TRAVAUX EN LOGE 6017

 

 

Allocution de fin de Mandat de notre V.M.

 

Mes Biens aimés frères en vos grades et qualités.

 

Mes fonctions de VM en exercice se terminent ce soir.

 

Le temps passe vite à l’image des solstices d’hiver, en ce moment au paroxysme de l’opacité. Dans quelques jours, ils vont décliner, pour laisser place à la lumière du renouveau. Notre  Univers n’est pas éternel mais à l’aune du temps futur, comme la terre tourne autour du soleil, jusqu’à l’éclipse finale, soumise à la volonté d’un Dieu G.M, qui nous échappe par sa trop grande complexité. Pour paraphraser Carl Sagan, chercheur scientifique à la Nasa aux Etats Unis, notre planète par rapport à l’Univers n’est qu’une poussière suspendue, dans un rayon de lumière.

 

Je vais regagner mon chantier des Apprentis. Tailler une pierre brute mais vivante, par ses atomes créateurs de nos univers, sans cesse et jusqu’à l’O.E. C’est la pierre philosophale des Alchimistes. Elle transforme le plomb en OR, ce qui signifie en langage ésotérique, Lumière d’OR, c'est-à-dire, la connaissance. J’ai conduit nos travaux en prenant en exemple, ceux des maçons puristes des anciennes décennies. Certains étaient des rescapés des camps de concentration nazis. Le mot LIBERTE dilatait les cœurs meurtris. Nous étions un petit effectif de 6000 frères, notre Obédience  la GNLF était située Bd Bineau à l’orient de Neuilly. Il y a trente huit ans, c’était en l’An 5980. Jean Baylot, ancien préfet  et immense figure maçonnique par le cœur et l’esprit, venait de mourir. Je ne pouvais penser que dans un avenir lointain, un déclin inextinguible de malédiction, frapperait et ferait exploser  cette Obédience devenue énorme telle la tour de Babel, en ce début du nouveau millénaire. La maçonnerie mondiale est malade. Elle souffre de stérilité intellectuelle, de sectarisme, d’arrogance et de despotisme. Dans certaines Obédiences aux USA, ayant pour origine les traditions de la GLUA, ils rejettent l’homosexualité. Ils mettent donc au rebut tous les travaux depuis des siècles, de ses grands penseurs, philosophes, écrivains, peintres et savants scientifiques. Ils ont pourtant enrichi et modernisé l’humanité. Comme en France, Cocteau, Rimbaud, Aragon Cambacérès, le Général Gallieni et Lully Jean Baptiste grand musicien. La liste est malheureusement  trop longue, pour notre courte tenue de cette soirée. Le Dieu de Nietzche n’est pas mort. Le philosophe veut dire simplement, il a «  CHANGE «. Il faut sortir de cette caverne de Platon actuelle. On y cumule, les guerres de religions, la pauvreté, le chômage, les divorces et un grand mal de la vie. La maçonnerie a besoin d’une évolution à la Darwin. Elle doit prendre le relai des Lumières. Trouver des idées pour soigner les âmes humaines malades. Elle doit apporter l’espoir d’une vie meilleure et, surtout la compréhension de notre vie sur terre. Les sciences et le nouveau Dieu de Nietzche doivent y pourvoir sur un chemin nouveau et lumineux, celui de la liberté. 

 

Je restitue comme il se doit notre Loge régulière pure et sans tâche. Il faudra renforcer notre trésor remis d’équerre et embaucher de nouveaux Apprentis de qualité. Un mauvais recrutement est pernicieux à moyen terme. Il risque de ternir, les éclats intellectuels de notre Assemblée de Maçons, forgés par l’Anthologie Maçonnique, de notre Déesse Kleiô. Cependant selon mon expérience, quelquefois, une candidature profane différente du profil maçonnique recherché par notre Loge, mais acceptée, peut s’avérer par sa transformation, en quelques années, d’une grande richesse. Le rôle du Parrain, des rapports d’enquêtes exhaustifs et le passage sous le bandeau sont déterminants.  Nous aurons certainement par nos relations un apport de frères maçons confirmés, pour adhérer à Kleiô, en provenance d’autres Obédiences. Peut être et pourquoi pas la GNLF, le dernier Maçon confirmé en date récente de cette Obédience, arrivé sous nos colonnes, est notre BAF J.P Delpuech. Nous attendons un autre frère ami de Jean Pierre de la même Obédience. Il frappe à la porte de notre Temple. Mon successeur  notre nouveau VM élu, Dominique Fondacci, veillera à tout cela. C’est un Maçon accompli, fondateur de Kleiô. Ses activités profanes ayant freiné son élévation dans la Chaire du Roi Salomon, jusqu’en 6017 date de sa retraite.

 

Dans certains cas importants, je ne suis pas contre le fait qu’un VM en exercice exerce une mandature de deux années. Notre chambre du milieu, à cet effet, statue.

 

 Je vous souhaite d’aimer la maçonnerie comme je l’aime. Elle m’est source d’équilibre, me fortifie, me maintient vivant et m’aide à traverser le chemin de ma vie, dont je ne suis que le passager momentané.

Je pense à nos travaux de mastication, terme usité par nos très anciens. Notre Loge d’un seul coup théâtral, se transforme en salle humide, afin que Kleiô notre Déesse, puisse nous faire servir l’ambroisie la nourriture des Dieux de l’Olympe, qui rendait immortel. A notre manière, nous le sommes aussi par la transmission d’une maçonnerie remontant à la nuit des temps, formée par notre chaîne d’union. L’Ambroisie par son alchimie divine mais digestive, suscite notre réflexion. Elle fortifie sans cesse nos connaissances par le renouvellement de nos tenues maçonniques. Nous ne sommes pas des Dieux, mais simplement des hommes maçons mortels, évoluant dans un Univers microcosme de construction et de déconstruction sans fin. Il est nécessaire de maîtriser notre égo afin d’être en adéquation avec cet équilibre fondamental, qui détermine totalement toute la maçonnerie. Recherchons toujours la vérité lumineuse, elle permet de vivre l’âme en paix. Je me permets en tout humilité, de rappeler que l’amour véritable est altruiste et se consomme sans aucune modération. C’est d’ailleurs le dessert préféré de notre Déesse Kleiô. Elle le matérialise sous forme de la « Pomme d’Or « en provenance de l’Ile mystérieuse d’Avallon.

 

Pour en terminer, je remercie mon VF secrétaire Serge, mon VF Vincent Orateur, mes Officiers pour leur aide précieuse et dévouement apportés. Merci à vous tous mes Frères pour l’adhésion à nos travaux. Bonne fin d’année et tous mes vœux pour 6018. Je vous souhaite la santé, la réussite de vos projets, sans oublier celles et ceux chers à votre cœur.

 

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers. Je le remercie pour sa grande clémence et son aide,  pour mon année maçonnique 6017 comme VM.

 

 

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord

 

 

 

ou le Diable Boiteux, passé maître dans l’art de servir la France plutôt que ses suzerains.

 

 

A tout seigneur, tout honneur, laissons à Napoléon Bonaparte le soin de nous présenter le Diable Boiteux :

 

Alors Premier Consul, Bonaparte confie à son chef de cabinet Bourienne :

 

« Talleyrand n’est pas maladroit. Il m’a pénétré. Ce qu’il me conseille, vous savez bien que j’ai envie de le faire. »

 

Le samedi 28 janvier 1809, en Conseil restreint auquel participent Cambacérès, Lebrun, Decrès et Fouché, Napoléon insultera M. de Talleyrand en ces termes :

 

« Vous êtes un voleur, un lâche, un homme sans foi. Vous ne croyez pas à Dieu ; vous avez, toute votre vie, manqué à tous vos devoirs, vous avez trompé, trahi tout le monde. Vous mériteriez que je vous brisasse comme un verre, j'en ai le pouvoir mais je vous méprise trop pour en prendre la peine.

 

Pourquoi ne vous ai-je pas fait pendre aux grilles du Carrousel ? Mais il en est bien temps encore. Tenez, vous êtes de la merde dans un bas de soie !"

 

Talleyrand, au sortir de cette entrevue, déclare : « C’est dommage qu’un si grand homme soit si mal élevé. »

 

En 1812, Napoléon dit à Caulaincourt : « C’est un homme d’intrigues, d’une grande immoralité, mais de beaucoup d’esprit et certes le plus capable des ministres que j’ai eus. Je l’ai boudé longtemps, mais je n’ai plus d’humeur contre lui. »

 

Enfin, en 1814 à Fontainebleau : « Je pardonne à Talleyrand, car je l’ai beaucoup maltraité. Les Bourbons feront bien de l’employer. »

 

Qui est donc ce M. de Talleyrand, qui dans une lettre à Mme de Brionne le 9 octobre 1789, déclare : « On dit toujours de moi ou trop de mal ou trop de bien ; je jouis des honneurs de l’exagération » ?

