d'autres oreilles; et ils n'ont d'homme que la stature du corps, avec la faculté de la parole et de la pensée dans un degré très éloigné du nôtre. Tels sont ceux que j'ai vus et examinés. " 

                                                                                                            (Tome 1, pages 6 à 8)

"Les Samoïèdes, les Lappons, les habitants du nord de la Sibérie, ceux du Kamshatka, sont encore moins avancés que les peuples de l'Amérique. La plupart des Nègres, tous les Cafres, sont plongés dans la même stupidité, et y croupiront longtemps." 

                                                                                                                 (Tome 1, page 11)

"La même providence qui a produit l'éléphant, le rhinocéros et les Nègres, a fait naître dans un autre monde des orignaux, des condors, des animaux a qui on a cru longtemps le nombril sur le dos, et des hommes d'un caractère qui n'est pas le notre." 

                                                                                                        (Tome 1, page 38)
" Les blancs et les nègres, et les rouges, et les Lappons, et les Samoïèdes, et les Albinos, ne viennent certainement pas du même sol. La différence entre toutes ces espèces est aussi marquée qu'entre un lévrier et un barbet."

                                                                                                              (Tome2, page 49)


 

 

 


A propos des Juifs :

 

Le Dictionnaire philosophique (1769)

L'obsession antisémite de Voltaire ne s'endort jamais. 


Dans son Dictionnaire philosophique, il revient régulièrement sur la question des Juifs, même quand il n'existe aucun lien avec la philosophie ou avec le titre de l'article.

 

Article "Abraham" :
"Il est évident que tous les royaumes de l’Asie étaient très florissants avant que la horde vagabonde des Arabes appelés Juifs possédât un petit coin de terre en propre, avant qu’elle eût une ville, des lois et une religion fixe. Lors donc qu’on voit un rite, une ancienne opinion établie en Égypte ou en Asie, et chez les Juifs, il est bien naturel de penser que le petit peuple nouveau, ignorant, grossier, toujours privé des arts, a copié, comme il a pu, la nation antique, florissante et industrieuse."

Article "Anthropophage" :
"Pourquoi les Juifs n’auraient-ils pas été anthropophages ? C’eût été la seule chose qui eût manqué au peuple de Dieu pour être le plus abominable peuple de la terre."

Article «Juifs» :
"Vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent. Il ne faut pourtant pas les brûler."

Article «Job» :
"Leur profession fut le brigandage et le courtage ; ils ne furent écrivains que par hasard."

Article «Tolérance» :
"Le peuple juif était, je l’avoue, un peuple bien barbare. Il égorgeait sans pitié tous les habitants d’un malheureux petit pays sur lequel il n’avait pas plus de droit qu’il n’en a sur Paris et sur Londres."

 

"Si nous lisions l'histoire des Juifs écrite par un auteur d'une autre nation, nous aurions peine à croire qu'il y ait eu en effet un peuple fugitif d'Egypte qui soit venu par ordre exprès de Dieu immoler sept ou huit petites nations qu'il ne connaissait pas ; égorger sans miséricorde les femmes, les vieillards et les enfants à la mamelle, et ne réserver que les petites filles ; que ce peuple saint ait été puni de son Dieu quand il avait été assez criminel pour épargner un seul homme dévoué à l'anathème. Nous ne croirions pas qu'un peuple si abominable (les Juifs) eut pu exister sur la terre. Mais comme cette nation elle-même nous rapporte tous ses faits dans ses livres saints, il faut la croire."

 (Tome 1, page 158-159)

"Toujours superstitieuse, toujours avide du bien d'autrui, toujours barbare, rampante dans le malheur, et insolente dans la prospérité, voilà ce que furent les Juifs aux yeux des Grecs et des Romains qui purent lire leurs livres."

                                                                                                                  (Tome 1, page 186)

          "Si Dieu avait exaucé toutes les prières de son peuple, il ne serait restés que des Juifs sur la terre ; car ils détestaient toutes les nations, ils en étaient détestés ; et, en demandant sans cesse que Dieu exterminât tous ceux qu'ils haïssaient, ils semblaient demander la ruine de la terre entière."

                                                                                                                 (Tome 1, page 197)

" N'est-il pas clair (humainement parlant, en ne considérant que les causes secondes) que si les Juifs, qui espéraient la conquête du monde, ont été presque toujours asservis, ce fut leur faute ? Et si les Romains dominèrent, ne le méritèrent-ils pas par leur courage et par leur prudence ? Je demande très humblement pardon aux Romains de les comparer un moment avec les Juifs."

                                                                                                                  (Tome 1, page 226)

"Si ces Ismaélites [les Arabes] ressemblaient aux Juifs par l'enthousiasme et la soif du pillage, ils étaient prodigieusement supérieurs par le courage, par la grandeur d'âme, par la magnanimité : leur histoire, ou vraie ou fabuleuse, avant Mahomet, est remplie d'exemples d'amitié, tels que la Grèce en inventa dans les fables de Pilade et d'Oreste, de Thésée et de Pirithous. L'histoire des Barmécides n'est qu'une suite de générosités inouïes qui élèvent l'âme. Ces traits caractérisent une nation. 

          On ne voit au contraire, dans toutes les annales du peuple hébreu, aucune action généreuse. Ils ne connaissent ni l'hospitalité, ni la libéralité, ni la clémence. Leur souverain bonheur est d'exercer l'usure avec les étrangers ; et cet esprit d'usure, principe de toute lâcheté, est tellement enracinée dans leurs coeurs, que c'est l'objet continuel des figures qu'ils emploient dans l'espèce d'éloquence qui leur est propre. Leur gloire est de mettre à feu et à sang les petits villages dont ils peuvent s'emparer. Ils égorgent les vieillards et les enfants ; ils ne réservent que les filles nubiles ; ils assassinent leurs maîtres quand ils sont esclaves ;ils ne savent jamais pardonner quand ils sont vainqueurs : ils sont ennemis du genre humain. Nulle politesse, nulle science, nul art perfectionné dans aucun temps, chez cette nation atroce."

                                                                                                                (Tome 2, page 83)

 

" Lorsque, vers la fin du quinzième siècle, on voulut rechercher la source de la misère espagnole, on trouva que les Juifs avaient attiré à eux tout l'argent du pays par le commerce et par l'usure. On comptait en Espagne plus de cent cinquante mille hommes de cette nation étrangère si odieuse et si nécessaire. (...)          Les Juifs seuls sont en horreur à tous les peuples chez lesquels ils sont admis (...).           On feignait de s'alarmer que la vanité que tiraient les Juifs d'être établis sur les côtes méridionales de ce royaume long-temps avant les chrétiens : il est vrai qu'ils avaient passé en Andalousie de temps immémorial ; ils enveloppaient cette vérité de fables ridicules, telles qu'en a toujours débité ce peuple, chez qui les gens de bon sens ne s'appliquent qu'au négoce, et où le rabbinisme est abandonné à ceux qui ne peuvent mieux faire. Les rabbins espagnols avaient beaucoup écrit pour prouver qu'une colonie de Juifs avait fleuri sur les côtes du temps de Salomon, et que l'ancienne Bétique payait un tribut à ce troisième roi de Palestine ; il est très vraisemblable que les Phéniciens, en découvrant l'Andalousie, et en y fondant des colonies, y avaient établi des Juifs qui servirent de courtiers, comme ils en ont servi partout ; mais de tout temps les Juifs ont défiguré la vérité par des fables absurdes. Ils mirent en œuvre de fausses médailles, de fausses inscriptions ; cette espèce de fourberie, jointe aux autres plus essentielles qu'on leur reprochait, ne contribua pas peu à leur disgrâce."

                                                                                                  (Tome 5, page 74-76)

 

 

 

" Ils ont même été sur le point d'obtenir le droit de bourgeoisie en Angleterre vers l'an 1750 et l'acte du parlement allait déjà passer en leur faveur. Mais enfin le cri de la nation, et l'excès du ridicule jeté sur cette entreprise la fit échouer. Il courut cent pasquinades représentant mylord Aaron et mylord Judas séants dans la chambre des pairs. On rit, et les Juifs se contentèrent d'être riches et libres ; (...)
          Vous êtes frappés de cette haine et de ce mépris que toutes les nations ont toujours eus pour les Juifs. C'est la suite inévitable de leur législation : Il fallait, ou qu'ils subjugassent tout, ou qu'ils fussent écrasés. Il leur fut ordonné d'avoir les nations en horreur, et de se croire souillés s'ils avaient mangé dans un plat qui eût appartenu à un homme d'une autre loi. Ils appelaient les nations vingt à trente bourgades leurs voisines qu'ils voulaient exterminer, et ils crurent qu'il fallait n'avoir rien de commun avec elles. Quand leurs yeux furent un peu ouverts par d'autre nations victorieuses qui leur apprirent que le monde était plus grand qu'ils ne croyaient, ils se trouvèrent, par leur loi même, ennemis naturels de ces nations, et enfin du genre humain. Leur politique absurde subsista quand elle devait changer ; leur superstition augmenta avec leurs malheurs : leurs vainqueurs étaient incirconcis ; il ne parut pas plus permis à un Juif de manger dans un plat qui avait servi à un Romain que dans le plat d'un Amorrhéen ; ils gardèrent tous leurs usages, qui sont précisément le contraire des usages sociables. Ils furent donc avec raison traités comme une nation opposée en tout aux autres ; les servant par avarice, les détestant par fanatisme, se faisant de l'usure un devoir sacré. Et ce sont nos pères ! "

                                                                                                  (Tome5, page 82-83)

 

A propos des Tziganes :

          " Il y avait alors une petite nation, aussi vagabonde, aussi méprisée que les Juifs, et adonnée à une autre espèce de rapine ; c'était un ramas de gens inconnus, qu'on nommait Bohèmes en France, et ailleurs Egyptiens, Giptes ou Gipsis, ou Syriens (...). Cette race a commencé à disparaître de la face de la terre depuis que, dans nos derniers temps, les hommes ont été désinfatués des sortilèges, des talismans, des prédictions et des possessions."

                                                                                                    (Tome 5, page 83-84)

 

 

 

 


A propos de l'esclavage ; Voltaire homme d'affaires

nous sommes tous persuadés que Voltaire était antiesclavagiste.

 

Ce philosophe est un bel hypocrite : il a en effet spéculé en association avec les armateurs nantais, et avec la compagnie des Indes, dans les opérations de traite des esclaves (par exemple dans l'armement du bateau négrier Le Congo).

 

" Nous n'achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l'acheteur. 
Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir."

(tome 8, page 187)

Le racisme : un thème récurrent chez Voltaire

 

En 1734, vingt-deux ans avant l'Essai sur les mœurs, Voltaire publie le Traité de Métaphysique. La thèse de l'origine différente et de l'inégalité des races humaines est déjà présente, dans toute sa nudité et toute sa violence.
Descendu sur ce petit amas de boue, et n'ayant pas plus de notion de l'homme que l'homme n'en a des habitants de Mars ou de Jupiter, je débarque vers les côtes de l'Océan, dans le pays de la Cafrerie, et d'abord je me mets à chercher un homme. Je vois des singes, des éléphants, des nègres, qui semblent tous avoir quelque lueur d'une raison imparfaite. Les uns et les autres ont un langage que je n'entends point, et toutes leurs actions paraissent se rapporter également à une certaine fin. Si je jugeais des choses par le premier effet qu'elles font sur moi, j'aurais dû penchant à croire d'abord que de tous ces êtres c'est l'éléphant qui est l'animal raisonnable. Mais, pour ne rien décider trop légèrement, je prends des petits de ces différentes bêtes; j'examine un enfant nègre de six mois, un petit éléphant, un petit singe, un petit lion, un petit chien: je vois, à n'en pouvoir douter, que ces jeunes animaux ont incomparablement plus de force et d'adresse; qu'ils ont plus d'idées, plus de passions, plus de mémoire, que le petit nègre; qu'ils expriment bien plus sensiblement tous leurs désirs; mais, au bout de quelque temps, le petit nègre a tout autant d'idées qu'eux tous. Je m'aperçois même que ces animaux nègres ont entre eux un langage bien mieux articulé encore, et bien plus variable que celui des autres bêtes. J'ai eu le temps d'apprendre ce langage, et enfin, à force de considérer le petit degré de supériorité qu'ils ont à la longue sur les singes et sur les éléphants, j'ai hasardé de juger qu'en effet c'est là l'homme; et je me suis fait à moi-même cette définition:  

           L'homme est un animal noir qui a de la laine sur la tête, marchant sur deux pattes, presque aussi adroit qu'un singe, moins fort que les autres animaux de sa taille, ayant un peu plus d'idées qu'eux, et plus de facilité pour les exprimer; sujet d'ailleurs à toutes les mêmes nécessités; naissant, vivant, et mourant tout comme eux.

