TRAVAUX EN LOGE 6012

La Fayette

Planche présentée par le Frère V B

le Lundi 10 Septembre 6012

A. L. G. D. G. A. D. L. U.   

Dates

Lieux et décors

Indications

Synopsis d'une fiction documentaire

 Description de la scène

2012

Tombe de Lafayette au cimetière de Picpus

 

Ext. / jour

Voix off : « Monsieur de Lafayette n’avait qu’une seule idée et heureusement pour lui elle était celle du siècle ; la fixité de cette idée a fait son empire ; elle lui servait d’œillère ; elle l’empêchait de regarder à droite et à gauche ; il marchait d’un pas ferme sur une seule ligne ; il s’avançait sans tomber dans les précipices, non parce qu’il les voyait, mais parce qu’il ne les voyait pas ; l’aveuglement lui tenait lieu de génie » Chateaubriand

1792

Forteresse d’Olmutz

 

Bureau du Gouverneur

 

 

 

 

Int. / jour

Scène jouée : Lafayette prisonnier est amené devant le Duc de Saxe Teschent qui lui dit : « On ne vous a point arrêté comme prisonnier ni comme constituant, mais comme c’est vous qui avez été le fauteur de la Révolution qui a bouleversé la France, comme c’est vous qui avez donné des fers à votre Roi, l’avez dépouillé de tous ses droits et pouvoirs légitimes et l’avez tenu en captivité, comme c’est vous qui avez été le principal instrument de toutes les disgrâces qui accablent ce malheureux   monarque. Il n’est   que  trop     juste   que ceux   qui travaillent au rétablissement de sa dignité vous retiennent jusqu’au moment où votre Maître, après avoir recouvré sa liberté et sa souveraineté pourra selon sa justice ou clémence prononcer sur votre sort »

1792

Sans décor

 

Plan rapproché sur le témoin costumé.Int

Interview : Un émissaire (espion) de Washington explique les conditions d’incarcération (sévères) de Lafayette à Olmutz ; ses instructions pour corrompre les gardiens et améliorer l’ordinaire du prisonnier ; sa sympathie pour Lafayette, son frère en maçonnerie ; les messages qu’il lui fait passer pour l’instruire de la situation de sa famille ; son fils en exil aux Etats-Unis ; sa femme, menacée par la terreur dans son château de Chavagnac.

 

1792

Voix off sur illustrations

 

 

 

 

 

 

 

 

Voix off : On explique l’arrestation du Roi à Varenne, le véto du Roi sur la constitution civile du clergé et le serment des prêtres, le manifeste de Brunswick, le déchaînement des passions à l’Assemblée, la mise à accusation de Lafayette, suspecté de complicité avec l’ennemi, la trahison de Philippe Egalité, qui requiert l’arrestation de Lafayette; "La Révolution mange ses enfants" .

Les « années terribles » succèdent aux « années lumières » qu’incarnait Lafayette. A 35 ans, celui qui a fait avec d’autres mais au premier plan, l’indépendance des Etats-Unis, la Déclaration des Droits de l’Homme et la Constitution de la France est contraint à l’exil.

Le 25 août 1792, Lafayette et quatre de ses compagnons est fait prisonnier à Nivelle par la coalition austro-prusienne.

Il est transféré à Luxembourg, à Wesel, à Neisse, puis Olmütz.

Il demande un passeport pour l’Amérique, que lui refuse le Duc de Saxe Teschent, oncle de l’Empereur d’Autriche et de Marie-Antoinette et Gouverneur des Pays-Bas.

Sa détention va durer cinq ans.

Il écrit : « Ma perte est jurée depuis longtemps. J’aurai pu avec plus d’ambition que de morale avoir une existence fort différente de celle-ci, mais il n’y aura jamais rien de commun entre le crime et moi. La démonstration mathématique de ne pouvoir plus m’opposer utilement au crime, m’a forcé de soustraire ma tête à une lutte où il était évident que j’allais mourir sans fruit. Il ne me reste plus que l’ambition de mes rêves »

1757 1771

Sans décor

 

Plan rapproché sur le témoin costumé.Int

Interview : Le précepteur de Lafayette évoque cet enfant né en 1757 et orphelin de père à deux ans.

Enfance solitaire mais très heureuse, entourée par des femmes, sa mère, ses tantes, couvé, adoré, bien élevé.

Lafayette est élevé dans l’amour de la philosophie et de la nature. Ses héros sont Voltaire, Diderot, Helvétius, Taine, Condorcet, Montesquieu.

A 11 ans, il intègre le Collège du Plessis

1775

Sans décor

Plan rapproché sur le témoin costumé.Int

Interview : Un sergent des mousquetaires noirs, du régiment de Noailles. Il évoque le sous-lieutenant Lafayette au sein de ce régiment : indiscipline, absentéisme, mépris de l’autorité, idées subversives, désertion pour finir.

1827

Château de Chavagnac

 

 

 

Bureau de Lafayette

 

 

 

Intér. jour

Scène jouée : Lafayette, quelques années avant sa mort écrivant ses mémoires évoque son mariage, avec Adrienne de Noailles : sa présentation à la Cour, sa jeunesse, ses maladresses, sa gaucherie au siècle où un mot d’esprit peu tuer. La jeunesse de sa femme, sa fraîcheur, sa loyauté, son amour : il écrit d’elle : « Pendant les 34 années d’une union où sa tendresse, sa bonté, l’élévation, la délicatesse, la générosité de son âme charmaient, embellissaient, honoraient ma vie, je me sentais si habitué à tout ce qu’elle était pour moi que je ne la distinguais pas de ma propre existence.  Elle avait 14 ans et moi 16, lorsque son cœur s’amalgama à tout ce qui pouvait m’intéresser. Je croyais bien l’aimer, avoir besoin d’elle, mais ce n’est qu’en la perdant que j’ai pu démêler ce qui reste de moi pour la suite d’une vie qui m’avait paru livrée à tant de distractions et pour laquelle néanmoins, il n’y a plus ni bonheur, ni bien-être possible »

2012

Sans décor

 

Plan rapproché sur le témoin Int.

Interview : Un franc-maçon d’aujourd’hui évoque l’initiation de Lafayette en 1775, parrainé par Benjamin Franklin dans les loges de la « Candeur » et « Saint-Jean d’Ecosse du Contrat Social ».

L’interviewé évoque les personnalités ayant fréquentés ces loges ; les salons littéraires dont celui de Madame Helvétius, notamment fréquentés par Franklin à Paris, et Jefferson etc…

 

1777

Hôtel de Noailles,

 

 

 

 

 

Bureau du Duc de Noailles

Scène jouée : Lafayette âgé de 20 ans et son beau-père, le Duc de Noailles dans le bureau de ce dernier.

Un dialogue entre les deux hommes.

Le Duc lui reproche sa désertion.

La volonté de Lafayette de s’embarquer pour les Etats-Unis pour y défendre la cause des « Insurgents ».

L’opposition désabusée de son beau-père devant cette entreprise.

L’acceptation de ce fait accompli et l’assurance qu’il plaidera sa cause devant le Roi pour obtenir le pardon du Monarque sur les circonstances de sa désertion.

 

 

1777

 

Sans décor

Plan rapproché sur le témoin costumé.Int

Interview : Le capitaine du navire qui conduit Lafayette aux Etats-Unis.

Description de la traversée : ses conversations avec Lafayette ; il apprend l’anglais pendant la traversée ; son enthousiasme à la perspective découvrir le nouveau monde.