 

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord naît à Paris le 2 février 1754, issue d’une famille de haute noblesse, ses parents occupant des charges importantes à la Cour de Louis XV.

 

Victime du syndrome de Malfran, maladie génétique qui le laisse pied-bot, il sera déchu par ses parents de son droit d’ainesse. Ainsi il perd le titre, la majeure partie des biens et la possibilité de transmettre à ses enfants le patrimoine de la famille.

 

En un mot c'est un déclassé.

 

Dès l’âge de 16 ans, on le pousse vers la prêtrise, guidé en cela par un de ses oncles Alexandre Angélique de Talleyrand-Périgord, successivement archevêque de Reims, cardinal et archevêque de Paris.

 

Il est admis, en 1770, au grand séminaire de Saint-Sulpice où il demeure cinq ans ; fréquentant assidûment la bibliothèque du séminaire, il se nourrit de lectures qui étaient autant politiques que religieuses. La formation qu’il recevra dans ces murs le marquera toute sa vie ; Charles Maurice a toujours conservé du respect et de l’admiration pour ses maîtres de Saint-Sulpice. Puis il rejoint l’université de la Sorbonne où, durant trois ans, il prépare sans trop d’effort une licence de théologie qu'il obtient le 2 mars 1778.

 

Talleyrand est ordonné prêtre dans la chapelle de l’Archevêché de Reims.

 

Le 18 décembre 1779, il célèbre la première des sept messes qu'on lui attribue.

 

La deuxième, dite à l'intention de la famille, ayant lieu le lendemain, le 19, à l’occasion de sa nomination comme vicaire général du diocèse.

 

En 1780 Talleyrand est nommé Agent Général du Clergé et, en sa qualité de secrétaire, est chargé, en 1785, de défendre les privilèges fiscaux de l'Eglise face aux besoins d'argent de Louis XVI.

 

Travailleur acharné, il prend très au sérieux sa tâche de défendre les biens et les privilèges de l’Eglise contre les empiétements et les assauts d’un pouvoir royal fort endetté, suite à l’expédition aux Amériques.

 

Cependant, il sait déjà qu’il faut composer pour conserver l’essentiel ; c’est dans cet esprit qu’il formulera, sur la fin de son mandat, un projet qui visait à réformer l’administration de l’Eglise pour l’adapter aux exigences nouvelles.

 

Dans l’espérance d’un évêché, il continue à rendre visite régulièrement à son oncle qui lui a réservé un appartement dans sa résidence d’été au château de Saint Thierry près de Reims. C’est à l’occasion d’un de ses séjours à Saint Thierry, en 1783, qu’il a l’opportunité d’offrir l’hospitalité à William Pitt en voyage en France.

 

Le 21 avril 1785, de sa longue liaison avec la comtesse Adélaïde de Flahaut de la Billarderie, naît Charles de Flahaut. C’est le premier de la longue liste d’enfants naturels qui est attribuée à Talleyrand.

 

Cette vie agréable mais fort libertine pour un candidat à un évêché l’obligera à patienter trois ans pour obtenir la mitre normalement attribuée à tout ancien agent général du clergé.

 

Le 2 novembre 1788, l'abbé de Périgord, suite à la supplique auprès de Louis XVI de son père mourant, est nommé évêque d'Autun par le Roi.

 

Il est sacré évêque le 4 janvier 1789 au cours de la 3ème messe qu’il célèbre.

 

Il attendra près de deux mois avant de découvrir son évêché, mais comme Louis XVI convoque les états généraux le 24 janvier 1789,

 

Talleyrand prend vite conscience de la nécessité de sa présence à Autun s’il veut se faire élire député ; en effet, la réunion des États Généraux est prévue pour le 27 avril.

 

Le 12 mars, Talleyrand arrive en Autun et le dimanche 15 mars, il prend officiellement possession de son siège.  Le 25, il dit la messe pontificale, sa 4ème messe, en sa cathédrale. Le 28, il organise une Assemblée Générale à laquelle sont invités tous les membres du clergé de son diocèse. Le 2 avril, Talleyrand est élu député aux Etats Généraux, par le clergé de son diocèse après une « campagne » rapide mais soigneusement menée.


Le 12 avril, au matin de Pâques, il quitte son diocèse pour n’y plus revenir ; il reprend la route de Paris, un mois à peine après son arrivée.

 

Le 14 juillet, l'évêque d'Autun est nommé membre du Comité de Constitution de l'Assemblée Nationale où il joue un rôle important multipliant les motions.

 

En août, il fait adopter sa proposition de rédaction de l'article 6 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen :

 

« La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »

 

Le 10 octobre, Talleyrand donne sa « Motion sur la nationalisation des biens ecclésiastiques. », rédigée avec Mirabeau visant à couvrir le budget en récupérant les biens et revenus de l’Eglise.

 

Talleyrand sait d’autant mieux ce que les biens d’Eglise peuvent rapporter qu’il en a dressé l’inventaire quelques années avant.

 

Il sera aussi l’auteur d’un énorme « Rapport sur l’Instruction Publique », dans lequel il pose les principes qui en font l’ancêtre de l’école moderne et prononce un discours qui devait faire démarrer le processus « d’établissement du système métrique ».

 

Le16 février 1790, l'évêque d'Autun est élu à la présidence de l'Assemblée Nationale.

Le 14 juillet 1790, sur le Champs de Mars, Charles-Maurice célèbre la messe (sa sixième) lors de la Fête de la Fédération commémorant l'anniversaire de la prise de la Bastille.

 

Il prête serment à la Constitution Civile du Clergé et bien qu'ayant démissionné de l'évêché d'Autun le 13 janvier 1791, il sacre en février, au cours de sa septième et dernière messe, les deux premiers évêques constitutionnels qu'on appellera les évêques talleyrandistes, ce qui lui vaudra d’être excommunié par le Pape.

 

Enfin, pour conclure son parcours de Citoyen Législateur, Talleyrand sera l'un des signataires de la Constitution Française décrétée par l'Assemblée Nationale, acceptée par le Roi le 14 septembre 1791.

 

En 1792, Talleyrand est envoyé en mission à Londres par l’Assemblée législative pour se concilier les bonnes grâces de l’Angleterre.

 

Il en revient à l’été pour y repartir en septembre, muni d’un passeport signé de Danton, ce qui lui permettra de prétendre qu’il n’était pas un émigré.

 

Ce nouvel exil le met à l’abri de l’acte d'accusation dressé contre lui en décembre 1792 qui conduit à une demande d’arrestation.

 

En 1794, expulsé d'Angleterre dans le cadre de l’Alien Bill, il part pour les Etats-Unis où, pour vivre, il se transforme en homme d’affaires et en spéculateur, parcourant l’intérieur du pays à la recherche d’éventuelles lucratives opérations immobilières.

 

Tout en se lançant dans des opérations financières il ne manque pas d’étudier de près les mœurs politiques et la vie économique du pays qui l’accueille.

 

Talleyrand, radié de la liste des Emigrés, peut revenir à Paris le 20 septembre 1796.

 

Il réussit à obtenir de Barras le portefeuille des Affaires étrangères, le 16 juillet 1797, grâce à l’intervention pressante de Mme de Staël. Il oublie vite celle qui l’avait remis en selle et lui avait permis ce retour en grâce, ce qui fit dire à Mme de Staël « Talleyrand avait besoin qu’on l’aidât pour arriver au pouvoir mais il se passait ensuite très bien des autres pour s’y maintenir. »

 

Il mélange activité diplomatique et enrichissement personnel. Le 20 juillet 1799, accusé de malversations, Talleyrand démissionne de son ministère.

 

Ce faisant il a la prescience qu’un tel régime court rapidement à sa perte, il décide alors de précipiter l’événement.

 

Il encourage activement un jeune général, Bonaparte, à prendre le pouvoir et contribue à la préparation du coup d'État du 18 Brumaire. Il a, en particulier, la tâche de faire démissionner Barras ; il réussit à merveille cette opération sans avoir à lui verser les fonds qui devaient l’encourager à se résigner au départ.

 

Talleyrand conservera les trois millions de livres, prévus à titre de dédommagement pour Barras. Charité bien ordonnée commence par soi-même.

 

L’entreprise menée à bien, Bonaparte n’oublie pas Talleyrand, celui-ci retrouve son poste de Ministre des affaires étrangères sous le Consulat, poste qu’il conserve sous l’empire jusqu’en 1808.

 

Talleyrand prend alors une place importante auprès de Napoléon et se rend indispensable dans les relations internationales du Consulat puis de l'Empire.

 

Il est un homme de paix préconisant la stabilité des relations entre les Etats européens et Bonaparte a alors besoin de paix à l’extérieur pour faire accepter son intrusion sur la scène européenne par les états « légitimes ».

 

Talleyrand est également l'inspirateur des articles organiques du Concordat de 1801 mais ne mène pas les négociations jusqu'à leur terme car il ne peut fléchir le Saint Siège concernant son cas personnel qu’il aurait voulu voir inclus dans l’article relatif aux ecclésiastiques mariés.