            Après avoir passé quelque temps parmi cette espèce, je passe dans les régions maritimes des Indes orientales. Je suis surpris de ce que je vois: les éléphants, les lions, les singes, les perroquets, n'y sont pas tout à fait les mêmes que dans la Cafrerie, mais l'homme y paraît absolument différent; ils sont d'un beau jaune, n'ont point de laine; leur tête est couverte de grands crins noirs. Ils paraissent avoir sur toutes les choses des idées contraires à celles des nègres. Je suis donc forcé de changer ma définition et de ranger la nature humaine sous deux espèces la jaune avec des crins, et la noire avec de la laine.  

          Mais à Batavia, Goa, et Surate, qui sont les rendez-vous de toutes les nations, je vois un grande multitude d'Européens, qui sont blancs et qui n'ont ni crins ni laine, mais des cheveux blonds fort déliés avec de la barbe au menton., On m'y montre aussi beaucoup d'Américains qui n'ont point de barbe: voilà ma définition et mes espèces d'hommes bien augmentées.  

             Je rencontre à Goa une espèce encore plus singulière que toutes celles-ci: c'est un homme vêtu d'une longue soutane noire, et qui se dit fait pour instruire les autres. Tous ces différents hommes, me dit-il, que vous voyez sont tous nés d'un même père; et de là il me conte une longue histoire. Mais ce que me dit cet animal me paraît fort suspect. Je m'informe si un nègre et une négresse, à la laine noire et au nez épaté, font quelquefois des enfants blancs, portant cheveux blonds, et ayant un nez aquilin et des yeux bleus; si des nations sans barbe sont sorties des peuples barbus, et si les blancs et les blanches n'ont jamais produit des peuples jaunes. On me répond que non; que les nègres transplantés, par exemple en Allemagne, ne font que des nègres, à moins que les Allemands ne se chargent de changer l'espèce, et ainsi du reste. On m'ajoute que jamais homme un peu instruit n'a avancé que les espèces non mélangées dégénérassent, et qu'il n'y a guère que l'abbé Dubos qui ait dit cette sottise dans un livre intitulé Réflexions sur la peinture et sur la poésie, etc.

           Il me semble alors que je suis assez bien fondé à croire qu'il en est des hommes comme des arbres; que les poiriers, les sapins, les chênes et les abricotiers, ne viennent point d'un même arbre, et que les blancs barbus, les nègres portant laine, les jaunes portant crins, et les hommes sans barbe, ne viennent pas du même homme.(...)


           Je me suppose donc arrivé en Afrique, et entouré de nègres, de Hottentots, et d'autres animaux. Je remarque d'abord que les organes de la vie sont les mêmes chez eux tous; les opérations de leurs corps partent toutes des mêmes principes de vie; ils ont tous à mes yeux mêmes désirs, mêmes passions, mêmes besoins; ils les expriment tous, chacun dans leurs langues. La langue que j'entends la première est celle des animaux, cela ne peut être autrement; les sons par lesquels ils s'expriment ne semblent point arbitraires, ce sont des caractères vivants de leurs passions; ces signes portent l'empreinte de ce qu'ils expriment: le cri d'un chien qui demande à manger, joint à toutes ses attitudes, a une relation sensible à son objet; je le distingue incontinent des cris et des mouvements par lesquels il flatte un autre animal, de ceux avec lesquels il chasse, et de ceux par lesquels il se plaint; je discerne encore si sa plainte exprime l'anxiété de la solitude, ou la douleur d'une blessure, ou les impatiences de l'amour. Ainsi, avec un peu d'attention, j'entends le langage de tous les animaux ; ils n'ont aucun sentiment qu'ils n'expriment : peut-être n'en est-il pas de même de leurs idées ; mais comme il paraît que la nature ne leur a donné que peu d'idées, il me semble aussi qu'il était naturel qu'ils eussent un langage borné, proportionné à leurs perceptions. 

          Que rencontré-je de différent dans les animaux nègres? Que puis-je y voir, sinon quelques idées et quelques combinaisons de plus dans leur tête, exprimées par un langage différemment articulé? Plus j'examine tous ces êtres, plus je dois soupçonner que ce sont des espèces différentes d'un même genre. Cette admirable faculté de retenir des idées leur est commune à tous ; ils ont tous des songes et des images faibles, pendant le sommeil, des idées qu'ils ont reçues en veillant ; leur faculté sentante et pensante croît avec leurs organes, et s'affaiblit avec eux, périt avec eux. Que l'on verse le sang d'un singe et d'un nègre, il y aura bientôt dans l'un et dans l'autre un degré d'épuisement qui les mettra hors d'état de me reconnaître ; bientôt après leurs sens extérieurs n'agissent plus, et enfin ils meurent. (...)

         Enfin je vois des hommes qui me paraissent supérieurs à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce. 

 


 

 

 

 

 

La fierté de Voltaire d'être devenu un vrai seigneur féodal

 

Voltaire, dans sa lettre à M. de Brenles du 27 décembre 1758, se vante de posséder un droit de haute justice. Ce droit permet au seigneur féodal de juger et prononcer toutes les peines sur son domaine, y compris la peine de mort. Le philosophe en parle à propos d'un certain Grasset, avec qui il devait être en conflit :
"Il ne me reste plus que de le prier à diner dans un de mes castels et de le faire pendre au fruit. J'ai heureusement haute justice chez moi, et si M. Grasset veut être pendu, il faut qu'il ait la bonté de faire chez moi un petit voyage."

Dans une lettre à Thibouville du 28 mai 1760, il revient sur son droit de haute justice, en particulier de mettre quiconque au pilori.
" On me reproche d'être comte de Ferney. Que ces Jean f... là viennent donc dans la terre de Ferney, je les mettrai au pilori. "

Dans sa lettre à d'Argental du 1er février 1764, Voltaire se vante d'avoir droit de mainmorte, coutume liée au servage et qui avait heureusement disparu un peu partout. La mainmorte fut officiellement abolie en 1790 par un décret de Louis XVI.

"Je remercie tendrement mes anges de toutes leurs bontés ; c'est à eux que je dois celles de M. le duc de Praslin, qui me conservera mes dîmes en dépit du concile de Latran... Figurez-vous quel plaisir ce sera pour un aveugle d'avoir entre les Alpes et le mont Jura une terre grande comme la main, ne payant

 

 

 

La face cachée de Voltaire

Apôtre de la tolérance, le prince des Lumières a aussi sa part d'ombre. Il se révèle misogyne, homophobe, antijuif, islamophobe. Quelle faute !

Par Roger-Pol Droit

Publié le 02/08/2012 à 00:00 | Le Point

 

 

 

Pour conclusion, et pour éclairer les lumières, je vous citerai Condorcet et Necker.

 

 

 

      Notre B.A.F le T.V.M C.G. nous propose de relire un travail daté de l'an 5994 consacré à NOTRE DAME DE PARIS

 

 

 

 

NOTRE-DAME DE PARIS : Cathédrale historique.

Nous traiterons simultanément la construction de Notre-Dame à travers l'histoire de France et les différents avatars et heureux évènements qui sont arrivés à une Dame qui a eu 800 ans en 1963. Son père,l'évêque Maurice de Sully peut être fier de cette église qui fut la 4ème à cet emplacement et de sa destinée immortalisée à tout jamais.

La construction commença en 1163 parmi les premières cathédrales d'un type nouveau en France. La France de l'époque entière entreprenait de reconstruire toutes ses Eglises cela au XIIème siècle. Chaucun sait ce que représente le choeur: c'est la tête du Christ sur la Croix et le plan de Notre-Dame comme celle de

toute église est celui d'une croix, celle de la Crucifixion. Mais le choeur ne fut pas construit n'importe où car sur le même emplacement à quelques pieds sous terre existaient des autels de pierre sur les bas-reliefs desquels figuraient : Jupiter, Vulcain, cueillant le gui sacré avec d'autres images paiennes en particulier

Esus le Dieu de la lumière. Ces reliques d'un autre temps, découvertes en 1711, sont conservées au Musée de Cluny. On y trouva aussi des. Dieux gaulois (Esus déjà cité avec Cernunnoz, Senertorios. Le Taureau aux 3 grues) mêlés à des Dieux romains (Vulcain, Mars, Vénus, Mercure, Castor et Pollux).Fut même relevée une dédicace, celle des bateliers des premiers siècles de notre ère ainsi écrite :

"Sous Tibère César Auguste, les nautes  parisiens ont élevé ce monument à Jupiter très bon, très grand." Or Tibère est contemporain de Jésus Chtist. On trouve

ainsi des Dieux celtiques mêlés à des Dieux romains, en effet, au milieu du IIIème siècle avant J.C. des Celtes : les Parisii faisant partie de la Tribu des Senones s'étaient fixés dans les vallées de la Seine et de l'Yonne lesquels furent conquis et annexés par Labienus un général de César.

Lorsque le Christianisme eut supplanté le paganisme dans Lutèce, le temple paien fut rasé et une église chrétienne fut construite dessus au Vlème siècle (la deuxième). Il n'est resté aucune trace de la première. Cette 2ème église fut construite quelque 20 mètres en avant des 2 tours actuelles -

sur le sol du parvis nous en voyons le tracé en petits pavés c'est-à-dire celui de 4 ou 5 de ses nefs. En sous-sol ont été retrouvés les vestiges de ses fondations édifiées sous le règne de Childebert ler (511-558), fils de Clovis, Roi des Francs; elle fut dédiée à Saint-Etienne, le ler martyr chrétien; ses dimensions étaient exceptionnelles pour l'époque : seules la dépassaient les basiliquesde Rome, Jérusalem ou Bethléem, soit 36 m. de largeur et 70 m. de longueur.

Tout près de là, à quelques 50 m. plus à l'Est, les Evêques voulu­rent une chapelle indépendante de Saint-Etienne et pendant 5 siècles ces deux églises suivirent leur destinée, l'une dédiée à Saint-Etienne, l'autre (celle à l'Est) à Notre-Dame. Celle-ci fut détruite par les Normands, puis rebâtie au XIIème.

Les deux premières cathédrales disparaîtront pour laisser place à Notre-Dame actuelle.

Il faut dire que l'Ile de la Cité était à cette époque très encombrée en constructions puisque Maurice de Sully pour acheminer les matériaux nécessaires fera percer la rue Neuve-Notre-Dame dont nous voyons encore le tracé sur le dallage du parvis. L'Ile de la Cité dont la population était enserrée entre les murailles construites après le passage des Normands était desservie par de nom­breuses églises; on en compte au début du XIIIème jusqu'à 17. C'était donc une

Ile sonnante. Il est émouvant de songer que sur cette petite île de la Seine :

  • la justice est rendue à l'Ouest depuis 1.000 ans.
  • le culte religieux depuis 2.000 ans.

La construction de Notre-Dame de Paris fut ainsi commencée en 1163 par le choeur (sur l'emplacement du temple paîen). 20 ans plus tard le maître autel était consacré et fut attribué au culte. Le nom de l'architecte-concepteur est resté inconnu; on sait en revanche que l'on doit à Jean de Chelles l'allon­gement des 2 bras du transept ainsi qu'à son continuateur Pierre de Montreuil, l'architecte présumé de la Sainte Chapelle avec Jean Ravy.

A l'époque, en France, Notre-Dame de Paris fut la plus vaste des cathédrales avec 130m. de long, 35 m. de hauteur sous voûtes et 69 m. pour les tours. Tous les architectes et artistes s'accordent pour reconnaître que Notre-Dame est surtout une cathédrale des mieux proportionnées, un authentique chef-d'oeuvre, une oeuvre pleine d'harmonie entre ses différentes composantes, sans excès, sans déraison, pondérée, équilibrée, pleine de grâce comme la Vierge à laquelle elle était dédiée, de laquelle se dégageait néanmoins la sagesse, la beauté et la force, les emblèmes de nos 3 colonnes du Temple.