2012

Voix off sur illustrations

 

 

Voix off : On évoquera le début de la guerre d’indépendance américaine : la rencontre de Washington et de Lafayette ; l’affection immédiate que se portent les deux hommes ; le sentiment de Lafayette d’avoir trouvé le père qu’il n’a pas eu, partagé par Washington à l’égard de ce fils spirituel ; le manque d’officier dans l’armée des insurgés ; la désignation de Lafayette comme major général du Congrès le 31 juillet 1777 ; les cérémonies maçonniques en l’honneur de Lafayette ; l’investissement de Lafayette d’une partie de sa fortune pour créer son régiment ; la « drôle de guerre », faite d’escarmouches, d’interruptions, de combats jamais décisifs ; de la force des armées anglaises, du courage de Lafayette ; du dénuement total des troupes composées de volontaires.

 

1779

Sans décor

 

 

Plan rapproché sur le témoin costumé.Int

Interview : Benjamin Franklin évoque Lafayette à son retour d’Amérique ; son accueil triomphal ; sa fréquentation des salons ; sa maîtresse la très belle Madame de Simiane ; la fréquentation de l’alchimiste Mesmer ; son adhésion à la Loge « Les Amis de la Vérité » ; son « lobbying » auprès du Roi pour convaincre le gouvernement d’envoyer des troupes en Amérique ; les doutes du Roi ; son acceptation finalement ; l’envoi de 6.000 hommes sous la direction de Rochambeau ; l’envoi de la flotte de l’Amiral D’Estaing.

 

2012

 

Sans décor

 

 

 

 

 

Plan rapproché sur le témoin Int

Interview : Un membre contemporain de la société des Cincinnati’s : évocation de la société des Cincinnati’s ; évocation de Cincinnatus ; Général Romain, qui une fois victorieux s’en revint labourer son champ ; l’attachement de la nation américaine aux officiers loyalistes ; la composition de la société des Cincinnati’s, dont les membres sont les descendants des officiers de la guerre d’indépendance ; évocation de la seconde partie de la guerre d’indépendance ; de l’engagement victorieux de l’Amiral D’Estaing ; l’encerclement de Cornwallis à Yorktown ; le rôle de Lafayette pendant la bataille ; la capitulation anglaise le 17 octobre 1781 ; l’hommage du congrès à Lafayette à l’âge de 34 ans.

 

1785

Sans décor

 

 

 

Plan rapproché sur le témoin costumé.Int

Interview : Lord Cornwallis évoque le dîner organisé par Frédéric II de Prusse au Château de Sans-soucis en sa présence, celle de Lafayette et de nombreux autres invités ; les débats philosophiques à la cour de Frédéric; la sympathie de Cornwallis pour Lafayette, son ancien adversaire ; son doute quant à ses idéaux révolutionnaires ; la phrase du Roi à l’issue du repas : « Monsieur, j’ai connu un jeune homme qui après avoir visité des contrées où régnaient la liberté se mît en tête d’établir tout cela dans son pays. Savez-vous ce qui lui arriva – non Sire – Monsieur – en riant – il fût pendu ».

 

1785

Versailles

 

Salon d’honneur

Scène jouée : Présentation par Lafayette au Roi et à la cour d’un peau-rouge, le Roi Huron que Louis XVI reçoit avec apparat et anoblit.

Amusement, superficialité, mots d’esprits des courtisans ; évocation par l’un d’eux de « l’affaire du collier » du rôle du Duc d’Orléans, de Cagliostro et du Prince de Rohan.

 

1785

Sans décor

 

Plan rapproché sur le témoin costumé.Int

Interview : Adrienne de Noailles qui évoque son adhésion avec Lafayette à la société des « Amis des Noirs », fondée par Condorcet avec Brissot, Laclos, et l’Abbé Grégoire. Le but de cette association : l’abolition de l’esclavage ; description par Adrienne de Noailles de l’affranchissement de tous ses esclaves dans son domaine de Guyane ; l’hostilité des colons des domaines voisins ; son action pour que les affranchis obtiennent habitations, métier et éducation.

 

2012

Voix off sur illustrations

 

 

Voix off : Evocation des débuts de la révolution, de la convocation des états généraux ; Lafayette, Député de la noblesse de Riom ; son rôle dans l’écriture de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen ; lecture de quelques articles de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ; son rôle comme vice-président de l’Assemblée constituante ; son rôle dans la fondation de la garde nationale dont il est le chef à Paris ; son rôle dans la création de la cocarde tricolore, le 14 juillet 1789 ; évocation de la nuit du 4 août : abolition des privilèges.

 

1789

Sans décor

Plan rapproché sur le témoin costumé.Int

Interview : Un partisan de Louis XVI -Aristocrate légitimiste ; sa haine pour Lafayette ; sa description de la journée où Louis XVI et Marie-Antoinette furent contraints par la foule de quitter Versailles pour gagner les Tuileries ; les injures faites au Roi ; la contrainte exercée sur le Monarque ; le double jeu de Lafayette.

 

2012

Sans décor

 

Plan rapproché

Interview : Un historien contemporain évoque la fête de la fédération du 14 juillet 1790 ; lecture d’une citation de Michelet ; description de la Constitution ; le rôle de Lafayette ; le sentiment qu’il a accompli sa mission.

1791

Sans décor

Plan rapproché

Interview : Danton ; sa haine de Lafayette ; l’épisode du Champs de Mars où Bailly fait tirer sur la foule ; l’ordre d’arrestation de Lafayette par l’Assemblée ; sa fuite.

 

1792

Sans décor

Plan rapproché sur le témoin costumé.Int

Interview : Un paysan attaché au domaine de Lafayette a Chavagnac en Auvergne ; comment il sauve Adrienne de Noailles, épouse de Lafayette que la convention voulait faire arrêter, juger et exécuter ; La complicité des autres paysans pour cacher Adrienne et la préserver ; la vénération qu’ils lui portent ; l’exil du fils de Lafayette, Georges-Washington-Lafayette vers les Etats-Unis.

 

1797

Un palais en Italie

Scène jouée : Bonaparte et ses ministres rédigent le traité de Campo Formiot ; ils discutent sur l’ajout d’un article concernant la libération immédiate de Lafayette ; Talleyrand évoque son exil aux Etats-Unis avec le fils de Lafayette et son respect pour son père.

1813

Fontai-nebleau

Bureau de l’Empereur

Scène jouée : Dialogues Napoléon et Lafayette «  Je vois avec peine que par votre manière de vous exprimer sur les actes du gouvernement, vous donnez à ses ennemis le poids de votre nom – j’habite à la campagne répondit Lafayette, je vis dans la retraite, j’évite les occasions de parler ; mais toutes les fois que l’on viendra me demander si votre régime est conforme à mes idées de liberté, je répondrai que non, car enfin, général, je veux bien être prudent, mais je ne veux pas renégat » ; Lafayette ayant quitté la pièce, Napoléon dit à Talleyrand : « tout le monde en France est corrigé, un seul ne l’est pas, c’est Lafayette. Il n’a jamais reculé d’une ligne. Vous le voyez tranquille, et bien, je vous le dis, moi, qu’il est tout prêt à recommencer. »

 

1821

Sans décor

 