 

Le Concordat est néanmoins signé le 15 juillet 1801 et le pape Pie VII se limite à donner, à Saint Pierre de Rome, un bref rendant Talleyrand à la vie séculière et laïque.

 

Muni de ce bref, il épouse civilement et religieusement Catherine-Noël Worlée, « la belle Madame Grant » qu’il connaît déjà depuis un certain temps.

 

En 1803, suivant l’ordre de Napoléon :

 

« Je veux que vous ayez une belle terre, que vous y receviez brillamment le corps diplomatique, les étrangers marquants... »

 

Et avec son aide financière, Talleyrand se porte acquéreur du domaine de Valencay.

 

Il convient de préciser que Napoléon fera réserver en 1804 un quart du prix de vente de la Louisiane aux Etats Unis, soit vingt millions de francs au bénéfice exclusif de son ministre des Affaires Etrangères.

 

En 1804, Talleyrand est le véritable inspirateur de l'enlèvement du duc d'Enghien qui sera aussitôt fusillé après un procès bâclé.

 

Un bref rappel :

 

Le premier consul a échappé à plusieurs tentatives de complot.

 

En février 1804, un complot est fomenté contre Napoléon. Les instigateurs sont Cadoudal et Pichegru et Moreau à un degré moindre.

 

Cadoudal, lors de son arrestation, indique qu’il attend la venue sur le sol français d’un jeune prince de sang royal.

 

Deux noms circulent avec insistance : le Comte d’Artois et le Duc d’Enghein.

 

Le Duc d’Enghein, auteur de nombreux faits d’armes dans le camp des exilés, est depuis longtemps sous surveillance de la police secrète dans sa résidence d’Ettenheim, à quelques lieues de Strasbourg, dans le territoire de Bade.

 

Talleyrand convint Bonaparte de faire enlever le Duc d’Enghein en sa résidence malgré les réticences de Cambacérès.

 

Le Duc d’Enghein est arrêté à son domicile, puis conduit à Strasbourg et de Strasbourg au Château de Vincennes où il sera exécuté sur ordre de Bonaparte.

 

Chateaubriand écrit : « Quand M. de Talleyrand, prêtre et gentilhomme, inspire et prépare le crime en inquiétant Bonaparte avec insistance, il craignait le retour de la légitimité ».

 

Ce que confirme d’ailleurs Napoléon en 1809, en disant : « C'est Talleyrand qui m'a décidé à arrêter le duc d'Enghien auquel je ne pensais pas. J'étais loin d'attacher la moindre importance à son séjour sur le Rhin et d'avoir aucun projet sur lui ».


C'était vrai, et si un terroriste eût réussi à abattre Bonaparte, ç'en était fait pour l'ex-évêque, de sa carrière, de son rang, de sa fortune et de la France telle qu'il la concevait à cette époque.

 

Il fallait établir pour Bonaparte une légitimité ; Napoléon le savait bien en 1812, quand, brouillé avec Talleyrand, il disait « C'est un de ceux qui ont contribué à établir ma dynastie… ».

 

Par quel moyen ?

 

En donnant un gage aux Conventionnels régicides et brumairiens, un gage tel qu'ils seraient tous assurés que Bonaparte couronné ne leur reprocherait jamais leur passé sanglant… ce gage c'était le cadavre d'un Bourbon, c'était le pacte du sang conclu entre la Terreur et l'Empire.

 

L'évêque boiteux n'a pas hésité, à mettre son pied bot dans une flaque de sang et il n'en a pas été éclaboussé !

 

Ce que Cadoudal avait prédit lors de son exécution en disant : « Nous avons fait plus que ce que nous voulions ; nous voulions faire un roi, nous avons fait un empereur ».

 

Cependant, pour Napoléon, l'affaire du duc d'Enghien sera toujours son tourment. Il y reviendra sans cesse.

 

A Caulaincourt en Russie, il dit : « Si j'avais lu avant sa mort la note du duc écrite à Strasbourg, il n'aurait pas péri ainsi ».


Quoiqu'il en soit, Napoléon a décidé très vite de porter seul le poids de ce crime.


A Sainte-Hélène, le 15 avril 1821, trois semaines avant sa mort, il ajoute ce codicille à son testament : « J'ai fait arrêter et exécuter le duc d'Enghien parce que c'était nécessaire, à la sûreté, à l'intérêt, à l'honneur du peuple français, lorsque le comte d'Artois entretenait de son aveu soixante assassins à Paris. Dans une semblable circonstance, j'agirais encore de même ».

 

 

 

S'il y a un fait à reprocher à Talleyrand, ce ne sont pas ses trahisons, ses rapports avec l'argent ou les femmes, c'est bien son rôle dans l'assassinat du duc d'Enghien.

 

Pour preuve, tous les documents officiels relatifs à l'assassinat du duc d'Enghien ont été raflés par Talleyrand après la débâcle de 1814, alors où Paris vaincue et occupée, il présidait le Gouvernement provisoire. Tout ce qu'il a écrit sur cette horrible affaire a disparu.

 

Bien que servant Napoléon, avec dévouement voire avec zèle et flatterie parfois, Talleyrand demeure, en effet, fidèle à ses convictions, partisan de la paix, des relations commerciales et de l’équilibre entre les nations européennes, il est, au sein de l’entourage de l’empereur, la seule personnalité qui ose lui faire connaître ses positions et qui tente à de nombreuses reprises mais toujours en vain, de freiner ses ardeurs guerrières.

 

Il soutient, en particulier lors de la signature de la Paix de Presbourg la position de ne pas humilier l’Autriche en la démembrant en en faisant, de ce fait, un ennemi implacable mais au contraire de s’en faire un allié en lui offrant une paix honorable.

 

Les 7/9 juillet 1807, Talleyrand signe à Tilsit, le traité avec la Russie et avec la Prusse.

 

Le 9 août 1807, Talleyrand donne sa démission de ministre des Relations extérieures, le 17 août il est nommé vice grand électeur.

 

Le 18 mai 1808, sur ordre comminatoire de Napoléon, Talleyrand "accueille" à Valençay, les infants d’Espagne, don Ferdinand, don Carlos et leur oncle, don Antonio. Talleyrand entoure ses hôtes «de respect, d'égards et de soins ». Bien traités mais prisonniers cependant, ils resteront à Valençay jusqu’en 1814.

 

N’exerçant plus de fonctions officielles au sein du gouvernement, Talleyrand n’en reste pas moins très actif en matière de relations internationales, à Paris ou à Valençay.

 

Faisant la différence entre le service de la France et celui de l’Empire, il offre ses services à la Russie et l’Autriche.

 

Il a des relations avec tous les grands noms de l’Europe.

 

A l'hiver 1812, le Diable boiteux accueille la nouvelle de la retraite de Russie -- et la fameuse Bérézina -- par cette phrase : « C'est le commencement de la fin. »

 

Fidèle à lui-même, il refuse une nouvelle fois, en novembre 2013, l’offre qui lui est faite par l’Empereur de reprendre le Ministère des Relations Extérieures.

 

Maître de maison accompli, imprégné des manières et de l’art de vivre de l’Ancien Régime et disposant la plupart du temps de ressources considérables, Talleyrand reçoit magnifiquement.

 

Il reçoit même dès son lever ordonné comme celui du roi du temps de l’Ancien Régime.

 

L’invraisemblable scène du lavage du nez et de la gorge est bien connue.

 

Il offre des dîners somptueux aussi bien rue Saint Florentin qu’à Valençay, à Vienne ou à Londres.

 

Antonin Carême, « le cuisinier des rois et le roi des cuisiniers » sera le responsable de l’ordonnancement de ces dîners à l’Hôtel Saint Florentin de 1808 à 1814.

 

Le 31 mars 1814, lors de la capitulation de Paris, Talleyrand réussit à faire quitter la capitale à l’impératrice.

 

Le Tsar Alexandre s’installe chez Talleyrand.

 

Le 1er avril 1814, Talleyrand est élu président du Gouvernement provisoire par le Sénat. Le 2 avril 1814, à son instigation, le Sénat prononce la déchéance de Napoléon.

 

Talleyrand, derrière la légèreté insouciante qu’il montre dans son hôtel Saint-Florentin, va droit au but qu’il s’est fixé.

 

Pendant douze jours, il va être le maître de la France. Il imprime une touche libérale qui correspond au fond de son caractère : les conscrits sont rendus à leur famille, les prisonniers politiques libérés, il facilite le retour des princes espagnols et du pape chez eux, maintient les fonctionnaires à leur poste (seul deux préfets sont remplacés).

 

Le 23 avril, la signature de l’armistice ramène la France à ses frontières de 1792.

 

Après de longues hésitations et sous l’influence des milieux royalistes, Talleyrand se persuade et réussit à persuader le Tsar Alexandre que le retour des Bourbon apparaît comme la seule solution pour éviter à la France une période d’instabilité.