Le vaisseau central ainsi que le transept sont couverts par des voûtes sexpartites qui embrassent chaque fois 2 travées couvrant une surface sensiblement carrée. On ne sait d'où venait la conception des croisées d'ogives révolutionnaires pour l'époque. Elle n'est pas gothique semble-t-il, les Goths ne l'ayant pas utilisée dans leur construction. Les voûtes, par contre, étaient partout utilisées pendant la seconde moitié du 12ème en Ile de France et en Normandie.On constate cependant que les voûtes sexpartites de Noyon, de Senlis de Laon et de Sens étaient plus bombées, leurs poussées faisaient qu'il fallait des murs très épais pour tenir ces voûtes. Cherchant une solution à ce problème, l'architecte du choeur donna aux ogives un tracé tel que leurs clefs s'élèvent à peine au-dessus de celles des doubleaux et des formerets qui sont encore brisés. Les voûtes ainsi moins bombées étaient moins pesantes, ce qui a permis d'édifier des murs moins épais, donc de pouvoir les évider plus facilement sans risquer l'écroulement.L'architecte inconnu de M. de Sully,car à l'époque les architectes et artistes ne signaient pas leurs oeuvres, a donc fait preuve de novation. Après lui on appliquera ses procédés en les perfectionnant grâce à la découverte des arcs-boutants lesquels permettront de contrebutter les poussées obliques exercées par des voûtes en ogives.

C'est ainsi que le vaisseau du choeur put s'élever à 35 m.; cependant pour plus de sûreté l'architecte construisit tout autour des tribunes (au ler étage donc) qui se comportèrent comme un élément essentiel de stabilité de l'édi­fice. L'élévation du choeur est forte et massive, bien du moyen âge mais sans lourdeur.

La solidité de l'édifice s'est accrue avec l'innovation des arcs-boutants dont le nombre forme un multiple de 7, avec l'invention des colonnettes débitées en délit, c'est-à--dire dans le sens de la stratification de la

carrière de pierre. Les poussées des murs ont lieu surtout à l'extérieur et les colonnettes rendent les colonnes plus légères d'apparence; c'est avec les crois­sées d'ogives, l'originalité du gothique.

2 piles énormes portent les tours, leur section est un losange dont la diagonale a 5 m., leur aspect cependant n'a aucune lourdeur grâce aux mul­tiples colonnettes qui les contournent et s'élancent directement d'une seule pièce dans le ciel.

La nef comporte aussi 2 bas-côtés couverts de voûtes d'ogives simples sur plan carré qui sont portées par une file de colonnes alternativement faibles ou fortes. Les piles faibles sont classiques, les piles fortes sont les mêmes mais entourées de 12 colonnettes, d'apparence aussi légères que les piles faibles. Il faut dire que jusqu'alors dans, les églises romanes, et même les premières églises gothiques, les piles fortes constituaient des masses énormes de plan carré ou crucéiforme qui occupaient un grand volume et surface. Elles

gênaient la circulation, la vue, les processions. Notons au passage que l'archi­tecte a inventé un système de pile dans lequel le sens des "fils" de la pierre est croisé, et que dans ce cas la croix devient synonyme de robustesse. Toutes ces colonnettes en délit sont ornées pour la lère fois de feuilles longues et étroites, fortement côtelées, recourbées en belles volutes feuillues qui auront une grande vogue au 13ème siècle.

Vers 1235 soit 72 ans après le début des travaux se produit un grand évènement dans l'histoire de la construction de Notre-Dame. La nef est jugée trop petite et la décision est prise de repousser les murs de chaque côté, qui ne comportait donc qu'une travée jusqu'à la limite extrême des culées des arcs-boutants et de réaliser entre ces culées autant de chapelles. Tout fut terminé en 1250 : c'était la première fois qu'une nef se trouvait bordée de chapelles. Cette initiative fut imitée à Bayeux, Coutances, Amiens.

Une fois terminé l'élargissement des chapelles, le transept d'origine ou croisillon se trouva en retrait sur les chapelles; il fallut donc l'agrandir à son tour par ses 2 côtés en abattant les 2 murs de fond pour les reconstruire un peu plus loin. Ce fut l'oeuvre de Jean de Chelles et de Pierre de Montreuil. Chacun des bras du transept fut donc agrandi d'une travée couverte d'une voûte d'ogives barlongue c'est-à-dire plus longue que profonde. D'où la construction de 2 murs au fond, pleins jusqu'au milieu de leur hauteur au-dessus desquels court une claire-voie. Au-dessus de celle-ci, une immense rose de chaque côté au Nord et au Sud de 13 mètres. En bas à l'intérieur furent réalisés trois fenestrages en bois. Nous reviendrons bientôt sur l'interprétation symbolique des rosaces.

Les chapelles du choeur résultent aussi du même élargissement; comme les culées des arcs-boutants étaient plus espacées,il en est résulté des cha­pelles plus larges pour l'abside ayant 2 ou 3 travées. Dans la partie tournante

du choeur se retrouvent donc côte à côte le commencement et la fin des travaux de la Cathédrale et ce à 170 ans d'intervalle. Dans le déambulatoire tout est massif (1163 à 1180), puissant, les bases sont fortes, les colonnes robustes, les chapiteaux larges, les moulures grasses, la flore simple. Dans les chapelles rayonnantes (1296 à 1330) à quelques mètres tout est devenu fin, la flore est délicate, les colonnes grèles.

Les architectes ont donc laissé la preuve d'un symbole supplémentaire global en montrant comment sur 2 siècles, les maçons sont passés de la pierre brute à la pierre polie tout comme les hommes préhistoriques passèrent de la pierre brute à. silex à la pierre polie.

NOTRE DAME DE PARIS : Cathédrale religieuse.

Il est nécessaire de rappeler que Notre-Dame fut édifiée à la gloire de la Vierge Marie, mère de Jésus Christ, de Sainte Anne, mère de Marie, de Saint-Etienne, le 1er martyr chrétien, juif converti qui fut lapidé pour ce crime par les juifs, à la gloire des 12 apôtres et de tous les Saints du calen­drier.

Notre Dame est donc par excellence une cathédrale catholique dans laquelle le symbolisme religieux est partout présent. Au début de ma recherche, j'ai tenté de décompter les réalisations correspondant aux chiffres 3 et 7. J'ai abandonné à quelques deux douzaines de fois chacun étant convaincu que le nombre de fois n'importe pas puisque ces 2 chiffres étaient partout présents.

C'est ainsi que je me suis retrouvé, dans mon Unité devant le

chiffre 3, symbole du mystère chrétien de la Trinité partout répétée, obsession­nellement répétée. J'ai ainsi compris de force dirai-je que si le principe de l'Unité confère l'Individualité, celle-ci pour devenir réelle et se manifester doit différencier ses parties en organisant pour chacune leur jeu de combinai­sons et de réactions. J'ai compris alors que si la différenciation est binaire, l'organisation elle, est ternaire et que les. 3 principes opèrent ensemble. Un s'épanouit donc en Trois. De 1 à 3 nous distinguons deux formes extrèmes évi­dentes mais qui sont reliées par un point intermédiaire qui est souvent

occulte. Ainsi la conclusion chrétienne du mystère central de la Trinité est que tout être doué d'une existence est à la fois triple dans son mécanisme, dans

sa manifestation et double dans les tendances polaires qui l'habite. Trois ainsi est le principe chrétien, dynamique par excellence.

Le chiffre 7, bien que ne représentant un symbole de l'importance d'un mystère est lui aussi partout présent. Il rappelle l'accomplissement de la genèse de Dieu. 12 le nombre des Apôtres.

Notre-Dame, cathédrale française et catholique, a ponctué pendant 800 ans l'histoire de notre Pays.

C'est là que Louis IX déposa la couronne d'épines du Christ avant de l'abriter, non loin de là, dans la Sainte Chapelle de son Palais.

C'est là que Philippe le Bel le 10 avril 1302 réunit les premiers Etats Généraux de la Monarchie.

C'est là_ qu'Henri VI de Lancaster, l'anglais, fut couronné Roi de France et d'Angleterre.

Que 7 ans plus tard, Charles VII assista au Te Deum de la Libération du Royaume.

Qu'eut lieu le procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc.

Qu'eut lieu le mariage d'Henri IV, resté sur le Parvis parce que

réformé,

et de Louis XIV.

Qu'eut lieu l'exercice du Culte de la Déesse raison en 1793 et de l'Immortalité de l'âme.

Que Napoléon ter fut sacré Empereur, par Pie VII et que se maria Napoléon III.

Que le Roi de Rome, le Duc de Bordeaux, le Comte de Paris furent

baptisés.

Qu'eurent lieu les Te Deum des victoires de 1918 et 1945.

NOTRE DAME DE PARIS : Cathédrale Symbolique

Au-delà de l'Histoire, à côté de la Réligion, nous avons été subju­gués par la masse d'informations symboliques que nous avons recueillies pendant notre étude. Que ces messages soient le fait de la volonté des constructeurs

ou des mystères de l'Histoire ne changent en rien l'existence des symboles que nous avons relevés, intensément présents et signifiants. Il nous appartient de les interpréter ou de découvrir ceux qui seraient encore restés secrets.

1er symbole.

Devant les 2 tours, sur le Parvis, nous apecevons au sol une petite rose en cuivre indiquant les points cardinaux : c'est à partir de là que se calcule,pour la France entière, le point de départ des routes; c'est le point

0 ou G, le repère étalon symbolique du Pays. Cette rosace nous permet, puisque la cathédrale est à quelques pas, de déterminer comment celle-ci est orientée, or à cet égard il nous faut dire que notre surprise a été grande. Dans le seul but d'éclairer notre recherche et ses sources, nous préciserons que les cons­tatations suivantes neprocèdent d'aucune documentation, ni d'aucune communica­tion verbale.

Nous avons mis en évidence, semble-t-il,que Notre-Dame de Paris est orientée selon 3 directions qui nous ont paru mystérieuses. D'où le 2ème symbole-

2ème symbole-

Celui-ci peut s'énoncer en 3 parties :

  • la nef es.t dirigée vers. Jérusalem, en effet par comparaison à la rose des
    points cardinaux, nous avons trouvé pour orientation celle du S.E.-Est.
  • l'orientation des 2 Tours est légèrement différente de celle de la nef, elle est inclinée un peu plus vers le Sud, ce qui donne le Sud-Est. Or, qu'elle ne fut pas notre surprise de constater sur une planisphère que cette ligne passait par Rome et la Mecque, je dis bien La Mecque en Arabie.
  • mais nous n'étions pas au bout de nos surprises quand nous avons constaté que le choeur était quant à lui sensiblement dévié vers l'Est par rapport au S.E.-Est de la nef, ce qui sur la planisphère nous conduisait en direction du plateau de Pamir, de l'Himalaya, la Chine ou les Indes du Nord.

A l'époque où fut construite Notre-Dame, il était exclu que les constructeurs puissent déterminer avec grandes précisions ces 3 directions; ils ne pouvaient procéder qu'avec approximation, les principaux voyages autour de la terre (Magellan, Christophe Colomb, Vasco de Gama) étant tous postérieurs

à la construction de la Cathédrale. Il faut cependant constater que les

3 directions citées ci-dessus sont relativement précises et qu'il semblerait sans grande signification pour notre sujet de vérifier la véracité des angles au degré près. L'intention seule compte déjà pour notre démonstration.