Plan rapproché sur le témoin costumé.Int

Interview : Un policier sous la restauration lit une fiche sur Lafayette : son élection comme Député de la Sarthe ; son hostilité à Charles X, au double sens (impôt électoral) aux lois sur la presse ; son retour aux Etats-Unis, son triomphe là-bas ; les 14 réceptions maçonniques données en son honneur ; son rang : 33ème degré dans l’Ordre Maçonnique ; son rôle dans la fondation de la « Charbonnerie » (société secrète) ; ses intrigues, ses complots contre le régime ; ses liens avec les grands banquiers : Lafitte, Delessert, Hottinguer

2012

Sans décor

 

 

 

Plan rapproché sur le témoin Int

Interview : Un historien contemporain évoque les trois glorieuses et la révolution de 1830 ; la personnalité de Louis Philippe d’Orléans, fils de Philippe Egalité, la nouvelle Constitution, la Monarchie de Juillet – Monarchie constitutionnelle ; l’aboutissement de l’œuvre de Lafayette, son rôle comme Député de Seine et Marne ; ses projets sur la décentralisation du pays et ses rapports sur la rentabilité comparée des administrations ; sa mort en 1834 d’un refroidissement ; le deuil national de Lafayette en Amérique ; sa tombe, propriété des Etats-Unis d’Amérique, emplie de terres américaines ; le maintien du drapeau américain sur la tombe de Lafayette y comprit pendant l’occupation ; la tentative d’une femme d’accoucher sur la tombe de Lafayette pour que son enfant devienne américain.

2012

Voix off sur illustrations

Voix off : Musique finale ; tombe de Lafayette ; statue de Lafayette à Paris (cour de la Reine : Place des Etats-Unis) ; Postérité : Enseignes   commerciales aux Etats-Unis ou ailleurs ayant Lafayette pour nom.                                     

                                                                           



©belcolore 2012

Condorcet

Planche présentée par le Frère C G

le Lundi 12 Novembre 6012

A. L. G. D. G. A. D. L. U.   

Marie Jean Antoine-Nicolas CARITAT, Marquis de CONDORCET naquit le 17 Septembre 1743, à Ribemont, prés de Soissons, dans l'Aisne.

Sa mère, extrêmement dévote, avait voué ce fils au culte de la vierge Marie; ce qui explique que le malheureux Condorcet fut vêtu comme une fille jusqu'à l'âge avancé, même pour l'époque, de neuf ans.

Son père, Antoine CARITAT, Marquis de CONDORCET, était Capitaine d'Artillerie, issu d'une noble famille du Dauphiné, devenue Protestante, par vocation, pendant la Réforme, revenue plus tard au Catholicisme, par nécessité. Fierté et indépendance étaient les qualités dominantes de cette devait mourir quelques mois après la naissance de son fils, au cours d'un exercice, accidentellement.

CONDORCET fut donc élevé par sa mère, son grand père maternel, Paul GAUDRY, propriétaire terrien aisé et par son oncle paternel, Jacques-Marie, évêque successivement à Cap puis à Auxerre.

Il passe ses neuf premières années à Ribemont, avec sa mère, qui, Rousseauiste avant la lettre. veillera à ce que « son imagination ne s'imprégnât d'aucune erreur ».

Il aima, et même vénéra, cette mère peu intelligente, très dévote, mais d'une grande douceur et d'un grand dévouement.

Son oncle évêque lui imposa, à l'âge de neuf ans, un précepteur jésuite de son choix, qui, pendant deux ans lui enseignera les rudiments de l'instruction.

Puis, il le fera entrer à l'âge de onze ans, comme interne au collège des jésuites de Reims. C'est de cette période de sa vie que date sa haine des « pères », de leur enseignement, de la religion, qu'il rejette définitivement.

Cela ne l'empêche pas de faire de très brillantes études.

En 1758, il entre au Collège de Navarre, à Paris, le meilleur collège de son époque. C'est là qu'il aura la révélation des mathématiques et de ses abstractions, de ce langage qui lui conviendra totalement, et le passionnera jusqu'à la fin de sa vie. C'est, pour lui, « le monde de la liberté, de la sérénité où le bonheur ne dépend pas d'autrui ».

Il fait bientôt la preuve de sa prodigieuse intelligence mathématique, et devient, dés l'âge de dix-huit ans, un des grands « Géomètres » de son temps .

Rien ne le fera revenir sur sa décision de consacrer sa vie aux mathématiques, pas même l'autorité de son oncle évêque, qui voulait pour lui une carrière militaire, dans la tradition paternelle.

Après deux années consacrées à l'étude, à Ribemont, et devant sa détermination, on le laisse retourner à Paris, afin qu'il puisse suivre sa vocation.

C'est alors qu'il est remarqué par de grands géomètres comme Lagrange et surtout le prestigieux d'Alembert.

Il commence alors, à publier une suite de mémoires, soutenus par l'énumération serait fastidieuse ; il entre à l'Académie des Sciences avec le rang d'associé.

Malgré cette fulgurante carrière universitaire, et peut-être à cause d'elle, ce grand jeune homme offre un aspect enfantin, respirant la simplicité et la bonté.

Il fréquente peu les salons, essentiellement ceux de Julie de l'Espinasse, l'amie de d'Alembert, et d'Amélie Suard, qui deviendra sa confidente.

D'Alembert ne sera pas seulement son mentor en géométrie, mais aussi en philosophie, en humanisme. Condorcet s'imprégnera, grâce à lui, de l'esprit des Lumières, et sera présenté à Voltaire, à l'occasion d'un voyage à Ferney. Il sera l'héritier des Encyclopédistes, le dernier d'entre eux.

Il communiera avec ses pères spirituels dans une même révolte contre les parlements tyranniques, qui avaient condamné et fait supplicier Callas, Sirven, le Chevalier de La Barre, il combat avec véhémence, toutes les injustices.

Il lutte contre l'intolérance, contre les abus, réclame la sûreté des personnes et des biens, la liberté du livre et de la presse, la juste répartition des impôts, la réforme d'une justice boiteuse, partiale, et cruelle, les libertés du commerce et de l'industrie, tout ce qui semble les nécessités mêmes de nos sociétés modernes.

Il faut assurer la liberté civile, la liberté de pensée, Il faut définir les droits de l'homme, il faut même les déclarer. Il faut discuter et voter une Constitution, qui assure l'exercice de ces droits et qui fasse de l'État le représentant de la Nation, et non celle d'un homme ou d'une caste.

Telle est la doctrine de Condorcet. Il a même créé une association se donnant pour but l'abolition de l'esclavage des noirs, où se retrouvaient la plupart de ceux qui deviendront les Girondins.

Il est pratiquement impossible de résumer dans un exposé nécessairement bref, tous les contacts, toutes les œuvres, tant scientifiques que bourreau de travail que fut toute sa vie Condorcet.

Dés 1772, il méditait sur le calcul des probabilités, que l'on ne songeait, jusqu'alors, à appliquer qu'aux jeux de hasard, et pressentait l'étendue et l'intérêt que pourraient avoir les applications de ce calcul à la vie sociale statistiques démographiques, économiques, etc.

En 1774, il entreprend de parfaire l'« Ars conjectandi », de Bernouilli. Ainsi, le premier, il étudie le fait humain par des méthodes scientifiques, et crée les « Sciences Humaines et Politiques », désacralisant l'idée de l'homme, telle qu'elle est conçue à l'époque, démarche en tous points contraire à celle du christianisme, il annonce même, déjà, les Instituts de sondages.

Ses efforts sont récompensés le 6 Mars 1773, par son « adjonction », terme consacré à l'époque. au Secrétariat de l'Académie des Sciences.