 

De fait, il n’y eut eu aucune période de flottement dans la passation des pouvoirs et ses bonnes relations avec le Tsar Alexandre permirent à la France d’éviter l’humiliation et les misères d’une occupation militaire large et prolongée du territoire national.

 

Talleyrand, en quelques jours, prépare un projet de constitution qu’il présente à Louis XVIII. Celui-ci l’accepte, non sans hésitation, mais transforme la constitution que Talleyrand voulait lui imposer en « charte octroyée », tout en en maintenant les dispositions essentielles.


Le 3 mai 1814, entrée du roi Louis XVIII à Paris. Le 13 mai 1814, Talleyrand, Prince de Bénévent, est nommé ministre des Affaires étrangères. Le 30 mai 1814, il signe le Traité de paix entre le Roi et les puissances alliées.

 

Le 10 septembre 1814, Le roi Louis XVIII donne ses « Instructions pour les ambassadeurs du Roi au Congrès ».

 

Le 1er novembre 1814, début officiel du Congrès de Vienne, la France est représentée par Talleyrand qui est arrivé à Vienne le 23 septembre accompagné de sa nièce, Dorothée, comtesse de Périgord.

 

La France est invitée au Congrès de Vienne pour se voir communiquer les décisions que les Alliés avaient déjà prises. Pendant un an, Vienne devient le centre de la diplomatie européenne.

 

Très rapidement, Talleyrand redresse la situation grâce à sa diplomatie et grâce aussi à ses réceptions somptueuses dont le mérite revient pour une grande part à Antonin Carème.

 

Les personnages les plus importants acceptent avec empressement ses invitations. On y parle politique, théâtre, musique et même fromage !

 

Talleyrand s’assied avec naturel et aisance à la grande table des négociations parmi les Alliés et prend la poste d’interlocuteur égal aux autres.

 

Face à la convoitise des alliés il oppose les trois principes classiques de la diplomatie européenne : droit public, légitimité et équilibre et aussi représentation des petits pays.

 

Par ses intrigues et son habileté manœuvrière, il ne tarde pas à diviser les alliés et couronne son action en concluant une alliance avec l’Autriche et l’Angleterre, et en limitant les exigences de la Prusse et de la Russie.

 

Authentique exploit diplomatique, reconnu par l'histoire : le représentant du pays vaincu est parvenu à diviser les Alliés, tout en limitant les exigences des deux pays dont il fallait se méfier.

 

C'est l'équilibre européen tel qu'il le souhaitait depuis toujours !


Le 5 mars 1815, est reçue à Vienne la nouvelle du retour en France de Napoléon.
 

Le 13 mars 1815, le prince de Talleyrand signe la Déclaration des puissances assemblées au Congrès de Vienne contre Napoléon mais ses succès diplomatiques sont en grande partie ruinés par l'épisode des Cent Jours qui ramène temporairement Napoléon Ier au pouvoir.

 

Le 9 juin 1815, le prince de Talleyrand appose sa signature au bas des 121 articles de l’Acte Final du Congrès de Vienne.

 

Le 18 juin 1815, défaite de Waterloo. Le 23 juin 1815, à Roye, pendant le retour du roi de Gand vers Paris, Talleyrand présente à Louis XVIII son rapport fait au Roi.

 

Le 9 juillet 1815, le prince de Talleyrand, pair de France, à la demande des puissances étrangères, est nommé président du conseil des ministres et secrétaire d'Etat au département des Affaires étrangères.

 

Le 24 septembre 1815, sous la pression des anciens exilés, il démissionne.

 

Grand chambellan et membre de la Chambre des Pairs, Talleyrand ne joue plus aucun rôle politique sous Louis XVIII et Charles X.

 

Il met le pied à l’étrier au jeune Adolphe Thiers en faisant financer la création de son journal « Le National », par son banquier Jacques Laffite.

 

Mais, le 11 juin 1830 Talleyrand écrit à son fils Flahaut : « Nous n’avons ni boussole, ni pilote. Cela peut-il mener à autre chose qu’à un naufrage ? ».

 

Le 29 juillet 1830, alors que les combats font rage, Talleyrand envoie son secrétaire à Neuilly auprès de madame Adelaïde, sœur du duc d’Orléans pour que Louis Philippe se mette à la tête du mouvement : « Puisque M. de Talleyrand se prononçait, Louis-Philippe pouvait se risquer ».

 

Le duc d’Orléans se conforme à cet avis ; il s’installe au Palais-Royal et accepte le titre de lieutenant général.

 

Quand il est invité à se rendre à l’hôtel de Ville, il hésite, fait consulter Talleyrand qui répond « qu’il accepte », il apparaît au balcon, drapeau tricolore en mains et, sous les acclamations de la foule, devient « Le roi des Français ».

 

Rallié au « roi des Français » Louis-Philippe, Talleyrand refuse le poste de Premier ministre qu'il a tant désiré, et même les Affaires étrangères où il fit ses preuves.

 

L’avènement de Louis-Philippe, dû à un mouvement insurrectionnel, inquiète les cours européennes qui craignent la remise en cause de l’équilibre ancien restauré au Congrès de Vienne.

 

Louis-Philippe sentant le danger et voulant éviter à tout prix une nouvelle coalition contre la France veut jouer l’apaisement et c’est tout naturellement qu’il se tourne vers Talleyrand pour le représenter à la conférence de Londres.

 

Talleyrand, âgé de 76 ans, accepte et le 6 septembre 1830, est nommé par le roi Louis-Philippe, ambassadeur extraordinaire à Londres.

 

Il est l’homme de la situation, sa nomination est bien perçue non seulement à Londres mais aussi dans les autres Cours européennes.

 

Talleyrand s’accorde avec le duc de Wellington pour exclure tout recours à la force ce qui aboutit, par le fait même, à la reconnaissance du fait accompli.

 

Le 4 novembre 1830, la Conférence de Londres, qui regroupe l'Angleterre, l'Autriche, la France, la Prusse, la Russie et les Pays-Bas, se saisit du problème belge et impose le jour même un armistice aux Belges et aux Hollandais.

 

Le 20 décembre, l’indépendance de la Belgique est reconnue et le 20 janvier 1831, la conférence proclame la neutralité et l’inviolabilité perpétuelle de la Belgique.

 

Le 13 novembre 1834, de Valençay, le prince de Talleyrand envoie sa lettre de démission d'ambassadeur extraordinaire à Londres.

 

Le 18 février 1838, sur injonction de Mgr de Quelen, archevêque de Paris, l'abbé Dupanloup est conduit à rendre visite au prince de Talleyrand, gravement malade, qui entreprend alors son ultime négociation mais avec l’Eglise cette fois.

 

Le pape exige une rétractation publique de l’ancien évêque, les tractations vont durer de longues semaines : la "conversion" de Talleyrand est en marche.


Le 12 mai 1838, l'état de santé du prince de Talleyrand, déjà préoccupant, s'aggrave.

 

Le 17 mai 1838, à 6 heures du matin, Charles-Maurice, prince de Talleyrand, signe, en date du 10 mars 1838, ce que l'on a l'habitude d’appeler sa déclaration de rétractation et sa lettre au Pape Grégoire XVI, mais on peut considérer à bon droit qu’il ne s’est pas rétracté.

 

 

Il reçoit l’extrême onction ; vers 8 heures du matin, hors de toutes les règles de l’étiquette, Louis Philippe et sa sœur, Madame Adelaïde, viennent lui rendre visite.

 

Après s’être confessé à l’abbé Dupanloup, il reçoit l’extrême onction, la main fermée tournée vers l’extérieur : « N’oubliez pas, monsieur l’abbé, que je suis évêque. »

 

A 3 heures 35 de l'après-midi, le Prince de Talleyrand s’éteint à l'âge de 84 ans.

 

Lors des funérailles à Paris, le 22 mai 1938, les ministres, les chambres, le corps diplomatique, l’Académie assistent en corps à la cérémonie.

 

A son enterrement, le 5 septembre, à Valençay, il n’y a plus personne.

 

 

 

J’ai dit V:.M:.

O.E.B. 13 Novembre 6017

 

 

Annexes :

 

« Déclaration de rétractation :

 

Touché de plus en plus par de graves considérations ; conduit à juger de sang-froid les conséquences d'une Révolution qui a tout entraîné et qui dure depuis cinquante ans, je suis arrivé au terme d'un grand âge, et après une longue expérience, à blâmer les excès du siècle auquel j'ai appartenu et a condamner franchement les graves erreurs qui, dans cette longue suite d'années, ont troublé et affligé l'Eglise catholique, apostolique et romaine, et auxquelles j'ai eu le malheur de participer.