Des explications ont été fournies pour expliquer la déviation du choeur vers le Nord-Est par rapport au S.E.-Est de la nef : certains chercheurs ont avancé que l'architecte avait voulu marquer l'inclinaison du visage du Christ sur la Croix, d'autres ne le pensent pas et croient que l'on voulut que les fidèles entrant dans la nef tournent ainsi légèrement leur tête vers l'Est. Il est concevable que l'intention de se diriger en direction de l'Est vers la "Lumière" symbolique eut existé en fait et qu'ainsi que nous le procla­mons dans notre rituel "Comme le soleil commence son cours à l'Orient et répend sa lumière dans le monde, de même aussi le VIL M.*.se place à l'Orient pour mettre les frères à. l'ouvrage et éclairer la loge de ses lumières". Une chose es.t sûre l'architecte du XIIème siècle aurait pu orienter l'édifice exactement â l'Est, c'est-à-dire en direction de la Sibérie. Or, il a préféré pour le choeur, dévier sensiblement vers le Sud. De même pour la déviation des 2 Tours qui aboutit à l'existence surprenante d'un axe Paris-Rome-La Mecque.

Pour la déviation des Tours, certains ont avancé la proximité à l'époque de l'Hôpital Dieu, situé alors au Sud de la place du Parvis (à présent au Nord) et qu'il fallait éviter en déviant de quelques mètres. Nous, symbolis­tes, nous préférons d'autres explications :

. comme de nombreuses églises la Nef est dirigée vers Jérusalem; symbole normal.

  • la direction du choeur vers le Nord de l'Inde et la Chine symbolise le rappel d'une affinité métaphysique avec les religions orientales, indiennes, boudhistes, chinoises et peut-être vers les terres et montagnes de départ des Goths deux millénaires avant notre ère dont les lointains descendants ont certainement contribué pour beaucoup à l'éclosion de l'art gothique en Europe occidentale et principalement en Ile de France.
  • la direction Paris-Rome-La Mecque peut évoquer un axe du monde inattendu autour duquel la terre s'ordonne, axe à 3 pôles incluant Jérusalem qui se situe dans la même direction. Cet axe est précisément celui de notre loge "Pierre Angulaire, Fraternité d'Abraham".

Une interprétation originale et osée de ce symbolisme pourrait permettre d'écrire :

  • que l'orientation du choeur postule pour la méditation transcendentale tour­née vers l'Orient,
  • que le sens de la Nef indique le rassemblement du plus grand nombre d'humains autour de l'ancien et nouveau Testament,
  • que la direction donnée aux 2 Tours rappelle les conflits en puissance entre l'Occident; l'Islam et Israël.

Recherche du 3ème symbole.

Continuant de méditer devant le parvis nous avons réalisé que les portails étaient au nombre de 3. Il s'agit à n'en pas douter déjà du symbole chrétien du Mystère de la Trinité, celle du Père et du Fils et du Saint-Esprit que nous avons évoqué. Au centre, le portail du Jugement dernier avec au milieu Jésus Christ, à gauche celui de la Vierge, à droite celui de sa mère, c'est-à-dire de Sainte Anne.

Une question se pose alors, pourquoi la Vierge Marie, personnage divin central est-il placé .à gauche de Jésus Christ ? Notons dans le même sens la représentation de l'Enfer sur le portail central à droite, le Paradis étant à gauche ? S'agit-il d'une anomalie ? d'une erreur de l'architecte?

Tout dépend semble-t-L1 dans quel sens on se place, si c'est à la place de Jésus Christ le portail de la Vierge et le Paradis redeviennent à droite. Mais alors une autre question surgit si l'on fait un rapprochement avec notre Temple maçonnique car le Vénérable Maitre a son 1er surveillant à sa gauche, le second étant à sa droite. Pourquoi? je laisse cette question empreinte d'une signification symboliste, ouverte. Par contre, sur les pierres il est indiqué et rappelé qu'en terme maçonnique le 1er surveillant est bien placé à gauche du Vénérable Maitre car précisément le porche le plus grand construit dans la masse est finalement à gauche du portail central. En effet le portail de la Vierge a été rendu artificiellement plus grand que celui de Sainte Anne (1 gauche) par l'effet d'un encadrement en triangle.

En conclusion, les symbolismes chrétien et maçonnique voisinent dans les seuls 3 portails.

4 - Recherche d'une série de symboles.

Il s'agit cette fois d'une double douzaine de symboles situés sur les 2 bas-reliefs du portail central dit du Jugement dernier. Au XIIème

siècle les vertus et les vices étaient représentés dans un vieux poème par des guerriers se livrant des combats- dans l'âme du chrétien. En voici la liste :

une croix = la Foi

l'espérance = l'étendard

la charité = une brebis

la chasteté = une salamandre au milieu des flammes la luxure = miroir des courtisanes

la prudence = le serpent

la folie = un fou courant dans la campagne l'humilité = une colombe

l'orgueil = un cavalier précipité en bas de sa monture le courage = le lion

la lâcheté = un homme jette son épée et s'enfuit devant un lièvre l'idolâtrie = un homme agenouillé devant une idole

le désespoir se transperce de son épée

l'avarice = mains dans un coffre

la patience = un boeuf

l'impatience = un homme frappe un moine

la douceur : un agneau

la violence = une dame lance un coup de pied à son serviteur

 

la concorde = un rameau d'olivier

la discorde = un homme et une femme se battent l'obéissance = un chameau agenouillé

la rébellion = un homme menace son évêque la persévérance = une couronne

l'inconstance = un moine quitte son couvent.

5 - Recherche de symboles : les chiffres 3 et 7.

Au début de mes visites, je recherchais systématiquement les signes 3 et 7 dans l'édifice. En voici quelques exemples :

3 portails,

2 tours + 1

3 parties à

3 roses à 3 rayons concentriques, flèche (1) façade 3 parties. l'intérieur, les 12 apôtres 3 x 4, etc.

 

Le Mystère de la Trinité nous prouve que le chiffre 3 traduit

un principe dynamique puisqu'il introduit l'organisation et le résultat. 3 est le composé formé de l'impair d'origine 1 et du premier nombre pair 2. Il montre comment on passe d'une opposition de forces contraires à la synthèse par l'intégration d'un troisième élément, et qu'il y a alors influences réciproques dans un grand tourbillon de création, il combine l'actif au passif, unit le mâle et la femelle.

 

Le principe de la Trinité, on le retrouve dans de nombreux exemples : esprit et matière avec l'âme animale,

cerveau et muscles avec l'intermédiaire des nerfs,

artiste et peinture avec couleurs,

géomètre, géométrie et compas ou équerre

bien, mal et hamme

Dieu, diable et homme

On constate donc que si le chiffre 2 représente la matière, le chiffre 3 représente la forme, l'existence, la vie; dans ce sens l'Etre et non Etre produisent le phénomène humain.

La Trinité existe dans de nombreuses religions.

  • Lao-Tsée a enseigné que "Tao l'incognosable est d'une nature triple. Le 1er a engendré le second, tous deux ont engendré le 3ème et les 3 ont fait toutes. choses".
  • Dans la vieille religion celtique, la Trinité est composée de Teutatés (la force) Esus (lumière) et Gwyon (l'esprit), or Esus fut un de ces Dieux retrouvé sous le choeur de Notre-Dame.
  • Pour nous, francs-maçons, nous venons au monde par l'action conjuguée du Feu, de l'Eau et de la Terre, 3 étant par excellence le chiffre de l'initia­tion de l'apprenti.
  • 3 dimensions forment l'espace.
  • 3 notes (une tierce) l'harmonie.
  • la thèse, l'antithèse suivies de synthèse forment la dialectique en mouve­ment.
  • le passé, le présent et le futur représentent le temps concret. D'autres Trinités dans divers domaines méritent d'être signalées : les 3 fonctions de la pensée de Kant : sensibilité, entendement,raison.

les 3 principes des alchimistes : le soufre (le feu inné), l'eau (ou mercure), le sol (l'arsen ic).

la constitution ternaire du corps humain : tête, tronc, membres et de certaine partie du corps, tête : front, nez, bouche.

  • soleil, terre, lune.
  • la croix qui se compose de 3 parties.

 

Quant au chiffre 7 aussi partout présent à Notre-Dame de Paris, il est à 3, ce que 3 est à 1. Si le ternaire représente le développement d'un principe, le septenaire représente un principe 2 fois développés, chez nous c'est celle du maître. En voici quelques exemples :

Le ternaire des. couleurs : rouge, jaune, bleu, produit tous les tons et toutes. les nuances pour le peintre.

En musique, les' 3 notes de l'accord majeur : do, mi, sol, engendrent les 7 notes de la gamme majeure : do, ré, mi, fa, sol, la, si.

Le chiffre 7 c'est aussi les 7 jours de la semaine rappelant les

7 principales planètes du soleil, c'est aussi 6 jours + le jour de repos ou de' sabbat. Il y a 22.000 ans les artistes peintres des grottes de Lascaux quand ils avaient achevé une galerie, marquaient celle-ci de 6 points, inscrivant par là que leur travail était terminé. N'est-ce pas une analogie avec les 6 jours de travail de la semaine? Le monde aussi aurait été créé en 6 jours

selon la genèse.

Chez les animaux, le pigeon se couve en 2 semaines, 3 chez les poules, 4 chez les canards. Chez l'humain, le foetus commence la vie en

7 x 7 semaines, il est viable à 30 semaines, et naît après 40 semaines. La seconde dentition a lieu I 7 ans.

Les prophètes ont prédit la fin du monde au 7ème millénaire après J.C. ainsi :

Zoroastre, Alhumasar de Perse et même Saint-Jean qui a écrit "Au septième mil­lénaire après l'enchaînement du dragon ou diable fauteur de maux les mortels

se reposeront et mèneront une vie tranquille". Nostradamus a fixé la venue de l'Antéchrist à l'an 7000.

Relevons également les 7 principes de l'hermétisme des alchimistes qui se retrouvent partout à Notre-Dame et sous la forme de 3 cercles

selon D. Wirth

ainsi que les 7 sacrements de l'Egli.se

les .7 vertus, les' 7 péchés capitaux, les 7 plans cosmiques du Soufisme,

les 7 Cieux et Terres et enfer du Coran.

 

 

 

Face au Paris, à gauche le portail de la Vierge, au centre celui du Jugement dernier, à droite celui de Sainte Anne, tous les trois surplombés

par la galerie des Rois. Véritable arbre généalogique de Jésus, la galerie horizontale des Rois de Juda affirme l'enracinement et l'Incarnation dans l'histoire humaine. Cette lignée de Rois enracinés dans la pierre nous indique que le verbe s'est, fait chair et s'est incarné en J.C. par la Vierge.Marie.

Le portail de la Vierge est le plus parfait. Il retrace le mystère de l'Assomption sous le regard, impassible et méditatif, de 3 rois et de

3 prophètes. L'âme populaire est présente puisque les saisons et les âges de la vie sont évoqués de part et d'autre du trumeau alors que sur les faces latéra­les des piédroits les travaux des mois répondent avec familiarité aux signes

du zodiaque.

Le portail central du Jugement, mutilé par Soufflot en 1771 pour laisser passer le dais imposant des processions qui mesurait alors la puissance de l'homme d'église ou politique qui entrait dans la Cathédrale, a été restau­ré par Violle.t le Duc (fin XIXème siècle). Le portail nous révèle la fin de l'histoire humaine et le mystère de notre salut. Le linteau du bas montre les hommes s.'éveillant.au nouveau monde. Au-dessus, les uns ont les yeux tournés vers le Christ alors que les autres se détournent de lui en s'enchaînant eux-mêmes. On peut dire que "l'iconographie du 13ème siècle renonce à la fois aux visions, à. l'épopée, à l'Orient, aux monstres. Elle est évangélique, humaine, occidentale et naturelle. Elle fait descendre le Christ presque au niveau des fidèles". Cette simplicité nous incite à plonger dans les racines bibliques et du Nouveau Testament en établissant un constant parallèle entre les deux. Dieu parle en figure dans la Bible pàur mieux pénétrer la réalité terrestre. Les sculpteurs de la Cathédrale nous enseignent d'une façon simple et subtile, qu'au seuil de la maison de Dieu, chaque personnage et chaque

geste prend une valeur éternelle.

Chacun des petits personnages a un visage différent exprimant une attitude conforme .à sa liberté. L'homme explore la nature par le savoir. La morale le préserve des abîmes de l'orgueil où le conduirait sa démesure. l'histoire passée, présente et future a pour centre l'Incarnation qui justifie la création. Ce fut le programme théologique que le sculpteur anonyme a essayé de traduire en visages..