Le 10 Mai 1774, Louis XV meurt, et, en Juillet, Turgot, dont il était l'ami, est nommé Ministre de la Marine, puis, en Août, Ministre des Finances, Ministre d'État. Il appelle aussitôt Condorcet auprès de lui. C'est à partir de là que se développera son goût pour l'exercice du pouvoir, qui, malheureusement, lui sera fatal.

Mais comment refuser cet exercice quand on a tant d'idées novatrices à mettre en pratique, pour le plus grand bien de l'Humanité ? Et comment prévoir un phénomène aussi exceptionnel et aussi brutal que la Révolution ?

Condorcet essaie, notamment, avec plus ou moins de succès, de libérer la circulation des grains, d'améliorer la circulation fluviale, de mettre en chantier des canaux reliant la Saône et la Loire. 11 inventera même un brise glaces, pour que la circulation ne soit pas entravée sur la Seine pendant les mois d'Hiver. 11 met en route une unification des poids et mesures pour favoriser les échanges commerciaux intérieurs et extérieurs. Il est, sur le plan économique, très libéral, dans la ligne des physiocrates.

Cette collaboration resserre encore ses liens d'amitié avec Turgot, qui, en 1775, lui donne la charge d'Inspecteur des Monnaies, qui est assortie de la jouissance d'un appartement de fonction somptueux à l'Hôtel des Monnaies.

En Août, il est nommé Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences Vient ensuite l'épisode de la rivalité entre Turgot et Necker, au cours de laquelle la fidélité de Condorcet pour son ami ne se démentira jamais.

Malheureusement. cela n'empêchera pas la chute de Turgot en Mai 1776.

Condorcet éprouve une grande amertume de voir l'intrigue triompher de la vertu.

Dans les années qui suivent, Condorcet va perdre ses amis les plus chers, Julie de l'Espinasse, et ses pères spirituels.

C'est ainsi qu'il va demeurer, lui seul, l'excellence, le « Condor », ainsi que d'Alembert l'avait surnommé, mais aussi le plus solitaire, le successeur des Encyclopédistes, dont sera, en fait le dernier.

Le 10 Février 1778, après 28 ans d'absence, Voltaire revient à Paris, pour y faire jouer Irène, sa dernière pièce. C'est un triomphe personnel, car la pièce, si l'on en croit Condorcet, n'est pas un modèle du genre.

Peu de temps après, Voltaire est reçu solennellement à la Loge des « Neufs Sœurs », lors d'une cérémonie empreinte d'émotion. Il meurt le 30 Mai 1778.

Julie disparue, d'Alembert vieillissant et dépressif, Condorcet fait de nouvelles connaissances Madame de La Rochefoucauld d'Enville, tenait un salon réputé à La Roche Guyon, ou l'on voyait son fils, le Duc de La Rochefoucauld, qui deviendra un ami intime de Condorcet.

Madame Helvétius, veuve de l'astronome, tenait salon à Auteuil, où venait fréquemment Benjamin Franklin, son voisin de Passy. Condorcet connaissait déjà bien Franklin, qui était ami de Turgot. C'est chez Madame Helvétius qu'il fit aussi la connaissance de La Fayette.

Le 21 Janvier 1782, grâce à l'appui chaleureux et paternel de d'Alembert et à ses qualités manœuvrières, Condorcet est élu à l'Académie Française, en dépit de son athéisme militant. Ce sera la dernière satisfaction de ce père spirituel, qui s'éteint le 29 Octobre 1783.

Ses maîtres disparus, Condorcet devient maître à son tour, à l'âge de quarante-deux ans, et patronne de jeunes talents comme Desgeneues et Cabanis.

Il est fait membre de plusieurs Académies étrangères, et Benjamin Franklin, quelques semaines avant de s'embarquer pour l'Amérique, recommande à la Société américaine de Philosophie, de coopter cet homme prestigieux.

Le 28 Décembre 1886, après un coup de foudre et une cour de quelques l'intelligence de Sophie, attira tous les philosophes et les savants de l'Europe éclairée Jefferson, Paine, Bulle, petit fils de Franklin, en particulier. Les plus jeunes, sont Cabanis, Garat, Volney, Benjamin Constant. On les appellera plus tard, les Idéologues.

C'est à ce moment particulièrement heureux de sa vie, où il a, vraiment tout pour l'être, que va s'enclencher inexorablement, sur fond de crise économique majeure, le processus menant à la Révolution où tout vacille, tout bascule, qui aboutira à la Terreur, et où il finira par sombrer lui aussi.

Il serait passionnant, mais beaucoup trop long de retracer ici les divers épisodes de la Révolution et le rôle éminent qui fut celui de Condorcet, député à l'Assemblée Législative, puis à la Convention.

Si l'on essaie de suivre son action, on constatera qu'il est toujours resté fidèle à ses valeurs, qu'il ne s'est jamais renié.

Mais, dans une conjoncture aussi complexe et aussi brutale, un philosophe et un homme de bien comme lui, ne pouvait trouver le fil politique qui lui permettrait de tout concilier, et d'avoir une ligne d'action logique.

Seul événement heureux, dans cette période atroce, la naissance d'Eliza. en Mai 1790. Que ne s'est il retiré, à ce moment, pour vivre une vie familiale paisible

Alors que ses amis, devant sa fougue pour défendre les grandes causes pour lesquelles il s'était passionné, l'avaient surnommé « le mouton enragé », il va devenir, face aux incohérences et aux injustices de la Révolution, aussi passionné que ceux qu'il critique à juste titre, mais, ce faisant, il perd sa sérénité et beaucoup de ses amis.

Son dernier acte officiel est un projet de Constitution, qui tombant au milieu des luttes pour le pouvoir, et de la politique politicienne, passera complètement inaperçu.

Victime de la vindicte de Robespierre, il sera l'objet d'un mandat d'arrêt le 8 Juillet 1793

ll est alors contraint de fuir, et sera caché rue des Fossoyeurs, actuellement rue Servandoni, chez une veuve admirable, consciente du risque qu'elle prenait, Madame Vernet,

C'est pendant cette période de vie recluse qu'il écrira son « Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'Esprit humain », reprenant, enfin apaisé, son travail de Philosophe.

En établissant le bilan du « Progrès de l'Esprit humain », Condorcet évoque l'affranchissement progressif de l'Homme, d'abord soumis aux certitudes: religieuses, et peu à peu libéré par la raison, en une sorte de mouvement continu, qu'il appelle le progrès.

L'avenir de l'esprit humain n'est pas dans l'humilité de l'observance, mais dans le désir de savoir, dans la volonté de réfléchir et de discuter. L'observation et l'expérience nous prouvent que l'égoïsme mal compris peut se retourner contre nous, et que notre intérêt personnel est lié à l'intérêt général.

La Loge « Les Neuf Sœurs », dont Franklin fut, à une période, le Vénérable, et qu'aurait sûrement fréquentée Condorcet s'il avait été Maçon, ne mentionne nulle part son appartenance.

Certains voient mal le caractère athée et le matérialisme scientiste de Condorcet, s'accommoder des idéaux de la Franc Maçonnerie.

D'autres, au contraire, affirment qu'il appartint à la. Loge des Neuf sœurs, mais que Benjamin Franklin, en retournant en Amérique, aurait emporté les documents susceptibles de prouver cette appartenance, et que ceux-ci se trouveraient actuellement à Philadelphie.

Quoi qu'il en soit, si l'on se réfère à l'œuvre philosophique et aux actions menées par Condorcet, il ne fait pas de doute que la Maçonnerie ne peut que le revendiquer comme l'un des siens.