 

S'il plaît au respectable ami de ma famille, Mgr l'Archevêque de Paris, qui a bien voulu me faire assurer des dispositions bienveillantes du souverain Pontife à mon égard, de faire assurer au Saint-Père, comme je le désire, l'hommage de ma respectueuse reconnaissance et de ma soumission entière a la doctrine et a la discipline de l'Eglise, aux décisions et jugements du Saint-Siège sur les affaires ecclésiastiques de France, j'ose espérer que Sa Sainteté les accueillera avec bonté.

 

Dispensé plus tard par le vénérable Pie VII de l'exercice des fonctions ecclésiastiques, j'ai recherché dans ma longue carrière politique, les occasions de rendre à la religion et à beaucoup de membres honorables et distingués du clergé catholique, tous les services qui étaient en mon pouvoir. Jamais je n'ai cessé de me regarder comme un enfant de l'Eglise. Je déplore de nouveau les actes de ma vie qui l'ont contristée, et mes derniers vœux seront pour elle et pour son chef suprême. »

 

 

Lettre au Pape Grégoire XVI :

 

« TRES SAINT PERE,


« La jeune et pieuse enfant qui entoure ma vieillesse des soins les plus touchants et les plus tendres vient de me faire connaître les expressions de bienveillance dont Votre Sainteté a daigné se servir à mon égard, en m'annonçant avec quelle joie elle attend les objets bénits, qu'Elle a bien voulu lui destiner : j'en suis pénétré comme au jour, où Monseigneur l'Archevêque de Paris me les rapporta pour la première fois.


« Avant d'être affaibli par la maladie grave dont je suis atteint, je désire, Très Saint-Père, vous exprimer toute ma reconnaissance et en même temps mes sentiments.

 

« J'ose espérer que non seulement Votre Sainteté les accueillera favorablement, mais qu'elle daignera apprécier dans sa justice toutes les circonstances qui ont dirigé mes actions. Des mémoires achevés depuis longtemps, mais qui, selon mes volontés, ne devront paraître que trente ans après ma mort, expliqueront à la postérité ma conduite pendant la tourmente révolutionnaire. Je me bornerai aujourd'hui, pour ne pas fatiguer le Saint-Père, à appeler son attention sur l'égarement général de l'époque à laquelle j'ai appartenu.


« Le respect que je dois à ceux de qui j'ai reçu le jour ne me défend pas non plus de dire que toute ma jeunesse a été conduite vers une profession pour laquelle je n'étais pas né.


« Au reste, je ne puis mieux faire que de m'en rapporter, sur ce point, comme sur tout autre, à l'indulgence et l'équité de l'Eglise et de son Vénérable Chef.

 

« Je suis avec respect, Très Saint-Père, de Votre Sainteté le très humble et très obéissant fils et serviteur. »

 

 

 

 

Retrouvez ce tableau sur

 

La résistance à l'oppression

 

La vie regroupe l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort. Par nature, l’homme dispose d’une forme de résistance innée. La résistance demeure une préoccupation vitale, non pas morale ; elle consiste juste à être vivant, à survire. Dès lors, l’atavisme qui nous prédispose à la résistance, nous donne déjà une propension à résister à d’autres formes d’agressions extérieures.

 

 

Par la suite, la philosophie des Lumières a constitué dans l’histoire de l’humanité une rupture culturelle et politique sans précédent. Tandis que l’arbitraire constituait la norme dans les sociétés humaines, le philosophe britannique John Locke a osé (en 1690) redéfinir les rapports entre le pouvoir politique et l’individu, en plaidant pour la subordination du premier aux intérêts du second ; en d’autres termes, pour l’existence d’un droit fondamental : le droit de résistance à l’oppression.

 

Il s’agit là d’une démarche littéralement révolutionnaire puisque la publication du Traité du gouvernement civil en 1690 vient justifier la Glorieuse révolution britannique et l’adoption du Bill of Rights, un siècle avant la révolution française.

 

Ces idées, chères aux francs-maçons anglais, devaient gagner la France, notamment sous l’influence de Montesquieu, né le 18 janvier 1689. Initié le 16 mai 1730 à Londres, il va inspirer la Constitution des Etats-Unis, avec son célèbre principe de la séparation des pouvoirs, qu'il évoque dans «L'esprit des Lois». Ces idées inspireront non seulement les Constitutionnels américains, mais également les Constitutionnels français, qui donneront au principe d’un droit de résistance à l’oppression la portée plus générale d’une référence à valeur universelle.

 

L’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen proclame ainsi que « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ».

 

La résistance à l’oppression trouve ici sa source dans la considération selon laquelle la communauté n’institue le pouvoir politique qu’en vue de son propre bien. Si les gouvernants utilisent le pouvoir pour opprimer le peuple, celui-ci a le droit de s’opposer à leur autorité, de tenir leurs actes pour nuls et de leur résister.

 

 

Les exemples historiques les plus frappants viennent de l’Italie fasciste, de l’Allemagne nazie et du régime de Vichy en France.

L’ampleur et la violence de ces formes d’oppression sont non seulement le produit de la nature des régimes politiques, mais également du degré d’adhésion des populations en temps de guerre et sous l’occupation.

 

La résistance en Allemagne a pris la forme d’une « résistance sans ennemi et contre soi-même ». La faiblesse des formes de résistance et d’opposition traduit en fait l’intégration du nazisme par la population allemande, révélant une très forte adhésion à ce régime et une véritable légitimation de la dictature, constante de 1933 à 1945. L’ennemi ne venant pas de l’extérieur, la reconnaissance de cette résistance par la population allemande était quasi impossible, puisque résister signifiait trahir son peuple, en allant à l’encontre du sentiment patriotique dans un contexte de guerre.

 

De son côté, la longue durée du régime fasciste italien (deux décennies), ses pratiques et sa rigidité, ont conduit à une certaine dépolitisation de la population et à son éloignement de l’engagement politique. Il faut attendre, non pas l’entrée en guerre, mais la présence allemande à partir de septembre 1943, pour que s’accélère un processus de réapprentissage de la politique, à travers des actes de résistance précisément ; actes en partie liés à des stratégies de survie et des nécessités de choix.

 

Le régime de Vichy relève de cette double démarche : l’appréciation de l’existence d’une oppression, et le choix des moyens d’y résister.

 

Force est de constater que pour ces trois pays, la dictature s’installe dans un cadre légal. Peu à peu, les régimes ont recours à une « légalité falsifiée » (modification de la Constitution par Mussolini soutenu par le Parlement, Assemblées Parlementaires accordant les pleins pouvoirs à Pétain). Et les élites y collaborent.

 

La légitimité de ces régimes politiques se fonde également sur leur capacité à recomposer un corps social en proie à une crise d’identité nationale ; et c’est d’abord par la séduction que les masses sont assujetties (organisation des loisirs, embrigadement de la jeunesse), parallèlement à la coercition et à la répression.

 

La conjoncture et les évènements de la guerre introduisent toutefois le doute dans la population. La résistance a dû répondre à cette question de la légitimité, en créant une autre légitimité, en proposant un autre monde, d’autres projets et d’autres valeurs. La résistance a voulu trouver une forme d’immunisation contre le nazisme (tel est d’ailleurs le sens du terme médical « resistenz »).

 

 

 

 

Pour les premiers résistants, issus de familles catholiques, ou de tradition socialiste ou communiste, le degré d’agressivité du régime à leur égard entrait directement en conflit avec leur propre valeur d’obéissance : les possibilités de résistance ont été anesthésiées par Vichy. En Italie, les compromis entre l’Eglise et le régime fasciste a produit le même effet.

 

 

La question de la légitimité apparaît alors au cœur de l’idée d’un droit de résistance.

 

La résistance devient légitime lorsque le régime politique perd, lui, sa légitimité. Car la résistance naît de l’instauration d’un pouvoir auquel s’oppose naturellement un contre-pouvoir générateur d’actes de résistances. Il s’agit de résister à une agression, une contrainte, une oppression. Ici, il n’y a pas de théorisation de la résistance. Elle est.

 

La légitimité de Churchill apparaît dès lors incontestable lorsqu’il annonce aux français : « N’oubliez pas que nous ne nous arrêterons jamais, que nous ne nous lasserons jamais, que jamais nous ne cèderont et que notre peuple et notre empire tout entier se sont voués à la tâche de curer l’Europe de la pestilence nazie et de sauver le monde d’une nouvelle barbarie » (« Français, je marche encore avec vous », 1940).

 

Il faut comprendre que la résistance est légitimée par une prise de conscience collective. En cela, la résistance se démarque de la désobéissance. Sur ce sujet, Hannah Arendt écrivait : « Les arguments invoqués pour défendre la conscience individuelle ou des actes individuels, c’est-à-dire des impératifs moraux et des appels à un « droit supérieur », qu’il soit transcendant ou profane, sont inadéquats lorsqu’on entend les appliquer à des cas de désobéissance civile sur le terrain de la conscience individuelle » (Du mensonge à la violence, 1972).