Le 3ème portail retrace la vie de la Vierge Marie à travers celle de sa mère Sainte Anne et de son père Saint Joachim.

7ème symbole : les 3 roses de Notre-Dame.

Le cercle est le symbole du Ciel et de la Lumière. Il y en a

3 immenses. à. Notre-Dame à l'Ouest, au Nord, au Sud.

La Rose de l'Occident se compose de 3 cercles autour d'un médaillon central. Sur le ter cercle se trouvent les 12 prophètes, sur le 2ème, les

12 vices avec les 12 signes du zodiaque, sur le 3ème les 12 vertus et les 12 mois de l'année. Le ternaire 3 voisine donc avec les 4 saisons. En définitive

4 x 3 = 12 = le nombre des tribus d'Israël et des apôtres, ce qui symbolise l'esprit pénétrant la matière donc le mystère de l'Incarnation.

La Rose du Nord. Elle est située sur la façade gauche du transept. Elle est vouée toute entière à l'ancien Testament n'ayant vécu que pour préparer la venue de J.C. Cette rose ne représente pas moins de 80 personnages de l'Histoire d'Israël dont Abraham. Tous sont tournés vers le médaillon central représentant la lïierge et l'enfant Jésus. Ces 80 personnages sont répartis sur

3 cercles, le 1er en comportant 16, le second et le 3ème 32 x 2. C'est donc le nombre de 8 - dont 16 et 32 sont des multiples - qui a été choisi à titre symbo­lique : c'est le nombre de la vie nouvelle, souvenons-nous que les fonts baptismaux ont une forme octogonale, c'est-à-dire de la résurrection promise

aux justes. Mais les couleurs des vitraux de cette rose nous montrent que le monde est hiaridans l'attente car la tonalité générale, proche du violet et que l'exposition au Nord souligne, rappelle la longue nuit dans laquelle l'humanité a vécu jusqu'à l'arrivée de Jésus-Christ.

La Rose du Midi. Elle comprend 84 panneaux répartis sur 4 cercles cette fois. Nous dénombrons les chiffres 4, 12, 24,48. Le médaillon central renferme Jésus-Christ de l'apocalypse entouré des symboles des 4 évangélistes. La signification de cette rose est donc celle du Christ triomphant siègeant

au Ciel entouré de ceux qui ont été ses témoins sur terre; on peut apercevoir que les 4 évangélistes sont portés par 4 des prophètes marchant au sol ce qui exprime de leur longue vue.

Une continuité se révèle entre les 2 Roses du transept Nord et Sud. Sur la Rose du Nord, l'ancien Testament qu'elle résume s'achève en Marie.

De cette manière le temps n'était pas cyclique mais linéaire "on se dirigeait vers quelque chose" on ne tournait plus en rond indéfiniment comme le faisait

le reste de l'humanité". On se dirigeait vers J.C. que l'on retrouve en face sur la Rose du Midi, là la ligne du temps ne connaît plus de limite et se poursuit indéfiniment dans l'Eternité.

 

 

VIE ET MORT DES CIVILISATIONS

Gustave Le Bon
Psychologie des foules

1895

 

Quand l'édifice d'une civilisation est vermoulu, ce sont toujours les foules qui en amènent l'écroulement

 

 

Gustave Le Bon 1841-1931

Médecin, anthropologue, psychologue, sociologue

Né en 1841 à Nogent-le-Rotrou, où son père, Jean Marie Charles Le Bon, est conservateur des hypothèques, Gustave Le Bon fait ses études au lycée de Tours. Il entre ensuite à la faculté de médecine de Paris.

Il parcourt l’Europe, l'Asie et l'Afrique du Nord entre les années 1860 et 1804. Il écrit des récits de voyage, des ouvrages d’archéologie et d’anthropologie sur les civilisations de l’Orient et participe au comité d'organisation des expositions universelles. En 1879, il fait une entrée remarquée au sein de la Société d'anthropologie de Paris qui lui décerne l’année suivante le prix Godard.

En 1888, il démissionne et rompt tout contact avec cette société peu ouverte à ses approches psycho-sociologiques novatrices ; pour lui, « il n'y a pas de races pures dans les pays civilisés » et il entend le terme de « race », à l'instar de Taine ou Renan, comme un synonyme de « peuple », c'est-à-dire « un agrégat d'hommes appartenant au même milieu et partageant la même culture (langue, tradition, religion, histoire, coutumes vestimentaires, alimentaires, etc.) ».

« Les classifications uniquement fondées sur la couleur de la peau ou sur la couleur des cheveux n'ont guère plus de valeur que celles qui consisteraient à classer les chiens d'après la couleur ou la forme des poils, divisant, par exemple, ces derniers en chiens noirs, chiens blancs, chiens rouges, chiens frisés, etc. »

Au chapitre de la colonisation, Le Bon partage avec l’anthropologue Armand de Quatrefages une position hétérodoxe : le rôle de la puissance colonisatrice devait se borner à maintenir la paix et la stabilité, à prélever un tribut, à nouer ou à développer des relations commerciales, mais en aucun cas ne doit s’arroger le droit d’imposer sa civilisation à des populations réticentes. Le Bon ne soutient pas la théorie d’une hiérarchisation des civilisations, mais admet des différences au niveau des stades de développement.

Son premier grand succès de librairie en sciences sociales est la publication en 1894 des Lois psychologiques de l'évolution des peuples, ouvrage qui se réfère aux lois de l'évolution darwinienne en les étendant de la physiologie à la psycho-sociologie.

 

Psychologie sociale

 

En 1895, il publie son oeuvre principale, Psychologie des foules.

A partir de grands événements historiques, il décrit l'action des hommes par le seul fait qu'ils sont en groupe. Les principes qu'il expose dans cet ouvrage formeront les bases d'une nouvelle discipline scientifique : la psychologie sociale.

Un parallèle peut être fait entre Le Bon et Machiavel. Le Prince comme Psychologie des foules sont des œuvres que l’on pourrait qualifier de cyniques car elles décrivent des phénomènes (l’art de diriger les peuples ou celui de dominer une foule) de manière crue, sans connotation morale.

Elles furent reçues par leurs lecteurs comme des alertes pour prévenir les mauvais gouvernements (Le Prince) ou les dérives populistes et révolutionnaires (Psychologie des foules)

Elles furent aussi utilisées comme des manuels à l’usage de ceux qui les appliquent pour asservir et manipuler.

Le Bon soutient dès 1924 que la montée du fascisme en Italie n'était pas un phénomène isolé mais risquait au contraire de s’étendre, par le même mécanisme d’un meneur de foules prenant, à la faveur d’événements violents, les rênes du pouvoir et les confisquant ensuite à son seul profit.

Il est connu pour avoir été le premier penseur ayant discerné le danger de la mystique de la supériorité de la race aryenne et condamné par avance la montée du nazisme : « L’Allemand moderne est plus dangereux encore par ses idées que par ses canons »,

« Le dernier des Teutons reste convaincu de la supériorité de sa race et du devoir, qu’en raison de cette supériorité, il a d’imposer sa domination au monde. Cette conception donne évidemment à un peuple une grande force. Il faudra peut-être une nouvelle série de croisades pour la détruire. »

 « Les peuples ne se résignent pas à la défaite quand ils se croient supérieurs à leurs vainqueurs. Une tentative de revanche germanique peut donc être considérée comme un des plus sûr événements de la future Histoire. »

 

Etude des phénomènes révolutionnaires

 

PSYCHOLOGIE  DES FOULES, citations :

 

« La foule psychologique est un être provisoire, formé d'éléments hétérogènes qui pour un instant se sont soudés, absolument comme les cellules qui constituent un corps vivant forment par leur réunion un être nouveau manifestant des caractères fort différents de ceux que chacune de ces cellules possède »

« Quels que soient les sentiments, bons ou mauvais, manifestés par une foule, ils présentent ce double caractère d'être très simples et très exagérés. Sur ce point, comme sur tant d'autres, l'individu en foule se rapproche des êtres primitifs. Inaccessible aux nuances, il voit les choses en bloc et ne connaît pas les transitions... La simplicité et l'exagération des sentiments des foules font que ces dernières ne connaissent ni le doute ni l'incertitude. Elles vont tout de suite aux extrêmes. Le soupçon énoncé se transforme aussitôt en évidence indiscutable. Un commencement d'antipathie ou de désapprobation, qui, chez l'individu isolé, ne s'accentuerait pas, devient aussitôt haine féroce chez l'individu en foule »

« Les idées n'étant accessibles aux foules qu'après avoir revêtu une forme très simple, doivent, pour devenir populaires, subir souvent les plus complètes transformations. C'est surtout quand il s'agit d'idées philosophiques ou scientifiques un peu élevées, qu'on peut constater la profondeur des modifications qui leur sont nécessaires pour descendre de couche en couche jusqu'au niveau des foules. Ces modifications... sont toujours amoindrissantes et simplifiantes. Et c'est pourquoi, au point de vue social, il n'y a guère, en réalité, de hiérarchie des idées, c'est-à-dire d'idées plus ou moins élevées. Par le fait seul qu'une idée arrive aux foules et peut agir, si grande ou si vraie qu'elle ait été à son origine, elle est dépouillée de presque tout ce qui faisait son élévation et sa grandeur. D'ailleurs, au point de vue social, la valeur hiérarchique d'une idée est sans importance.»

« De même que pour les êtres chez qui le raisonnement n'intervient pas, l'imagination représentative des foules est très puissante, très active, et susceptible d'être vivement impressionnée. Les images évoquées dans leur esprit par un personnage, un événement, un accident, ont presque la vivacité des choses réelles. Les foules sont un peu dans le cas du dormeur dont la raison, momentanément suspendue, laisse surgir dans l'esprit des images d'une intensité extrême, mais qui se dissiperaient vite si elles pouvaient être soumises à la réflexion. Les foules, n'étant capables ni de réflexion ni de raisonnement, ne connaissent pas l'invraisemblable : or, ce sont les choses les plus invraisemblables qui sont généralement les plus frappantes. »

« Ce n'est pas le besoin de la liberté, mais celui de la servitude qui domine toujours dans l'âme des foules. Elles ont une telle soif d'obéir qu'elles se soumettent d'instinct à qui se déclare leur maître »

 

Influence

 

Le Bon participe activement à la vie intellectuelle française. En 1902, il crée la Bibliothèque de philosophie scientifique chez Flammarion, qui est un vrai succès d'édition, avec plus de 220 titres publiés et plus de deux millions de livres vendus à la mort de Le Bon en 1931. À partir de 1902 il organise une série de « déjeuners du mercredi » auxquels sont conviées des personnalités telles que Henri et Raymond Poincaré, Paul Valéry, Émile Picard, Camille Saint-Saëns, Marie Bonaparte, Aristide Briand, Henri Bergson, la comtesse Greffulhe, icône de la Belle-Époque et inspiratrice de Proust pour À la recherche du temps perdu.

En 2010, Psychologie des foules est choisi par Le Monde et Flammarion comme l'un des « 20 livres qui ont changé le monde ».

Les idées contenues dans Psychologie des foules jouèrent un rôle important au début du XXe siècle.

Si les praticiens du totalitarisme, Mussolini, Hitler, Staline et Mao, passent pour s'être inspirés (ou plus exactement, avoir détourné les principes) de Gustave Le Bon, beaucoup de républicains – Roosevelt, Clemenceau, Poincaré, Churchill, de Gaulle, etc. – s'en sont également inspirés.

Roosevelt  «  Je n'eus l’occasion de le rencontrer (Roosevelt) que deux mois avant la guerre, à un déjeuner qui lui était offert par mon éminent ami, Hanotaux, ancien ministre des Affaires étrangères. M. Roosevelt avait désigné lui-même les convives qu'il désirait voir à ses côtés. […] Après avoir parlé du rôle des idées dans l'orientation des grands conducteurs de peuples, Roosevelt, fixant sur moi son pénétrant regard, me dit d'une voix grave : — Il est un petit livre qui ne m'a jamais quitté dans tous mes voyages et qui resta toujours sur ma table pendant ma présidence. Ce livre est votre volume : Lois psychologiques de l'évolution des peuples. »

Charles de Gaulle emprunte dans son livre à la gloire de « l'homme de caractère » (Le Fil de l'épée) l'essentiel des thèses de Le Bon, tendant notamment à considérer la suggestion comme le fait élémentaire et irréductible expliquant tous les mystères de la domination.