Question des rapports de Condorcet avec la Croyance avec les Pères Jésuites du Collège de Reims. Délation, sanctions physiques.

Rejet de la Croyance en même temps que de cette Religion que les Pères lui avaient fait abhorrer (Jeter le Bébé avec l'eau du bain). La « Tyrannie exercée sur les âmes », qu'évoque Voltaire dans sa Prière à Dieu.

On ne peut pas penser qu'un esprit aussi supérieur, se complaisant dans les plus hautes abstractions mathématiques n'ait pas trouvé cette Déité, (Maître Heckhart.), cette « Certitude qui échappe au doute. Mais comment expliquer ce que l'on ne peut exprimer de Saint Augustin.



Rudyard Kipling, ou Mowgly l’enfant de la Veuve 

Planche présentée par le Frère S L

le Lundi 10 Décembre 6012

POUR EN SAVOIR PLUS SUR CE THEME : CONSUTEZ LE DOSSIER

A. L. G. D. G. A. D. L. U.  

J’ai désiré travailler sur le Frère Rudyard Kipling parce que je ne le connaissais jusqu’à là, comme beaucoup, que par le « Livre de la Jungle » et son célèbre poème « Tu seras un homme mon fils ». Les allusions récurrentes de notre Frère René Hervet, Frère je suppose bien connu des Frères de cette loge, à Kipling ont en effet excité ma curiosité et m’ont poussé vers ce travail.

 

Hormis la lecture de « Dans l’intérêt des Frères », j’ai donc parcouru quelques unes de ses poésies, en anglais et en français pour ne pas en perdre le sens, et me suis appuyé sur des sources dites « secondaires » pour essayer comprendre, ou en tous cas d’entrevoir ce que fut l’homme, et de partager avec vous mes Frères quelques bribes de ce que fut et vécut ce grand maçon et grand écrivain de la fin du long XIXème siècle.

 

Signalons à cet effet qu’il fut le premier auteur de langue anglaise à recevoir en 1907 le prix Nobel de littérature et le plus jeune à ce jour à l'avoir reçu. Et que par la suite, il refusa d'être anobli, décision qui ne peut être anodine.

 

Comprendre l’homme c’est déjà suivre le parcours qui l’a façonné.

 

Joseph Rudyard – le nom d’un lac dans le comté de Staffordshire en Angleterre où ses parents échangèrent leur premier baiser - Kipling est né à Bombay, dans ce qui s’appelait alors les Indes britanniques, le 30 décembre 1865 et est passé à l’O.E à Londres le 18 janvier 1936. Clins d’œil de l’histoire, 1936 est l’année où s’amorce avec Nehru et Gandhi le processus d’indépendance de l’Inde qui ne sera reconnue qu’en 1947, et son ami le roi George V, dernier roi de l’âge d’or impérial, mourut deux jours après lui.

 

Mon intention n’est pas de vous décrire par le menu la vie de Rudyard Kipling. Retenons que, comme il était de coutume dans les familles anglo-indiennes, il fut expédié en Angleterre pour y faire ses études, et que ce fut là une époque très douloureuse de sa vie.

 

Ses études n’ayant pas été couronnées de succès, il démarra comme assistant dans un petit journal local de Lahore, la ‘Civil & Military Gazette’, puis au ‘Pioneer’. C’est au sein de ces deux journaux qu’il développa son talent littéraire en publiant des nouvelles à un rythme d’ailleurs assez effréné.

 

Rudyard fut ensuite un grand voyageur. Il quitta définitivement l’Inde en 1889, parcouru l’Asie du Sud Est puis les Etats Unis avant de rejoindre l’Angleterre où il publia son premier roman. Encore un voyage en Afrique du Sud, Australie et Nouvelle Zélande avant de se marier à Londres en 1892 et de s’expatrier à nouveau aux Etats-Unis dans le Vermont. Quatre années prolixes au cours desquelles il écrira en particulier le fameux « Livre de la Jungle ». Quatre années de bonheur familial et quatre années fertiles puisque Kipling donnera naissance à une fille Joséphine en 1893 et à une Elsie née en 1896. Un fils, John, viendra compléter la famille en 1897 à Londres. Suite à un différent avec son beau-frère, les Kipling quitteront en effet les Etats Unis pour se poser en Angleterre s’installer définitivement en Angleterre en 1896 où il résidera jusqu’à son passage à l’O.E en 1936. Son décès avait d'ailleurs été annoncé de façon prématurée dans les colonnes d'une revue à laquelle il écrivit : « Je viens de lire que j'étais décédé. N'oubliez pas de me rayer de la liste des abonnés. ». Preuve s’il le fallait que le regard de Kipling portait sur le monde était souvent cruellement lucide et souvent cynique.

 

Cette dernière période de sa vie sera la période de reconnaissance du génie littéraire de Kipling, avec entre autres l’attribution du prix Nobel en 1907 pour le livre « Kim ». Mais cette période de début du XX siècle sera aussi celle d’écrits plus controversés d’un homme issu de la culture colonialiste du long XIXème, celle d’un homme qui anticipe le second conflit mondial mais qui ne voit pas que la fraternité universelle qu’il idéalise ne peut cacher des luttes de classes profondes et particulièrement « clivantes ». Cela lui vaudra de sévères critiques - pas toujours justifiées il faut le reconnaître - et en particulier celle de George Orwell qui écrira de lui en 1942 dans la revue Horizon « Kipling is a jingo imperialist, he is morally insensitive and aesthetically disgusting ». Nous y reviendrons.

J’allais oublier me direz-vous la vie maçonnique de Kipling. Il fut reçu le 1er avril 1886, avec une dispense particulière vu son jeune âge – 20 ans - dans la Loge de son père « Hope and Perseverance 782 » à l’O. de Lahore, qui travaillait au rite émulation. La progression est rapide puisqu’un mois plus tard il passe au seconde grade puis est fait officier de la loge en décembre de la même année. Il tiendra alors le plateau de Frère Secrétaire. Il est également affilié à la Loge Fidelity N° 98 à l’Orient de Lahore.

Le 14 avril 1887, il est avancé au grade de Maitre maçon de la marque. Sa marque représente une équerre accolée au milieu d’une perpendiculaire. Le même jour, il est élevé au grade de "Marinier de l’arche royale" de la Loge des mariniers de l’Arche Royale du Mont Ararat n°98 à l’Orient de Lahore. Ce grade n’est accordé qu’aux maitres maçons de la marque. Noé et son arche en structurent rituel et cérémonies.

Le 17 avril 1888, en raison de sa mutation professionnelle au journal Pioneer, il s’affilie à la loge Indépendance et philanthropie n°391 à Allahabad.

Toutes ces loges étaient dépendantes de la Grande Loge Unie d’Angleterre.

Mais Kipling fut aussi membre de loges dépendant de la Grande Loge Nationale Indépendante pour la France et les colonies Françaises, qui devint G.L.N.F en 1948 : la Loge les bâtisseurs des cités silencieuses N°12 (ultérieurement n°4948) à l’Orient de saint Omer - inaugurée en 1922 R Kipling en fut membre jusqu’à sa mort – et la loge fille les bâtisseurs des cités silencieuses n° 4948 à Londres, Elle fut inaugurée en décembre 1927 et R.Kipling, membre fondateur, en démissionnera en 1935. Il convient de noter que les Bâtisseurs de Cités silencieuses entretenaient des relations étroites avec la « War Graves Commission », qui s’occupait des tombes des soldats britanniques tombés au champ d’honneur. J’y reviendrai ultérieurement. Il fut aussi Poète Lauréat de la fameuse loge Canongate Kilwinning, No. 2 d’Edinburgh. Il accepta également une fellowship auprès de la Philalethes Society, une organisation of d’écrivains francs-maçons fondée aux Etats-Unis en 1928.