 

Or, la désobéissance civile, ou civique, qui se traduit par le refus de respecter la loi au nom de sa conscience, remonte à l’Antiquité et a été souvent, elle, théorisée (notamment au 19ème siècle par le philosophe américain Henri David Thoreau, La désobéissance civile, 1849).

 

 

Mais cette question ne peut être déconnectée du concept de démocratie. En effet, serait-il concevable que la résistance ou la désobéissance puissent remettre en cause les fondements de la démocratie dans la mesure où celle-ci existe ?

 

Certainement pas pour les Allemands qui, le 23 mai 1949, adoptèrent une Loi fondamentale (article 20) qui intègre dans leur droit : « Le droit de résister à quiconque entreprendrait de renverser l’ordre constitutionnel, s’il n’y a pas d’autres remèdes ». La résistance est ici érigée en gardienne de la démocratie. La Loi reconnaît que des actes de résistance peuvent être conformes à un ordre juridique supra-législatif opposé à un ordre juridique injuste.

 

Dans un système démocratique, il appartient pourtant au Juge d’écarter la loi que viole un principe fondamentale consacré par le droit positif, et rien ne justifie que l’individu réinterprète la constitutionnalité de la loi, déclare cette dernière oppressive et désobéisse à cette loi.

Accepter un droit de résistance, ce serait alors accepter que la force d’une loi dépende de l’interprétation qu’en fait chaque individu.

 

Le recours à la résistance se conçoit par conséquent plus facilement dans des régimes non démocratiques, face à des juges appliquant des lois oppressives. Cependant, un droit de résistance n’apparait pas envisageable dans de tels régimes où il devient dérisoire de menacer un Etat devenu oppressif d’une sanction insurrectionnelle juridiquement autorisée ; la nature oppressive de l’Etat s’opposant directement à la reconnaissance positive du droit de résistance.

 

Martin Luther King ou Nelson Mandela se sont d’ailleurs battus pour la défense d’une certaine démocratie, et les valeurs qu’elle sous-tend. Leurs actions, que l’on qualifie plutôt de désobéissance, car non violentes, caractérisent toutefois une véritable résistance à l’oppression.

 

 

L’effectivité du droit de résistance se trouve peut-être alors au sein des effets symboliques que la proclamation d’un tel droit peut avoir sur les consciences et les actions des individus. Du point de vue de l’individu, se référer à un droit de résistance supérieur, c’est accepter pour soi et pour les autres une liberté d’action et de penser.

 

 

Les nouvelles formes de résistance à l’oppression s’inscrivent dans une évolution sociétale, humaniste et irréversible à l’échelle de la planète, avec le rejet d’une société assurant la domination de l’homme par l’homme.

 

Cette étape de libération a conduit l’homme à imaginer aujourd’hui d’autres formes d’oppressions, notamment une certaine forme de domination économique, contre laquelle se sont créées des forces de résistances.

 

A une vision économique mondiale, dominante et écrasante, doit répondre une vision économique plus humaniste, multiple et respectueuse des différences. Sont ainsi apparus des mouvements de résistances tels que la lutte pour les droits humains (IVG par exemple), la paix, les droits syndicaux, l’alter mondialisme. Bien sûr les formes de luttes de cette résistance à l’oppression sont aujourd’hui diverses et complémentaires : grèves, boycotts, lobbyings, votes, etc.

 

 

Il existe pourtant une forme de résistance à l’oppression connue depuis longtemps : le rire. « Castigat ridendo mores », « Châtie les mœurs par le rire », dit un proverbe ancien de la Rome antique.

 

Freud lui-même a considéré l’humour comme un mouvement de résistance à l’oppression. L’humour est le mode de réaction accessible à chacun pour marquer sa propre liberté. « Lorsque l’humour disparaitra, la barbarie se généralisera » dit Freud. Le propre des régimes autoritaires et totalitaires est de manquer d’humour : Staline ne riait pas, Pinochet non plus.

 

 

 

 

Rire pour ne pas périr. Pierre Dac, dans sa première allocution à la BBC, le 30 octobre 1943, a parfaitement illustré cette forme de résistance par l’humour :

 

« D’aucuns – dans le camp collaborationniste, s’entend – ne vont pas manquer de s’écrier : « Un loufoque à la radio de Londres, cette fois, c’est complet ! » Et de ricaner, et de faire de fines plaisanteries en se mettant de grands coups d’eau de Vichy derrière la croix gammée, histoire de souligner le grotesque de l’événement.

De la loufoquerie, certes, j’en ai fait et je ne cherche en aucune manière à m’en défendre, mais je l’ai faite en un temps où l’on avait encore le droit de rire en France ».

 

L’humour produit comme une sorte d’exorcisme collectif qui soude la population contre la tyrannie. « Echange une peinture de Van Dyck contre une grand-mère aryenne », proposait ainsi les juifs d’Allemagne après 1933.

 

Les États-Unis se sont également servis de l’humour pour faire prendre conscience de ce qui se passait en Allemagne. Les films américains étaient destinés à mobiliser le public contre le IIIème Reich : Charlie Chaplin était l’homme prédestiné pour opposer une réponse cinématographique à l’imagerie ampoulée des nazis, avec son film Le Dictateur.

 

 

Historiquement, l’humour a toujours créé des espaces de liberté. Toutefois, un rire tiède, de pur divertissement, et une dérision généralisée remplacent petit à petit le rire de résistance.

 

Est-ce si grave ? Assurément, car « le rire de résistance est le dernier rempart contre l’abus de pouvoir » déclarait Philippe Val, patron de Charlie Hebdo.

 

C'est là toute l'ambiguïté du rire : il bascule vite de la dérision au dérisoire. Et désamorce au lieu de résister. « L'humour permet d'attaquer publiquement des cibles haut placées, mais, en rendant l'expression de l'agression socialement acceptable, il la prive d'une partie de sa force », écrit l'historienne Amandine Regamey dans son livre sur la Russie soviétique (Prolétaires de tous pays, excusez-moi !, 2007).

 

Certains pensent que les histoires drôles politiques étaient inventées par le KGB lui-même, afin de laisser s'exprimer les frustrations et d'éviter des attaques plus sérieuses contre le pouvoir.

Ce vieux soupçon existait déjà sous les rois de France, avec leurs fameux fous qui ritualisaient la contestation. La liberté de ton laissée au bouffon est l'ultime ruse du pouvoir pour garantir sa pérennité.

 

Cette logique de récupération a traversé les siècles. Au début des Guignols de l’Info, certains hommes politiques caricaturés ont commencé par protester. Puis, rapidement, ils l'ont vécu comme un signe de reconnaissance, presque une consécration. Ceux qui n'avaient pas de marionnette ont alors commencé à se plaindre en envoyant des lettres à la production. Quelques années plus tard, on les accusera même d'avoir favorisé l'élection de Jacques Chirac en 1995 en le rendant sympathique...

 

 

Le rire ne serait-il pas aujourd’hui le seul parti d’opposition en France ?

 

Car la résistance aux nouvelles formes d’oppressions ne nécessite plus désormais le renversement du pouvoir politique, mais réside plutôt dans la volonté de remettre en cause un système, devenu moins démocratique. C’est toute la différence entre le révolté et le révolutionnaire. La volonté du révolutionnaire a un contenu émancipateur. La résistance à l’oppression se trouve, elle, dans cet objectif émancipateur.

 

A l’image de la FM qui nous émancipe pour devenir des hommes libres.

 

J’ai dit.

 

P.G.

 

 

 

L'abolition de l'esclavage.

 

Devant devant ma page blanche j'ai découvert qu'avant d'aborder son abolition, mes connaissances sur l'esclavage étaient d’une minceur affligeante et plus s'appuyer sur une ancienne culture cinématographique de Ben-Hur, Spartacus ou autre Autant en emporte le vent, qu'être issues d'un réel savoir.

 

Au fur et à mesure de mes lectures, il m'est apparu impossible de comprendre l'abolition de l'esclavage si nous ne la rattachions pas à des faits marquants de cette odieuse pratique. Finalement, il m’a semblé indispensable d’aborder en premier l’esclavage si je voulais comprendre les actions pour son abolition de prestigieux F...  comme l'abbé Grégoire ou Victor Schœlcher.

 

 

Depuis que l'homme, qu'il soit de Néandertal ou Sapiens-sapiens, a commencé à peupler notre terre, il a, au travers de ses expéditions guerrières, compris qu'utiliser les vaincus comme garde-manger, puis comme objet à tout faire représentait de nombreux avantages procurant pouvoirs, richesses et plaisirs en tous genres. Il a également découvert les capacités de reproduction bon marché de «cette matière première» ;  bon marché car dans un temps encore récent, en Afrique, un cheval valait à minima 20 esclaves...

 

A cette réalité économique s'est rapidement ajoutée, dans toutes les religions primitives, une dimension rituelle de l'esclavage avec l’exécution de sacrifices humains. Ce besoin de fournir  aux dignitaires religieux des esclaves débouchera très vite sur leur commerce : le premier contrat de ce type de vente d'un individu de sexe masculin a été découvert en Mésopotamie en 2600 avant JC.