Dans son ouvrage Psychologie collective et analyse du moi, paru en 1921, Freud s’appuie sur une lecture critique de Psychologie des foules, il y mentionne les travaux de Le Bon notamment sur « les modifications du Moi lorsqu’il est au sein d’un groupe agissant », et écrit « je laisse donc la parole à M. Le Bon. »

 

 

 

VIE ET MORT DES CIVILISATIONS

 

LA CONCLUSION DE PSYCHOLOGIE DES FOULES


« La création incessante de lois et de règlements restrictifs entourant des formalités les plus byzantines les moindres actes de la vie, a pour résultat fatal de rétrécir progressivement la sphère dans laquelle les citoyens peuvent se mouvoir librement.

 

Victimes de cette illusion qu'en multipliant les lois, l'égalité et la liberté se trouvent mieux assurées, les peuples acceptent chaque jour de plus pesantes entraves. Ce n'est pas impunément qu'ils les acceptent.

 

Habitués à supporter tous les jougs, ils finissent bientôt par les rechercher, et, perdre toute spontanéité et toute énergie. Ce ne sont plus que des ombres vaines, des automates passifs, sans volonté, sans résistance et sans force.

 

Mais les ressorts qu'il ne trouve plus en lui-même, l'homme est alors bien forcé de les chercher ailleurs. Avec l'indifférence et l'impuissance croissantes des citoyens, le rôle des gouvernements est obligé de grandir encore. Il leur faut tout entreprendre, tout diriger, tout protéger.

 

L'État devient alors un dieu tout-puissant. Mais l'expérience enseigne que le pouvoir de telles divinités ne fut jamais ni bien durable ni bien fort.

 

La restriction progressive de toutes les libertés chez certains peuples, malgré une licence qui leur donne l'illusion de les posséder, semble résulter de leur vieillesse tout autant que d'un régime quelconque. Elle constitue un des symptômes précurseurs de cette phase de décadence à laquelle aucune civilisation n'a pu échapper jusqu'ici.

 

Si l'on en juge par les enseignements du passé et par des symptômes éclatant de toutes parts, plusieurs de nos civilisations modernes sont arrivées à la période d'extrême vieillesse qui précède la décadence. Certaines évolutions semblent fatales pour tous les peuples, puisque l'on voit si souvent l'histoire en répéter le cours.

 

Il est facile de marquer sommairement les phases de ces évolutions. C'est avec leur résumé que se terminera notre ouvrage.

 

 

Si nous envisageons dans leurs grandes lignes la genèse de la grandeur et de la décadence des civilisations qui ont précédé la nôtre, que voyons-nous ?


A l'aurore de ces civilisations, une poussière d'hommes, d'origines variées, réunie par les hasards des migrations, des invasions et des conquêtes. De sangs divers, de langues et de croyances également diverses, ces hommes n'ont de lien commun que la loi à demi reconnue d'un chef.

 

Dans leurs agglomérations confuses se retrouvent au plus haut degré les caractères psychologiques des foules. Elles en ont la cohésion momentanée, les héroïsmes, les faiblesses, les impulsions et les violences. Rien de stable en elles. Ce sont des barbares.


Puis le temps accomplit son œuvre. L'identité de milieux, la répétition des croisements, les nécessités d'une vie commune agissent lentement. L'agglomération d'unités dissemblables commence à se fusionner et à former une race, c'est-à-dire un agrégat possédant des caractères et des sentiments communs, que l'hérédité fixera progressivement. La foule est devenue un peuple, et ce peuple va pouvoir sortir de la barbarie.


Il n'en sortira tout à fait pourtant que lorsque après de longs efforts, des luttes sans cesse répétées et d'innombrables recommencements, il aura acquis un idéal. Peu importe la nature de cet idéal. Que ce soit le culte de Home, la puissance d'Athènes ou le triomphe d'Allah, il suffira pour doter tous les individus de la race en voie de formation d'une parfaite unité de sentiments et de pensées.


C'est alors que peut naître une civilisation nouvelle avec ses institutions, ses croyances et ses arts. Entraînée par son rêve, la race acquerra successivement tout ce qui donne l'éclat, la force et la grandeur. Elle sera foule encore sans doute à certaines heures, mais, derrière les caractères mobiles et changeants des foules, se trouvera ce substratum solide, l'âme de la race, qui limite étroitement les oscillations d'un peuple et règle le hasard.


Mais, après avoir exercé son action créatrice, le temps commence cette oeuvre de destruction à laquelle n'échappent ni les dieux ni les hommes. Arrivée à un certain niveau de puissance et de complexité, la civilisation cesse de grandir, et, dès qu'elle ne grandit plus, elle est condamnée à décliner rapidement. L'heure de la vieillesse va sonner bientôt.


Cette heure inévitable est toujours marquée par l'affaiblissement de l'idéal qui soutenait l'âme de la race. A mesure que cet idéal pâlit, tous les édifices religieux, politiques ou sociaux dont il était l'inspirateur commencent à s'ébranler.


Avec l'évanouissement progressif de son idéal, la race perd de plus en plus ce qui faisait sa cohésion, son unité et sa force. L'individu peut croître en personnalité et en intelligence, mais en même temps aussi l'égoïsme collectif de la race est remplacé par un développement excessif de l'égoïsme individuel accompagné de l'affaissement du caractère et de l'amoindrissement des aptitudes à l'action.

 

Ce qui formait un peuple, une unité, un bloc, finit par devenir une agglomération d'individus sans cohésion et que maintiennent artificiellement pour quelque temps encore les traditions et les institutions.

 

C'est alors que divisés par leurs intérêts et leurs aspirations, ne sachant plus se gouverner, les hommes demandent à être dirigés dans leurs moindres actes, et que l'État exerce son influence absorbante.


Avec la perte définitive de l'idéal ancien, la race finit par perdre aussi son âme. Elle n'est plus qu'une poussière d'individus isolés et redevient ce qu'elle était à son point de départ : une foule.

 

Elle en présente tous les caractères transitoires sans consistance et sans lendemain. La civilisation n'a plus aucune fixité et tombe à la merci de tous les hasards. La plèbe est reine et les barbares avancent. La civilisation peut sembler brillante encore parce qu'elle conserve la façade extérieure créée par un long passé, mais c'est en réalité un édifice vermoulu que rien ne soutient plus et qui s'effondrera au premier orage.

 

Passer de la barbarie à la civilisation en poursuivant un rêve, puis décliner et mourir dès que ce rêve a perdu sa force, tel est le cycle de la vie d'un peuple. »


 

 

 

 

COMMENTAIRES DU CONFERENCIER

 

LES CIVILISATIONS ASCENDANTES

LA CHINE l’irrésistible ascension

 

LES CIVILISATIONS RESILIANTES

LA RUSSIE éternelle puissance

ISRAEL citadelle assiégée

l’IRAN vive les sanctions

 

LES CIVILISATIONS DECLINANTES

LES ETATS UNIS « pour résister soyons barbares »

L’EUROPE « après moi le déluge »

 

Fin de la conférence

 

 

 

 

 

 

ANNEXES

EXTRAITS PSYCHOLOGIE DES FOULES

 

L’ochlocratie (du grec ancien ὀχλοκρατία / okhlokratía, via le latin : ochlocratia) est un régime politique dans lequel la foule (okhlos) a le pouvoir d'imposer sa volonté  « Gouvernement par la foule, la multitude, la populace »

Ochlocratie n'est pas un synonyme de démocratie au sens de gouvernement par le peuple. Le terme foule, non le terme peuple, est employé ː il suggère dans un sens péjoratif la foule en tant que masse manipulable ou passionnelle. 

 

 

 

Exagération et simplisme des sentiments des foules



Les sentiments, bons ou mauvais, manifestés par une foule, présentent ce double caractère d'être très simples et très exagérés. Sur ce point, comme sur tant d'autres, l'individu en foule se rapproche des êtres primitifs. Inaccessible aux nuances, il voit les choses en bloc et ne connaît pas les transitions. Dans la foule, l'exagération d'un sentiment est fortifiée par le fait que, se propageant très vite par voie de suggestion et de contagion, l'approbation dont il devient l'objet accroît considérablement sa force.



La simplicité et l'exagération des sentiments des foules les préservent du doute et de l'incertitude. Comme les femmes, elles vont tout de suite aux extrêmes. Le soupçon énoncé se transforme aussitôt en évidence indiscutable. Un commencement d'antipathie ou de désapprobation, qui, chez l'individu isolé, resterait peu accentué, devient aussitôt une haine féroce chez l'individu en foule.



La violence des sentiments des foules est encore exagérée, dans les foules hétérogènes surtout, par l'absence de responsabilité. La certitude de l'impunité, d'autant plus forte que la foule est plus nombreuse et la notion d'un pouvoir momentané considérable dû au nombre, rendent possibles à la collectivité des sentiments et des actes impossibles à l'individu isolé. Dans les foules, l'imbécile, l'ignorant et l'envieux sont libérés du sentiment de leur nullité et de leur impuissance, que remplace la notion d'une force brutale, passagère, mais immense.



L'exagération, chez les foules, porte malheureusement souvent sur de mauvais sentiments, reliquat atavique des instincts de l'homme primitif, que la crainte du châtiment oblige l'individu isolé et responsable à refréner. Ainsi s'explique la facilité des foules à se porter aux pires excès.



Habilement suggestionnées, les foules deviennent capables d'héroïsme et de dévouement. Elles en sont même beaucoup plus capables que l'individu isolé. Nous aurons bientôt occasion de revenir sur ce point en étudiant la moralité des foules.



La foule n'étant impressionnée que par des sentiments excessifs, l'orateur qui veut la séduire doit abuser des affirmations violentes. Exagérer, affirmer, répéter, et ne jamais tenter de rien démontrer par un raisonnement, sont les procédés d'argumentation familiers aux orateurs des réunions populaires.



La foule réclame encore la même exagération dans les sentiments de ses héros. Leurs qualités et leurs vertus apparentes doivent toujours être amplifiées. Au théâtre, la foule exige du héros de la pièce des vertus, un courage, une moralité, qui ne sont jamais pratiqués dans la vie.



On a parlé avec raison de l'optique spéciale du théâtre. Il en existe une, sans doute, mais ses règles sont le plus souvent sans parenté avec le bon sens et la logique. L'art de parler aux foules est d'ordre inférieur, mais exige des aptitudes toutes spéciales. On s'explique mal parfois à la lecture le succès de certaines pièces. Les directeurs des théâtres, quand ils les reçoivent, sont eux-mêmes généralement très incertains de la réussite, car pour juger, il leur faudrait se transformer en foule. Si nous pouvions entrer dans les développements, il serait facile de montrer encore l'influence prépondérante de la race. La pièce de théâtre qui enthousiasme la foule dans un pays reste parfois sans aucun succès dans un autre ou n'obtient qu'un succès d'estime et de convention, parce qu'elle ne met pas en jeu des ressorts capables de soulever son nouveau publie.



Inutile d'ajouter que l'exagération des foules porte seulement sur les sentiments, et en aucune façon sur l'intelligence. Par le fait seul que l'individu est en foule, son niveau intellectuel, je l'ai déjà montré, baisse considérablement. M. Tarde l'a égale-ment constaté en opérant ses recherches sur les crimes des foules.

 C'est donc uniquement dans l'ordre sentimental que les foules peuvent monter très haut ou descendre, au contraire, très bas.

 

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Impulsivité, mobilité et irritabilité des foules



La foule, avons-nous dit en étudiant ses caractères fondamentaux, est conduite presque exclusivement par l'inconscient. Ses actes sont beaucoup plus sous l'influence de la moelle épinière que sous celle du cerveau. Les actions accomplies peuvent être parfaites quant à leur exécution, mais, le cerveau ne les dirigeant pas, l'individu agit suivant les hasards de l'excitation. La foule, jouet de tous les stimulants extérieurs, en reflète les incessantes variations. Elle est donc esclave des impulsions reçues. L'individu isolé peut être soumis aux mêmes excitants que l'homme en foule ; mais sa raison lui montrant les inconvénients d'y céder, il n'y cède pas. On peut physiologiquement définir ce phénomène en disant que l'individu isolé possède l'aptitude à dominer ses réflexes, alors que la foule en est dépourvue.