Mais la pratique régulière de Kipling se limita à essentiellement sa période indienne, ce qui ne l’empêcha pas d’être totalement pénétré par les valeurs maçonniques et de les défendre tout au long de sa vie.

 

 

Les expériences marquantes de Kipling :

 

L’enfance bafouée :

 

De 6 à 16 ans le jeune Kipling et sa sœur ainée sont envoyés par leurs parents en Angleterre pour parfaire leur éducation britannique et sont placés en pension chez un couple. Passage brutal la terre mère à la mère patrie, d’une enfance indienne, libre, insouciante, à demi sauvage, du polythéisme chatoyant de l’Inde au puritanisme gris anthracite de l’Angleterre. Et passage de parents aimants à une pension que Kipling appellera la « Maison de la désolation ». Dans la Maison de la désolation, une femme, « La Femme », régnait. La Femme, une mégère ! Mal nourris, quotidiennement humiliés, battus, apeurés, et lui largement plus que sa sœur, les enfants étaient sous sa domination la plus totale. La mégère s'ingéniait visiblement chaque jour à découvrir les plus cruelles punitions pour le petit Rudyard.

Un premier traumatisme sévère pour le jeune Kipling qui ne se lassera pas de revenir sur cet épisode. On songe spécialement à une longue nouvelle, Baa, Baa, Black Sheep (1888), qui met en scène le calvaire de l’enfant, chassé du paradis indien pour l’enfer métropolitain. Seules les vacances passées chez sa tante Georgiana (Georgy) et son mari, le peintre Edward Burne-Jones, dans leur maison de Fulham à Londres leur apporteront, à sa sœur Trix et à lui, beaucoup d’affection. « Un paradis auquel je dois en vérité d'avoir été sauvé » dira plus tard Kipling.

Dans la pension de famille du capitaine et de Mrs Holloway, qu’il évoquait comme « la maison de la désolation », Rudyard se dépeindra sous les traits de David Copperfield, l’orphelin de Dickens. Mais comme l’a fait remarquer Graham Greene, si Dickens a réagi à une enfance malheureuse par l’empathie, Kipling lui a répondu par la cruauté. Les nombreuses scènes sadiques qui émaillent ses livres sont là pour nous le rappeler. Elles culmineront avec la séance de torture d’un lépreux dans la « Marque de la bête » (1890). Il évoquera ce passage de sa vie dans « Something of Myself » en1935 « Maintes et maintes fois par la suite, ma tante bien-aimée me demanda pourquoi je n'avais jamais raconté comment j'étais traité. Mais les enfants ne parlent pas plus que les animaux car ils acceptent ce qui leur arrive comme étant décidé de toute éternité. De plus, les enfants maltraités savent très exactement ce qui les attend s'ils révèlent les secrets d'une prison avant d'en être bel et bien sortis. ».

Kipling fut sans aucun doute un auteur de l’enfance, lui qui ne quitta jamais réellement la sienne : des deux tomes du « Livre de la jungle » (1894-1895) à « Regulus » (1908), une nouvelle du cycle de Westward Ho - le collège militaire au sein duquel il fit ses études - qui reprend la traduction en classe de latin de l’ode qu’Horace a consacrée à Regulus, lequel, capturé par les Carthaginois et dépêché à Rome pour demander la paix, déconseille au Sénat toute transaction, scellant ainsi sa mort.

Horace, Rome, l’Empire. Le monde de Kipling est dur, il ne sourit qu’aux forts. Tous les contes et récits pour enfants de Kipling, profondément ancré dans la transmission, délivrent une leçon morale, même le cycle de Mowgli, l’enfant sauvage élevé par des loups : la jungle, c’est le chaos du monde ; Mowgli, c’est l’ordre britannique. C’est à la lecture du Livre de la jungle que Baden-Powell eut l’idée de susciter auprès des plus jeunes une formation de type para-miltaire mais avec un contenu initiatico-symbolique. Des générations de louveteaux s’en inspireront. Comme quoi même dans sa littérature Kipling s’est inscrit dans la transmission en général, et dans la transmission maçonnique en particulier, car Mowgly, c’est l’Enfant de la Veuve, et Raksha, la louve qui l’a protégé et nourri !

 

 

L’Orient, l’Occident et la colonisation :

 

Alors que le soleil ne se couche jamais sur l’empire britannique, la littérature anglaise est paradoxalement très pauvre en écrits sur la colonisation. Les deux romanciers peut-être les plus importants du XIXème siècle, George Eliot et Charles Dickens, ne se sont guère intéressés à l’Empire. La colonisation ne sert que de toile de fond à certains auteurs anglais – tels T.E Lawrence, Somerset Maugham ou Graham Greene- mais son aspect politique n’est jamais évoqué. Comme si la littérature s’était désintéressée de l’Empire. Rudyard Kipling est le seul auteur à naître et à vivre au sein de cette petite bourgeoisie coloniale, ce qui le met rapidement au contact d’hommes et de cultures différentes, et c’est lui qui va devenir – probablement malgré lui car ce n’est pas le meilleur aspect de sa pensée - l’écrivain de référence sur la colonisation britannique. Sentinelle avancée de l’Empire, Kipling fut à la croisée de l’Occident et de l’Orient. Colon de naissance mais éduqué en Angleterre il endossera et défendra cette vision occidentale quelque peu évangélique - voire même ouvertement christique dans la formulation qu’en fait parfois Kipling - de la colonisation, cherchant toutefois à mettre le colonisateur face à ses responsabilités. La colonisation, telle que Kipling l’évoque dans « Le Fardeau de l’homme blanc » publié en 1889 autant une charge – dans les deux sens du terme – qu’un devoir de civilisation.

On notera toutefois que Kipling ne développe pas une vision triomphante du colonialisme, mais plutôt une vision altruiste à laquelle on pourra aisément opposer un idéalisme avéré et coupable : l’égalité des peuples serait le but ultime de la colonisation et non leur domination. Il refusa toujours d’admettre que l’impérialisme est d’abord une affaire de profits, ce qui ne l’empêcha malheureusement pas d’être un soutien et un collecteur de fond actif pour les soldats britanniques engagés dans la guerre des Boers.

Il faudra attendre 1934 et la publication de « Une tragédie birmane », par George Orwell - né comme Kipling en Extrême-Orient et policier pendant cinq ans en Birmanie – pour que soit enfin posée dans la littérature anglaise la question de la colonisation. Et encore, Orwell n’ira pas au bout de sa logique, n’accomplira pas la rupture épistémologique et ratera l’occasion d’être la première conscience "tiers-mondiste" européenne. Quel dommage qu’un Franc-Maçon tel que Kipling n’ait pas pu tenir ce rôle. Mais en était-il culturellement capable ?