 

Dans une antiquité plus proche, cet avantage donné aux vainqueurs de tout conflit a perduré. Partout dans le monde, on trouve des esclaves bons à tout faire: à Sparte, par exemple, l’ilote qu'on enivre à mort pour prouver aux enfants les méfaits de l'alcool et les inciter en toute occasion à conserver la maîtrise d'eux-mêmes en est une illustration.

 

Pour tous, sous toutes les latitudes, l'esclavage est profondément ancré dans la société. C'est un pilier économique et culturel de toutes les civilisations l'inscrivant comme faisant totalement partie de la nature humaine.

 

«L'utilité des animaux privés et celle des esclaves sont à peu près les mêmes ;  les uns comme les autres nous aident par le secours de leur force corporelle à satisfaire les besoins de l'existence ….l'esclavage est un mode d'acquisition naturel»  Aristote Politique 1,4,7

 

Rome, au plus fort du développement  de l'Empire, a porté à son summum son organisation. Il a hiérarchisé les esclaves en eux. Esclaves ruraux, domestiques pouvant devenir secrétaires administratifs ou précepteurs, esclaves publics travaillant à des travaux d'intérêt général ou dans les mines, gladiateurs, galériens et prostituées représentent au I er siècle, environ 30% de la population totale d'Italie soit plusieurs millions d'individus. A titre d'information, notre Vercingétorix n'était pas tout seul à prendre le chemin de Rome. A l'issue de la guerre des Gaules, César l'aurait fait accompagner par environ 500 000 à 1 000 000 de gaulois et autres Francs.

A la même époque, la fin des guerres puniques avait amorcé la « pompe africaine » avec l'arrivée des nubiens, eux-mêmes issus de circuits d’approvisionnement datant des pharaons.

 

Dans toute l'antiquité, l'esclavage permettait l'enrichissement éhonté (déjà!) des élites et ce, en toute légalité. L'esclave était qualifié par le nom commun latin, «Servus » qui signifiait à la fois à la fois l'étranger et l'esclave prouvant la perception qu’en avait toute la société romaine. Le verbe conserver, c'est à dire garder en vie, a également une racine commune avec Servus. En Français, Servus donnera le mot Serf prouvant là aussi, la propension des plus puissants à classer les  plus faibles en objets utilitaires, en «sous- hommes».

 

La chute de l'empire romain et l'apparition du monde chrétien puis musulman ne procurent pas de modifications significatives à cette triste réalité. Dans les versions en langue d'origine des trois livres saints, nous trouvons 800 références dans la Bible, 200 dans le Nouveau Testament et environ 29 dans le Coran à l'esclavage. Si au fil du temps, les prédicateurs de chaque religion ont eu tendance à rejeter la responsabilité du maintien de cette barbarie sur ceux d'en face, afin de les aider à gagner de nouveaux fidèles ou de nouveaux territoires, aucune de ces mentions dans les livres saints ne condamne explicitement sa poursuite. Tout au mieux, elle en codifie la pratique.

 

Pour combattre les caricatures simplistes trop souvent à la mode actuellement, nous devons cependant souligner que les nouvelles religions ont pourtant participé à la lente évolution du regard de l'homme sur l'esclavage. Tout d’abord dictée par une recherche de cohérence théologique, cette première prise de conscience n'aura qu'un impact très modéré chez le plus grand nombre et «sur le terrain» et les hommes s’accommoderont pleinement de ces évolutions religieuses tout en continuant sans aucune gêne leur commerce d'esclaves.

 

Dès leurs créations, les empires perse, arabe puis ottoman pratiquent systématiquement l'esclavage mais le Coran interdisant la réduction des croyants en esclaves, les africains non-musulmans vivants dans le Sahel deviendront très rapidement des proies de substitution. Ce fait religieux est déterminant car il conditionnera l'Afrique constituant la racine du fléau qui  «déconstruira» sa société au fil des siècles jusqu'à ce jour. Même si la comptabilité de ces sinistres commerces n'existent pas encore, les estimations raisonnables des victimes de cette première traite orientale sont situées entre 8 à 14 millions sans compter les millions d'africains qui ont disparu avant même avoir été vendus aux arabes puis plus tard, aux occidentaux. On peut aisément multiplier par 2 ou par 3 ces chiffres pour apprécier la réalité du fléau surtout si on le rapporte au nombre d'habitants des populations de l'époque.

 

Du XIII ème au XV ième siècle, cette traite africaine s'amplifiera entraînant l'existence d'un état de guerre permanent avec les razzias destinés à alimenter les rezzous s’étendant des états soudanais à plus de la moitié des territoires du continent africain.

 

En Afrique occidentale, les royaumes Songhai du Ghana, Ségou (aujourd'hui Mali) déciment dans leurs guerres fratricides les tribus Iforas, Haoussa, Bornou, Khanem ou Ouaddas qui les peuplent. Lentement ce processus mortifère se propage dans la zone équatoriale avec une traite intra-africaine généralisée. Les nouveaux pourvoyeurs et «consommateurs» deviennent les royaumes Ashanti, du Dahomey, du Gabon, du Bénin puis le royaume du Kongo, actuel Angola et pour le marché ouest, l'empire du Mwene Mutapa (actuel Mozambique).

 

En Occident à la même époque, l'esclavage devient un grand marché dont les traites maritime et terrestre sont les supports logistiques. Venise en est la plaque tournante, «le hub central» dirait-on aujourd'hui. En 1204, à la chute de Constantinople, ses marchands ont découvert et se sont formés à la traite terrestre organisée depuis des temps immémoriaux en Asie Mineure. Disposant d'une force commerciale acquise grâce à une quasi-suprématie en Mer méditerranée, ils vont immédiatement détourner cette source d'immenses revenus à leur profit.  Les vénitiens vont commencer par se servir au plus près sur la côte dalmate puis ensuite pour répondre à une demande forte, aller chercher des esclaves dans des contrées plus lointaines même si souvent, ils parent au plus pressé, en pillant les îles grecques. Les slaves avec les tartares du Don, les russes et les circassiennes ou autres habitantes de toute la chaîne du Caucase qui passent déjà pour très belles, sont prisées sur les marchés ottomans ou espagnols. Après avoir vendu leurs captures aux Sarrazins et pour ne pas rentrer à vide, les Vénitiens reviennent avec des condamnés de droit commun arabes puis des noirs, hommes et femmes qui viendront remplir les galères et les bordels de la cité des doges ou d'autres villes en Occident (Gênes, Syracuse, …).

 

«L'esclanovie», terre peuplée d'esclavons c'est à dire de slaves, devient le terrain de chasse privilégié des vénitiens, introduisant d'ailleurs à cette époque, le mot esclave dans notre langue qui remplace alors le terme latin initial.

 

En aparté, ne soyons pas les seuls à battre notre coulpe, les égyptiens, les incas, les arabes à partir de la corne africaine et du sahel et les royaumes africains s'adonnaient tous à ces pratiques barbares. Les lointains chinois comme d'autres peuples orientaux avaient eux aussi recours à l'esclavage à grande échelle (déjà). Ils sont même venus faire leurs emplettes (les chrétiens étant les produits de luxe de l'époque) jusque sur les marchés ottomans. On considère que seules, les trois villes de Tripoli, Alger et Tunis ont vu transiter plus d'un million d'esclaves durant cette époque médiévale.

 

Dès le XVème siècle; avec la découverte de l’Amérique, la situation bascule dans une autre dimension. Le besoin immense de main-d’œuvre Outre-Atlantique agit comme un engrenage qui va entraîner toute notre civilisation dans cette gigantesque et criminelle entreprise.

S'appuyant sur l'existence de circuits développés à partir de no-man's land juridiques constitués  par des îles lointaines dont avaient pris possession des aventuriers ou autres pirates pour fournir en personnel totalement servile les grandes «latifundia» espagnoles, portugaises et les marchands arabes, des circuits réguliers se constituent. A partir des Açores, de Madère, du Cap-Vert, à Sao-Tomé ou dans la petite Ile d'Arguin où ont été créés des comptoirs,  l'esclavage à grande échelle se met en place sous l'égide principalement des portugais, afin de satisfaire aux besoins de la culture de la canne à sucre aux Antilles puis au peuplement du Brésil.

 

Les autres puissances maritimes ne restent pas passives et immédiatement, en parallèle à leurs avancées néo-coloniales s'organisent en conséquence. Principalement entre l'Afrique, les Antilles et l'Amérique du Nord puis vers les ports européens, la traite de l'Atlantique instaure le commerce triangulaire. C'est un gigantesque circuit où seront déportés 12 à 15 millions d'hommes. Dans un sinistre palmarès européen, la France occupera la quatrième place des puissances esclavagistes derrière le Portugal, l'Angleterre et l'Espagne.