Les impulsions diverses auxquelles obéissent les foules pourront être, suivant les excitations, généreuses ou cruelles, héroïques ou pusillanimes, mais elles seront toujours tellement impérieuses que l'intérêt de la conservation lui-même s'effacera devant elles.



Les excitants susceptibles de suggestionner les foules étant variés, et ces dernières y obéissant toujours, elles sont extrêmement mobiles. On les voit passer en un instant de la férocité la plus sanguinaire à la générosité ou à l'héroïsme le plus absolu. La foule est aisément bourreau, mais non moins aisément martyre. C'est de son sein qu'ont coulé les torrents de sang exigés pour le triomphe de chaque croyance. Inutile de remonter aux âges héroïques pour voir de quoi les foules sont capables. Elles ne marchandent jamais leur vie dans une émeute, et il y a peu d'années qu'un général, devenu subitement populaire, eût facilement trouvé cent mille hommes prêts à se faire tuer pour sa cause.



Rien donc ne saurait être prémédité chez les foules. Elles peuvent parcourir successivement la gamme des sentiments les plus contraires, sous l'influence des excitations du moment. Elles sont semblables aux feuilles que l'ouragan soulève, disperse en tous sens, puis laisse retomber. L'étude de certaines foules révolutionnaires nous fournira quelques exemples de la variabilité de leurs sentiments.



Cette mobilité des foules les rend très difficiles à gouverner, surtout lorsqu'une partie des pouvoirs publics est tombée entre leurs mains. Si les nécessités de la vie quotidienne ne constituaient une sorte de régulateur invisible des événements, les démocraties ne pourraient guère subsister. Mais les foules qui veulent les choses avec frénésie, ne les veulent pas bien longtemps. Elles sont aussi incapables de volonté durable que de pensée.



La foule n'est pas seulement impulsive et mobile. Comme le sauvage, elle n'admet pas d'obstacle entre son désir et la réalisation de ce désir, et d'autant moins que le nombre lui donne le sentiment d'une puissance irrésistible. Pour l'individu en foule, la notion d'impossibilité disparaît. L'homme isolé sent bien qu'il ne pourrait à lui seul incendier un palais, piller un magasin ; la tentation ne lui en vient donc guère à l'esprit. Faisant partie d'une foule, il prend conscience du pouvoir que lui confère le nombre, et à la première suggestion de meurtre et de pillage il cédera immédiatement. L'obstacle inattendu sera brisé avec frénésie. Si l'organisme humain permettait la perpétuité de la fureur, on pourrait dire que l'état normal de la foule contrariée est la fureur.



Dans l'irritabilité des foules, leur impulsivité et leur mobilité, ainsi que dans tous les sentiments populaires que nous aurons à étudier, interviennent toujours les caractères fondamentaux de la race. Ils constituent le sol invariable sur lequel germent nos sentiments. Les foules sont irritables et impulsives, sans doute, mais avec de grandes variations de degré. La différence entre une foule latine et une foule anglo-saxonne est, par exemple, frappante. Les faits récents de notre histoire jettent une vive lueur sur ce point. En 1870, la publication d'un simple télégramme relatant une insulte supposée suffit pour déterminer une explosion de fureur dont sortit immédiatement une guerre terrible. Quelques années plus tard, l'annonce télégraphique d'un insignifiant échec à Langson provoqua une nouvelle explosion qui amena le renversement instantané du gouvernement. Au même moment, l'échec beaucoup plus grave d'une expédition anglaise devant Khartoum ne produisit en Angleterre qu'une faible émotion, et aucun ministre ne fut changé. Les foules sont partout féminines, mais les plus féminines de toutes sont les foules latines. Qui s'appuie sur elles peut monter très haut et très vite, mais en côtoyant sans cesse la roche Tarpéienne et avec la certitude d'en être précipité un jour.

 

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L'autoritarisme et l'intolérance 

 

constituent pour les foules des sentiments très clairs, qu'elles supportent aussi facilement qu'elles les pratiquent. Elles respectent la force et sont médiocrement impressionnées par la bonté, facilement considérée comme une forme de la faiblesse. Leurs sympathies n'ont jamais été aux maîtres débonnaires, mais aux tyrans qui les ont vigoureusement dominées. C'est toujours à eux qu'elles dressent les plus hautes statues. Si elles foulent volontiers à leurs pieds le despote renversé, c'est parce qu'ayant perdu sa force, il rentre dans la catégorie des faibles qu'on méprise et ne craint pas. Le type du héros cher aux foules aura toujours la structure d'un César. Son panache les séduit, son autorité leur impose et son sabre leur fait peur.


Toujours prête à se soulever contre une autorité faible, la foule se courbe avec servilité devant une autorité forte. Si l'action de l'autorité est intermittente, la foule, obéissant toujours à ses sentiments extrêmes, passe alternativement de l'anarchie à la servitude, et de la servitude à l'anarchie.



Ce serait d'ailleurs méconnaître la psychologie des foules que de croire à la prédominance chez elles des instincts révolutionnaires. Leurs violences seules nous illusionnent sur ce point. Les explosions de révolte et de destruction sont toujours très éphémères. Elles sont trop régies par l'inconscient, et trop soumises par conséquent à l'influence d'hérédités séculaires, pour ne pas se montrer extrêmement conservatrices. 

 

 

Abandonnées à elles-mêmes, on les voit bientôt lasses de leurs désordres se diriger d'instinct vers la servitude. Les plus fiers et les plus intraitables des Jacobins acclamèrent énergiquement Bonaparte, quand il supprima toutes les libertés et fit durement sentir sa main de fer.


 

 

 

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L’imagination des foules



C'est sur l'imagination populaire que sont fondées la puissance des conquérants et la force des États. En agissant sur elles, on entraîne les foules. Tous les grands faits historiques, la création du Bouddhisme, du Christianisme, de l'Islamisme, la Réforme, la Révolution et de nos jours l'invasion menaçante du Socialisme sont les conséquences directes ou lointaines d'impressions fortes produites sur l'imagination des foules.



Aussi, les grands hommes d'État de tous les âges et de tous les pays, y compris les plus absolus despotes, ont-ils considéré l'imagination populaire comme le soutien de leur puissance. Jamais ils n'ont essayé de gouverner contre elle. « C'est en me faisant catholique, disait Napoléon au Conseil d'État, que j'ai fini la guerre de Vendée; en me faisant musulman que je me suis établi en Égypte, en me faisant ultramontain que j'ai gagné les prêtres en Italie. Si je gouvernais un peuple de Juifs, je rétablirais le temple de Salomon. » Jamais, peut-être, depuis Alexandre et César, aucun grand homme n'a mieux compris comment l'imagination des foules doit être impressionnée. Sa préoccupation constante fut de la frapper. Il y songeait dans ses victoires, dans ses harangues, dans ses discours, dans tous ses actes. A son lit de mort il y songeait encore.

Comment impressionner l'imagination des foules? Nous le verrons bientôt. Disons dès maintenant que des démonstrations destinées à influencer l'intelligence et la raison seraient incapables d'atteindre ce but. Antoine n'eut pas besoin d'une rhétorique savante pour ameuter le peuple contre les meurtriers de César. Il lui lut son testament et lui montra son cadavre.



Tout ce qui frappe l'imagination des foules se présente sous forme d'une image saisissante et nette, dégagée d'interprétation accessoire, ou n'ayant d'autre accompagnement que quelques faits merveilleux : une grande victoire, un grand miracle, un grand crime, un grand espoir. Il importe de présenter les choses en bloc, et sans jamais en indiquer la genèse. Cent petits crimes ou cent petits accidents ne frapperont aucunement l'imagination des foules; tandis qu'un seul crime considérable, une seule catastrophe, les frapperont profondément, même avec des résultats infiniment moins meurtriers que les cent petits accidents réunis. La grande épidémie d'influenza qui fit périr, à Paris, cinq mille personnes en quelques semaines, frappa peu l'imagination populaire. Cette véritable hécatombe ne se traduisait pas, en effet, par quelque image visible, mais uniquement par les indications hebdomadaires de la statistique. Un accident qui, au lieu de ces cinq mille personnes, en eût seulement fait périr cinq cents, le même jour, sur une place publique, par un événement bien visible, la chute de la tour Eiffel, par exemple, aurait produit sur l'imagination une impression immense. La perte possible d'un transatlantique qu'on supposait, faute de nouvelles, coulé en pleine mer, frappa profondément pendant huit jours l'imagination des foules. Or, les statistiques officielles montrent que dans la même année un millier de grands bâtiments se perdirent. De ces pertes successives, bien autrement importantes comme destruction de vies et de marchandises, les foules ne se préoccupèrent pas un seul instant.



Ce ne sont donc pas les faits en eux-mêmes qui frappent l'imagination populaire, mais bien la façon dont ils se présentent. Ces faits doivent par condensation, si je puis m'exprimer ainsi, produire une image saisissante qui remplisse et obsède l'esprit. Connaître l'art d'impressionner l'imagination des foules c'est connaître l'art de les gouverner.



 
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Les images, les mots et les formules



En étudiant l'imagination des foules, nous avons vu qu'elles sont impressionnées surtout par des images. Si l'on ne dispose pas toujours de ces images, il est possible de les évoquer par l'emploi judicieux des mots et des formules. Maniés avec art, ils possèdent vraiment la puissance mystérieuse que leur attribuaient jadis les adeptes de la magie. Ils provoquent dans l'âme des multitudes les plus formidables tempêtes, et savent aussi les calmer. On élèverait une pyramide plus haute que celle du vieux Khéops avec les seuls ossements des victimes de la puissance des mots et des formules.



La puissance des mots est liée aux images qu'ils évoquent et tout à fait indépendante de leur signification réelle. Ceux dont le sens est le plus mal défini possèdent parfois le plus d'action. Tels, par exemple, les termes: démocratie, socialisme, égalité, liberté, etc., dont le sens est si vague que de gros volumes ne suffisent pas à le préciser. Et pourtant une puissance vraiment magique s'attache à leurs brèves syllabes, comme si elles contenaient la solution de tous les problèmes. Ils synthétisent des aspirations inconscientes variées et l'espoir de leur réalisation.



La raison et les arguments ne sauraient lutter contre certains mots et certaines formules. On les prononce avec recueillement devant les foules; et, tout aussitôt, les visages deviennent respectueux et les fronts s'inclinent. Beaucoup les considèrent comme des forces de la nature, des puissances surnaturelles. Ils évoquent dans les âmes des images grandioses et vagues, mais le vague même qui les estompe augmente leur mystérieuse puissance. On peut les comparer à ces divinités redoutables cachées derrière le tabernacle et dont le dévot n'approche qu'en tremblant.



Les images évoquées par les mots étant indépendantes de leur sens, varient d'âge en âge, de peuple à peuple, sous l'identité des formules. A certains mots s'attachent transitoirement certaines images: le mot n'est que le bouton d'appel qui les fait apparaître.



Tous les mots et toutes les formules ne possèdent pas la puissance d'évoquer des images; et, il en est qui, après en avoir évoqué, s'usent et ne réveillent plus rien dans l'esprit. Ils deviennent alors de vains sons, dont l'utilité principale est de dispenser celui qui les emploie de l'obligation de penser. Avec un petit stock de formules et de lieux communs appris dans la jeunesse, nous possédons tout ce qu'il faut pour traverser la vie sans la fatigante nécessité d'avoir à réfléchir.



Aussi, quand les foules, à la suite de bouleversements politiques, de changements de croyances, finissent par professer une antipathie profonde pour les images évoquées par certains mots, le premier devoir du véritable homme d'État est de changer ces mots sans, bien entendu, toucher aux choses en elles-mêmes. Ces dernières sont trop liées à une constitution héréditaire pour pouvoir être transformées. Le judicieux Tocqueville fait remarquer que le travail du Consulat et de l'Empire consista surtout à habiller de mots nouveaux la plupart des institutions du passé, à remplacer par conséquent des mots évoquant de fâcheuses images dans l'imagination par d'autres dont la nouveauté empêchait de pareilles évocations. La taille est devenue contribution foncière; la gabelle, l'impôt du sel ; les aides, contributions indirectes et droit réunis; la taxe des maîtrises et jurandes s'est appelée patente, etc.