 

 

L’injustice et la mort des enfants :

 

La thématique se rapproche ici de celle évoquée par Dostoïevski dans les « Frères Karamazov ». Kipling connaîtra la douloureuse expérience de perdre deux de ses enfants. Joséphine mourra d’une pneumonie lors d’une visite rendue par la famille à la belle mère de Rudyard, Kipling est lui-même gravement malade, comme le rapporte le New York Times en première page, et son épouse n’ose pas lui annoncer la mort de sa fille. C’est son éditeur qui le fera. Ceux qui ont connu Kipling rapportent qu’il ne s’est jamais remis de la mort de cette fille qu’il chérissait et qu’il fit le vœu de ne plus jamais revenir aux Etats-Unis.

Kipling connaîtra à nouveau la douleur du deuil lorsqu’en 1915 son fils John, alors âgé de 18 ans, sera porté disparu sur le front en Flandres, durant l'attaque de Chalk Pit Wood à la bataille de Loos. Kipling parcourra les champs de bataille pour tenter de retrouver son corps, mais sans succès. Il éprouvera un remord profond pour avoir aidé son fils à s’enrôler, grâce à une recommandation fraternelle, alors qu’il devait être reformé pour cause de constitution fragile et de vision défaillante.

En 1917, pour atténuer le chagrin lié à la perte de son fils il crée une loge maçonnique que l’on peut qualifier d’imaginaire pour y écrire avec ferveur. Il la baptise la Loge "Faith and Works" (La foi et les œuvres) n° 5837 et se décrit comme un frère visiteur.

Cette tragédie que fut la mort de son fils est une des raisons qui poussèrent Kipling à rejoindre l'Imperial War Graves Commission - Commission impériale des sépultures militaires - responsable des cimetières de guerre anglais. On doit à Kipling la phrase célèbre, « Leur nom vivra à jamais », tirée de la Bible et inscrite sur les pierres du souvenir des sépultures les plus importantes. C'est également à Kipling que l'on doit l'inscription « Connu de Dieu » sur la tombe des soldats inconnus.

On se fera une idée juste du personnage en lisant son autobiographie, Quelque chose de moi-même, publiée un an après sa mort, où Kipling apparaît tel qu’en lui-même, sans ostentation, dans un clair-obscur voilé et un monde obscurci par la mort des enfants et le déclin de l’Empire britannique. Ironie du sort le dernier mot que Kipling écrira de sa main dans cette œuvre inachevée sera le mot « Mort ».

 

 

 

 

La Franc-Maçonnerie :

 

Elle entre très tôt dans la vie du jeune Rudyard puisque ce sont les souvenirs d’un conte lu dans son enfance qui lui inspira des années plus tard le Livre de la Jungle. « And somehow or other I came across a tale about a lion-hunter in South Africa who fell among lions who were all Freemasons, and with them entered into a confederacy against some wicked baboons. I think that, too, lay dorment until the Jungle Books began to be born." (in Something of Myself  - 1935 - page 8)

 

Il n’existe que peu ou pas de traces concrètes de la vie maçonnique de Kipling. Pas de planches, très peu de correspondance avec ses loges, et pas d’écrits personnel sur son expérience maçonnique directe.

 

On peut toutefois probablement avancer que la maçonnerie a permis à Kipling de cristalliser sa vision humaniste du monde et d’embrasser d’un seul coup la démarche maçonnique car il y avait déjà en lui des qualités profondes qui étaient en résonnance avec les valeurs de la Franc-Maçonnerie: un lien secret, une fraternité universelle, des valeurs morales élevées, des codes et des rituels, un engagement commun sur des objectifs et des idéaux, une hiérarchie assise sur la connaissance, un monde exclusivement masculin, une logique d’efforts individuel soutenus par une collectivité. Selon son biographe Carrington, la Franc-Maçonnerie fournissait à Kipling un cadre naturel pour ses idéaux sociaux. Inversement elle fut aussi probablement pour lui un rempart contre les démons qui l‘agitaient - l’enfance douloureuse, la mort, la guerre et le déclin de l’Empire – en lui fournissant un référentiel strict dans lequel il puisait sa force. C’est ce qui lui fera écrire dans le recueil « Dans l’intérêt des Frères » que « le Rituel est fortifiant, le Rituel est nécessaire aux hommes ».

 

La maçonnerie a tellement formé et modelé Kipling qu’il s’inspira d’ailleurs directement de la pratique maçonnique pour concevoir la cérémonie de remise des diplômes des ingénieurs canadiens.

En 1922, au cours d’une conférence à Montréal, l’ingénieur Herbert Haultain, professeur de génie minéral à l’Université de Toronto et président de l’Institut Canadien des Ingénieurs (I.C.I.), proposa l’idée d’une forme d’engagement formel précédant la remise des diplômes aux futurs ingénieurs. Ce genre de serment d’office inciterait les ingénieurs à une plus grande solidarité et les sensibiliserait davantage à leurs devoirs envers la société.

Pour concevoir cette cérémonie Haultain contacta Rudyard Kipling qui suggéra un rite et un texte d'engagement dont l'objet se résume dans l’énoncé suivant : « Le rituel de l’engagement de l’ingénieur a été instauré dans le but très noble de provoquer une prise de conscience du jeune ingénieur à l’endroit de sa profession et de son sens véritable. Il veut aussi indiquer à l’ingénieur aîné sa responsabilité dans l’accueil et le soutien des plus jeunes ingénieurs au début de leur carrière ».

Le comité des sept fondateurs proposa également l'idée d'un anneau, à être porté au petit doigt de la main "qui travaille" – the working hand - comme symbole de l’engagement. L’idée plut à Kipling, qui suggéra que cet anneau soit rugueux, «...comme l'esprit du jeune ingénieur…», et qu’il ait un fini martelé, en évocation des difficultés que l'ingénieur rencontrera pour maîtriser la matière.

Kipling recommanda également l'utilisation des symboles que sont devenus le marteau et l'enclume, ainsi que la chaîne tenue en main par ceux qui prononcent l'engagement, chaîne qui évoque les liens qui unissent tous les ingénieurs entre eux et l'obligation qu'ils ont de s'entraider. Ce Rituel d'appeler d'un ingénieur est aussi appelé Rituel de Kipling, ou Cérémonie D'Anneau De Fer.

Les sept ingénieurs fondateurs mirent sur pied "The Corporation of the Seven Wardens", une organisation sans but lucratif, avec la responsabilité d'être dépositaire du Rituel de l’engagement et d'en administrer le rite. Aujourd’hui, 25 sections, formées à travers le Canada, assument ce rôle.

Comment être plus explicite sur la duplication des signes maçonniques et la volonté de transmettre ?

 

On retrouve par ailleurs de nombreuses évocations directes, allusions ou références maçonniques dans de nombreux ouvrages de Kipling, qu’il s’agisse de nouvelles ou de poésies, témoignant ainsi de la profondeur de la foi maçonnique de l’auteur. Ses biographes s’accordent à reconnaître que Kipling était toujours prêt à insérer dans ses textes une allusion suggérée par les rituels, la terminologie et les symboles maçonniques qu’il maîtrisait parfaitement et qui étaient devenus une partie intégrante de lui-même, une manière de penser et d’être.

 

Les premières, chronologiquement parlant, se trouvent dans la nouvelle « The Man who would be King ». Mais les références sont très fréquentes, qu’il s’agisse de « Kim » oeuvre dont le héro est introduit avec des références maçonniques indiscutables, ou encore de « With the Main Guard », ou « Brother Square-Toes », « The Dog Hervey » sans oublier « Dans l’intérêt des Frères » publiée en 1917 mais réintégrée en 1926 dans un livre intitulé « Debits and Credits » qui comporte rien de moins que quatre histoires d’inspiration maçonnique utilisant une loge imaginaire « Faith and Works, No. 5837, E.C. » : "The Janeites", "A Madonna of the Trenches", "A Friend of the Family" et donc "In the Interests of the Brethren". Les personnages de ces nouvelles sont des soldats francs-maçons.

 

Les références maçonniques sont également très présentes et prégnantes dans la poésie de Kipling, qu’il s’agisse des poèmes intitulés « The Widow at Windsor », « The Press », « Banquet Night » (Les agapes donc), « My new-cut Ashlar » (Pierre de taille), « The sons of Martha », « The Palace » décrivant la construction d’un édifice et évoquant la transmission propre aux maçons opératifs, « The Pilgrim’s Way » et bien évidemment « The Mother Lodge ».

 

Le poème le plus célébre de Ruydar Kipling, «Tu seras un homme mon fils» dans sa traduction française, s’intitule en réalité « If », et a été publié dans le recueil « Rewards & Fairies » paru en 1910. S’il ne comporte pas de références maçonniques directes, il est clairement issu de la culture et des valeurs de la franc-maçonnerie.

Il est très intéressant de lire les différentes traductions qui en ont été faites par Germaine Bernard-Cherchevsky en 1942, par Jules Castier en 1949, Hervé-Thierry Sirvent en 2003 et encore plus récemment par Jean-François Bedel en 2006. On remarquera que d’une traduction à l’autre les mots utilisés ne sont pas les mêmes et la tonalité comme la coloration du texte s’en trouvent modifiées, bien que chaque traduction s’efforce de respecter le texte à la lettre.

Il n’est pas surprenant d’ailleurs qu’elles soient toutes antérieures à la traduction la plus connue et la plus couramment évoquée qui est celle qu’en fit André Maurois en 1918 en plaçant il est vrai la barre très haut. C’est celle qui prend le plus de liberté et de distance par rapport au poème original – Maurois inverse l’ordre de phrases ou de strophes et invente des images qui ne figurent pas dans le poème original de Kipling - mais c’est indiscutablement la traduction qui donne une ampleur et une puissance incomparable à ce poème.

Il sera remarqué que Maurois va jusqu’à modifier le titre du poème, dans un effet poétique particulièrement osé qui commence par adjoindre la finalité du poème dans le titre – devenir homme – pour laisser le texte exprimer les conditions de réalisation que Kipling souhaitait visiblement mettre en avant – le fameux Si – en limitant le titre du poème à ce terme essentiel car il avait conscience de l’extraordinaire difficulté associée à ce « Si ».

 

L’autre poème majeur de Kipling, pour nous Francs-Maçons, est bien entendu le fameux « The Mother Lodge », référence directe à ses années passées au sein de la loge « Hope and Perseverance 782 E.C » à laquelle il fut admis à l’âge de 21 ans et qui l’ont très profondément marqué.

 

Avant de passer à l’O.E, il écrira d’ailleurs dans le recueil «Something of Myself » :

« Here I met Muslems, Hindus, Sikhs, members of the Arya and Brahmo Samaj, and a Jew tyler, who was priest and butcher to his little community in the city. So yet another world opened to me which I needed."

 

Je n’en citerai qu’un passage :

« Dehors, on se disait : « Sergent !, Monsieur !, Salut !, Salaam ! »,

Dedans, c'était : « Mon Frère », et c'était très bien ainsi.

Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l'Equerre ».

 

 

Que retirer de ces deux poèmes majeurs de Kipling ? J’évoquerai rapidement six thématiques :

 

1 - La vision d’une maçonnerie universelle transcendant les peuples, les cultures, les religions et les strates sociales. Peut-être y a t il là une piste de réflexion quant à l’évolution de notre loge, pour ne pas retomber dans le piège d’une maçonnerie élitiste dont le bleu représenterait la couleur de l’idéologie dominante.

2 - Un énoncé explicite des vertus individuelles que l’on est en droit d’attendre d’un franc-maçon. Ce que nous autres appelons les qualités. Citons parmi celles évoquées par Kipling l’humilité, la tempérance, la fraternité, la maîtrise de ses passions et de ses pulsions, la soumission de sa volonté, la droiture, le stoïcisme, la simplicité, le rejet des métaux,…

3 – La vertu de l’équilibre, par ces contraires opposés de manière particulièrement rythmique dans le poème « Si » et qui invitent à la recherche du juste milieu, reprenant en cela la symbolique du pavé mosaïque.

4 - L’éloge de la simplicité et de l’égalité qui devraient présider à la pratique maçonnique, en loge comme aux agapes. Sans pour autant oublier bien sûr les mots de Kipling dans le nouvelle « Dans l’intérêt des Frères » : « Alors, pour la première fois de ma vie, je réalisai quelle signification pouvait prendre le Rituel lorsqu’il est exécuté à la perfection, paroles et gestes ».

5 – Une morale d’effort, de progrès et de maîtrise de soi. Celle qui égrène une à une les conditions à remplir pour accéder au statut d’homme. Celle qui accepte que la vie ne soit pas juste, qui sait que la complainte est une preuve de faiblesse, et qui exige que l’on se taise et que l’on affronte la situation qui se présente.

6 - Une volonté constante d’ouverture, de curiosité, de démarche vers l’Autre et la conviction que la compréhension passe par le dialogue. On relèvera que dans la Mother Lodge, dépendant de la G.L.U.A, on y parle « à cœur ouvert de religions ». Kipling reconnaîtra d’ailleurs dans «Something of Myself » : «I had the good fortune to be able to arrange a series of informal lectures by Brethren of various faiths, on baptismal ceremonies of their religions ».

 

Je terminerai ce morceau d’architecture par quelques citations de Kipling qui reflètent en quelques mots sa pensée sur le monde et les hommes, et qui sont autant d’invitation à la réflexion :

 

« Les mots sont la plus puissante drogue utilisée par l’humanité » (dans « Discours »).

« Prenez tout très au sérieux, à l’exception de vous-mêmes »

« La première victime d’une guerre, c’est la vérité »

« On ne paie jamais trop cher le privilège d’être son propre maître »

« Les principes sont les principes, dussent les rues ruisseler de sang » (dans « Souvenirs »)

« Que puis-je faire d’autre ? Cette simple formulation représente le soubassement de toute construction »

« Dès que tu vois que tu sais faire quelque chose, attaque-toi à autre chose que tu ne sais pas faire »

 

Ces quelques citations ont valeur générale, mais elles nous interpellent tout particulièrement au vu des trois années de dérives auxquelles nous avons assisté comme au vu de la reconstruction dans laquelle nous nous sommes désormais lancés.

 

Pour clore ce travail, il me semble que la vie et l’œuvre de Rudyard Kipling nous renvoient à notre propre miroir et à cette interrogation qui devrait être constante chez tous les Francs Maçons : comment, au-delà des mots et des signes, mettre du contenu maçonnique dans la maçonnerie que nous pratiquons, mais aussi dans les vies profanes que nous menons ?

 

Car quelque part Kipling nous invite à ce que j’appelle une maçonnerie de combat, qui est en premier lieu un combat contre soi-même avant de pouvoir s’exprimer et agir comme maçon dans le monde profane. J’éprouve beaucoup de sympathie pour cette maçonnerie là.

 

Mes Frères, si nous ne partageons pas, comme Kipling, l’intime conviction que nous sommes ici en loge pour changer quelque peu le monde et le rendre meilleur, nous perdons notre temps.

 

J’ai dit

 

Serge Labaste – Maître Maçon