Une des fonctions les plus essentielles des hommes d'État consiste donc à baptiser de mots populaires, ou au moins neutres, les choses détestées des foules sous leurs anciens noms. La puissance des mots est si grande qu'il suffit de termes bien choisis pour faire accepter les choses les plus odieuses. Taine remarque justement que c'est en invoquant la liberté et là fraternité, mots très populaires alors, que les Jacobins ont pu « installer un despotisme digne du Dahomey, un tribunal pareil à celui de l'Inquisition, des hécatombes humaines semblables à celles de l'ancien Mexique ». L'art des gouvernants, comme celui des avocats, consiste principalement à savoir manier les mots. Art difficile, car, dans une même société, les mêmes mots ont le plus souvent des sens différents pour les diverses couches sociales. Elles emploient en apparence les mêmes mots; mais ne parlent pas la même langue.



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Les moyens d’action des meneurs



Quand il s'agit de faire pénétrer lentement des idées et des croyances dans l'esprit des foules - les théories sociales modernes, par exemple - les méthodes des meneurs sont différentes. Ils ont principalement recours aux trois procédés suivants: l'affirmation, la répétition, la contagion. L'action en est assez lente, mais les effets durables.



L'affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, constitue un sûr moyen de faire pénétrer une idée dans l'esprit des foules. Plus l'affirmation est concise, dépourvue de preuves et de démonstration, plus elle a d'autorité. Les livres religieux et les codes de tous les âges ont toujours procédé par simple affirmation. Les hommes d'État appelés à défendre une cause politique quelconque, les industriels propageant leurs produits par la publicité, connaissent la valeur de l'affirmation.



Cette dernière n'acquiert cependant d'influence réelle qu'à la condition d'être constamment répétée, et le plus possible, dans les mêmes termes, Napoléon disait qu'il n'existe qu'une seule figure sérieuse de rhétorique, la répétition. La chose affirmée arrive, par la répétition, à s'établir dans les esprits au point d'être acceptée comme une vérité démontrée.



Lorsqu'une affirmation a été suffisamment répétée, avec unanimité dans la répétition, comme cela arrive pour certaines entreprises financières achetant tous les concours, il se forme ce qu'on appelle un courant d'opinion et le puissant mécanisme de la contagion intervient. Dans les foules, les idées, les sentiments, les émotions, les croyances possèdent un pouvoir contagieux aussi intense que celui des microbes. Ce phénomène s'observe chez les animaux eux-mêmes dès qu'ils sont en foule. Le tic d'un cheval dans une écurie est bientôt imité par les autres chevaux de la même écurie. Une frayeur, un mouvement désordonné de quelques moutons s'étend bientôt à tout le troupeau. La contagion des émotions explique la soudaineté des paniques. Les désordres cérébraux, comme la folie, se propagent aussi par la contagion. On sait combien est fréquente l'aliénation chez les médecins aliénistes. On cite même des formes de folie, l'agoraphobie, par exemple, communiquées de l'homme aux animaux.



Si les opinions propagées par l'affirmation, la répétition et la contagion, possèdent une grande puissance, c'est qu'elles finissent par acquérir ce pouvoir mystérieux nommé prestige.



Tout ce qui a dominé dans le monde, les idées ou les hommes, s'est imposé principalement par la force irrésistible qu'exprime le mot prestige. Nous saisissons tous le sens de ce terme, mais on l'applique de façons trop diverses pour qu'il soit facile de le définir. Le prestige peut comporter certains sentiments tels que l'admiration et la crainte qui parfois même en sont la base, mais il peut parfaitement exister sans eux. Des êtres morts, et par conséquent que nous ne saurions craindre, Alexandre, César, Mahomet, Bouddha, possèdent un prestige considérable. D'un autre côté, certaines fictions que nous n'admirons pas, les divinités monstrueuses des temples souterrains de l'Inde, par exemple, nous paraissent pourtant revêtues d'un grand prestige.



Le prestige est en réalité une sorte de fascination qu'exerce sur notre esprit un individu, une oeuvre ou une doctrine. Cette fascination paralyse toutes nos facultés critiques et remplit notre âme d'étonnement et de respect. Les sentiments alors provoqués sont inexplicables, comme tous les sentiments, mais probablement du même ordre que la suggestion subie par un sujet magnétisé. Le prestige est le plus puissant ressort de toute domination. Les dieux, les rois et les femmes n'auraient jamais régné sans lui.

 


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Les foules dites criminelles



Les foules tombant, après une certaine période d'excitation, à l'état de simples automates inconscients menés par des suggestions, il semble difficile de les qualifier en aucun cas de criminelles. Je conserve cependant ce qualificatif erroné parce qu'il a été consacré par des recherches psychologiques. Certains actes des foules sont assu-rément criminels considérés en eux-mêmes, mais alors au même titre que l'acte d'un tigre dévorant un Hindou, après l'avoir d'abord laissé déchiqueter par ses petits pour les distraire.



Les crimes des foules résultent généralement d'une suggestion puissante, et les individus qui y ont pris part sont persuadés ensuite avoir obéi à un devoir. Tel n'est pas du tout le cas du criminel ordinaire.



L'histoire des crimes commis par les foules met en évidence ce qui précède,



On peut citer comme exemple typique le meurtre du gouverneur de la Bastille, M. de Launay. Après la prise de cette forteresse, le gouverneur, entouré d'une foule très excitée, recevait des coups de tous côtés. On proposait de le pendre, de lui couper la tête, ou de l'attacher à la queue d'un cheval. En se débattant, il frappa par mégarde d'un coup de pied l'un des assistants. Quelqu'un proposa, et sa suggestion fut accla-mée aussitôt par la foule, que l'individu atteint coupât le cou au gouverneur.



« Celui-ci, cuisinier sans place, demi-badaud qui est allé à la Bastille pour voir ce qui s'y passait, juge que, puisque tel est l'avis général, l'action est patriotique, et croit même mériter une médaille en détruisant un monstre. Avec un sabre qu'on lui prête, il frappe sur le col nu ; mais le sabre mal affilé ne coupant pas, il tire de sa poche un petit couteau à manche noir et (comme, en sa qualité de cuisinier, il sait travailler les viandes) il achève heureusement l'opération. »



On voit clairement ici le mécanisme précédemment indiqué. Obéissance à une suggestion d'autant plus puissante qu'elle est collective, convic¬tion chez le meurtrier d'avoir commis un acte fort méritoire, et conviction naturelle puisqu'il a pour lui l'approbation unanime de ses concitoyens. Un acte semblable peut être légalement, mais non psychologiquement, qualifié de criminel.



Les caractères généraux des foules dites criminelles sont exactement ceux que nous avons constatés chez toutes les foules : suggestibilité, crédulité, mobilité, exagé-ration des sentiments bons ou mauvais, manifestation de certaines formes de moralité, etc.



Nous retrouverons tous ces caractères chez une des foules qui laissèrent un des plus sinistres souvenirs de notre histoire : les septembriseurs. Elle présente d'ailleurs beaucoup d'analogie avec celles qui firent la Saint-Barthélemy. J'emprunte les détails du récit à Taine, qui les a puisés dans les mémoires du temps.

On ne sait pas exactement qui donna l'ordre ou suggéra de vider les prisons en massacrant les prisonniers. Que ce soit Danton, comme cela parait probable, ou tout autre, peu importe; le seul fait intéressant pour nous est celui de la suggestion puis-sante reçue par la foule chargée du massacre.



L'armée des massacreurs comprenait environ trois cents personnes, et constituait le type parfait d'une foule hétérogène. A part un très petit nombre de gredins profes-sionnels, elle se composait surtout de boutiquiers et d'artisans de corps d'états divers : cordonniers, serruriers, perruquiers, maçons, employés, commissionnaires, etc. Sous l'influence de la suggestion reçue, ils sont, comme le cuisinier cité plus haut, parfaite-ment convaincus d'accomplir un devoir patriotique. Ils remplissent une double fonc-tion, juges et bourreaux, et ne se considèrent en aucune façon comme des criminels.



Pénétrés de l'importance de leur rôle, ils commencent par former une sorte de tribunal, et immédiatement apparaissent l'esprit simpliste et l'équité non moins simpliste des foules. Vu le nombre considérable des accusés, on décide d'abord que les nobles, les prêtres, les officiers, les serviteurs du roi, c'est-à-dire tous les individus dont la profession seule est une preuve de culpabilité aux yeux d'un bon patriote, seront massacrés en tas sans qu'il soit besoin de décision spéciale. On jugera les autres sur la mine et la réputation. La conscience rudimentaire de la foule étant ainsi satisfaite, elle va pouvoir procéder légalement au massacre et donner libre cours aux instincts de férocité dont j'ai montré ailleurs la genèse, et que les collectivités ont le pouvoir de développer à un haut degré. Ils n'empêcheront pas du reste - ainsi que cela est la règle dans les foules - la manifestation concomitante d'autres sentiments contraires, tels qu'une sensibilité souvent aussi extrême que la férocité.



« Ils ont la sympathie expansive et la sensibilité prompte de l'ouvrier parisien. A l'Abbaye, un fédéré, apprenant que depuis vingt-six heures on avait laissé les détenus sans eau, voulait absolument exterminer le guichetier négligent, et l'eût fait sans les supplications des détenus eux-mêmes. Lorsqu'un prisonnier est acquitté (par leur tribunal improvisé), gardes et tueurs, tout le monde l'embrasse avec transport, on applaudit à outrance », puis on retourne tuer les autres. Pendant le massacre une aimable gaieté ne cesse de régner. Ils dansent et chantent autour des cadavres, dis-posent des bancs « pour les dames » heureuses de voir tuer des aristocrates. Ils continuent aussi à manifester une équité spéciale. Un tueur s'étant plaint, à l'Abbaye, que les dames placées un peu loin voient mal, et que quelques assistants seuls ont le plaisir de frapper les aristocrates, ils se rendent à la justesse de cette observation, et décident de faire passer lentement les victimes entre deux haies d'égorgeurs qui ne pourront frapper qu'avec le dos du sabre, afin de prolonger le supplice. A la force les victimes sont mises entièrement nues, déchiquetées pendant une demi-heure ; puis, quand tout le monde a bien vu, on les achève en leur ouvrant le ventre.



Les massacreurs sont d'ailleurs fort scrupuleux, et manifestent la moralité dont nous avons déjà signalé l'existence au sein des foules. Ils rapportent sur la table des comités l'argent et les bijoux des victimes.



Dans tous leurs actes on retrouve toujours ces formes rudimentaires de raisonne-ment, caractéristiques de l'âme des foules. C'est ainsi qu'après l'égorgement des douze ou quinze cents ennemis de la nation, quelqu'un fait observer, et immédiate¬ment sa suggestion est acceptée, que les autres prisons, contenant des vieux men¬diants, des vagabonds, des jeunes détenus, renferment en réalité des bouches inutiles, dont il serait bon de se débarrasser. D'ailleurs figurent certainement parmi eux des ennemis du peuple, tels, par exemple, qu'une certaine dame Delarue, veuve d'un empoisonneur : « Elle doit être furieuse d'être en prison ; si elle pouvait, elle mettrait le feu à Paris ; elle doit l'avoir dit, elle l'a dit. Encore un coup de balai. » La démons¬tration paraît évidente, et tout est massacré en bloc, y compris une cinquantaine d'enfants de douze à dix-sept ans qui, d'ailleurs, eux-mêmes, auraient pu devenir des ennemis de la nation et devaient par conséquent être supprimés.



Après une semaine de travail, toutes ces opérations étaient terminées, et les massacreurs purent songer au repos. Intimement persuadés qu'ils avaient bien mérité de la patrie, ils vinrent réclamer une récompense aux autorités ; les plus zélés exigèrent même une médaille.



L'histoire de la Commune de 1871 nous offre plusieurs faits analogues. L'influence grandissante des foules et les capitulations successives des pouvoirs devant elles en fourniront certainement bien d'autres.