 

 

Ces dernières années, j'ai traversé au minimum 2 fois par jour la place de la Bourse à Bordeaux. Je ne me suis jamais lassé de son éclatante beauté. Sa  construction majestueuse est dû à la prospérité de cette ville au XVIII ème siècle dont une partie non négligeable provenait de cette sordide activité.  Sans vouloir en aucune mesure relativiser la responsabilité de cette ville dans un commerce appelé pudiquement par les familles françaises de « bois d'ébène », il faut savoir que ce port a eu une activité triangulaire identique à celui de La Rochelle, représentant le quart de celui de Nantes mais surtout le dixième de la seule ville de Liverpool. Par extrapolation, cette magnificence démontre l’importance économique qu’a pu  représenter ce commerce dans la construction des empires, principalement britannique et portugais.

 

Souvent pointé du doigt de façon trop facile, ces signes apparents de richesse de nos grands ports français ne sont que des «tous petits» témoins de cette réalité, où l'esclavage comme nous avons pu le voir précédemment faisait partie intégrante de notre «civilisation». Il était un formidable vecteur de production et de puissance économique pour tout notre vieux monde. Oui, La France est restée très longtemps première puissance européenne par les retombées financières de ses colonies et la perfide Albion n’a pu financer ses guerres contre elle, que grâce pour partie, au sang de ses esclaves. A la veille de la Révolution Française, un emploi sur huit en métropole dépendait directement des activités des territoires extérieurs et la traite représentait une part non négligeable de celles-ci

 

Alors, comment ces phénomènes massifs et séculaires que sont l'esclavage et la traite ont-ils pu disparaître ?

 

Attention aux vérités tronquées, aux raccourcis historiques et à la mémoire partisane et sélective. Pas de Deus ex machina! L'abolition de l'esclavage a été fruit d'une très très lente prise de conscience des hommes sur l'anormalité d’une telle institution. Tout au long de l’histoire humaine, cette transformation aura été sans cesse nourrie par les événements tragiques provoqués par des hommes et de femmes qui, soit refusaient leurs conditions d'esclaves,  soit s'interrogeaient sur la justification de telles pratiques qu'ils en soient les spectateurs ou les victimes. Également, il ne faut pas se voiler la face, la condition des esclaves a été remise en cause par des individus ou des groupes sociaux recherchant une meilleure productivité que celle issue d’esclaves misérables et incompétents. De même, dans les milieux chrétiens et principalement chez les protestants, l’incohérence d’une justification d’une telle pratique a aussi été un obstacle à la bonne d’évangélisation des peuples africains ou amérindiens des pays conquis.

 

Ces deux sources d’interrogations sur l‘esclavage n’étaient d’ailleurs pas nouvelles:

  • Dans l’antiquité, l’importance pour le peuple juif emmené en captivité en Egypte et en Mésopotamie est soulignée sans cesse dans la Bible. Cette délivrance du peuple élu a certainement conditionnée de façon souterraine comme par la suite, le culte de l’amour d'autrui dans la religion catholique, notre culture judéo-chrétienne avec la présence inconsciente chez nombre d’européens, du rejet d’une telle pratique.
  • A Athènes comme à Rome, certains avaient pu mesurer les avantages économiques de l’affranchissement par rapport à ceux d'un esclavage brutal.

 

A ces deux réalités s’ajoutera dès le haut moyen-âge, un autre fait qui viendra bousculer l’ordre établi. Les mondes musulman et chrétien s'affrontent et tentent chacun d'extraire  leurs coreligionnaires des mains ennemis. Pour organiser leurs échanges ou leurs rachats, ils rédigent des règlements qui constituent les premières décisions anti-esclavagistes.

 

Dès 1135, Louis VI, Philippe le Bel puis Louis X le Hutin le 3 juillet 1315, vont prendre des édits royaux modifiant les conditions de vie puis libérant les serfs signifiant ainsi la suppression de l’esclavage en France.

 

«Le sol de France affranchit tout esclave qui le touche »  Louis X

 

En 1335, la Suède puis la Finlande suivent à leur tour cet édit en abolissant l’esclavage sur leurs terres.

 

Dans le même temps, à Salamanque, Bartolomé de Casas se met à affirmer l’unité de l’espèce humaine. A Valladolid, on découvre la présence d’une âme chez les amérindiens. Certes les noirs seront les victimes collatérales de cette dernière décision qui n’en constitue pas moins une avancée majeure contre l'affirmation de l'inégalité des hommes entre eux, pierre angulaire de la justification de l’esclavage.

 

En  1440, une première bulle du pape Nicolas V, s’oppose à la prise en esclavage d’africains mais elle n’est pas entendue et, rapidement les gigantesques profits réalisés dans les nouvelles Amériques vont balayer toutes les volontés d'une partie de l'église de modifier cette triste réalité humaine.

 En Fra  nce comme dans tous les pays présents sur mer, on créera de prestigieuses compagnies comme celle de la Compagnie des Indes ajoutant en toute légalité la traite des noirs à leurs fructueuses activités commerciales. Les codes noirs les plus abjects sont rédigés. Les pays puissants s’organisent en conséquence. Ils signent des accords de commerce entre eux. En 1701, l’Espagne concède à la France un accord d’exclusivité pour tout son commerce d’esclaves africains.

 

A cette époque, seuls les combats perdus d’esclaves fuyant leurs conditions par le marronnage ou le plus souvent des révoltes impitoyablement réprimées viendront sensibiliser une petite partie de l’opinion publique alors que pendant ce temps, ce monstrueux commerce devient  déportation de masse.

 

Pourtant malgré cette affligeante réalité que rien ne semble combattre, une révolution intellectuelle et philosophique va apporter une déflagration dans cette institution bien huilée. 

 

Ce sont les lumières du XVIII ème siècle qui portent les premières condamnations les plus radicales de l’esclavage. D’abord en Angleterre, relayé par des prédicateurs dissidents de l’Église officielle, un courant se propage simultanément dans le nouveau monde et en France. Il trouve immédiatement un accueil favorable chez les libres penseurs.

 

Chez certains, à l'instar de Voltaire, la prise conscience est progressive mais tous se radicalisent dans leurs combats:

 

« Les chiens, les singes, les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible. » Candide

 

Certains deviennent de plus en plus virulents:

 

Jean-Jacques Rousseau, qui juge dans le Contrat social que « ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires, ils s’excluent mutuellement », dénonce toute entreprise coloniale dans le Discours sur l’origine de l’inégalité entre les hommes (1754) et dans le Discours sur l’économie politique qu’il rédige pour l’Encyclopédie de 1758.

 

« Après avoir parcouru l’histoire de l’esclavage, nous allons prouver qu’il blesse la liberté de l’homme, qu’il est contraire au droit naturel et civil, qu’il choque les formes des meilleurs gouvernements, et qu’enfin il est inutile par lui-même ……….

Les peuples qui ont traité les esclaves comme un bien dont ils peuvent disposer à leur gré, n’ont été que des barbares. »

 

La parution de l’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes de l’Abbé Raynal en 1770, et surtout celle Des Réflexions sur l’esclavage des Nègres écrit par Condorcet sous le pseudonyme de Joachim Schwartz en 1781, donnent un  nouvel élan à ce courant transformant le combat initial contre la seule traite en exigence de la suppression totale de l'esclavage. Ils sont relayés par les écrits de Diderot, du chevalier de Jaucourt, de Rousseau ou d’Olympe de Gouges qui se mettent à inonder le vieux continent des sources inépuisables d’arguments.

Très rapidement aux anathèmes des philosophes se joint le verdict des économistes: Mirabeau, Dupont de Nemours, Turgot, Adam Smith et  toujours Condorcet, présent sur tous les fronts. …

Par ailleurs, des esprits généreux comme celui de La Fayette, en communion avec les F... américains que sont Washington, Franklin, Jefferson eux-mêmes nourris par Les Lettres Persanes ou l’Esprit des Lois de Montesquieu et très fortement influencés par Condorcet, prennent tant en Amérique du Nord que du Sud, les premières décisions de « terrain » qui conduisent à la libération d'esclaves et surtout à l'accession de certains à la société des hommes libres. 

 

Comme en Angleterre, des sociétés anti-esclavagistes se créent pour faire pression sur les gouvernements. La plus célèbre sera La Société des Amis des Noirs, créé par Brissot et comptant rapidement 140 membres dont Mirabeau, La Fayette, Condorcet, Sieyes, Grégoire,...

 

Le résultat de cette mobilisation sans précédent de l'élite française conduit Louis XVI dès 1776 à promulguer l'interdiction de posséder des esclaves sur le territoire français et le 8 mai 1779, abolit par ordonnance le servage, le droit de suite et affranchit de «tous les mains mortables, les hommes de corps, les taillables ou mortaillables» de la totalité du domaine royal.    

Dès la fin du XVIIIe siècle, une cinquantaine de cahiers de doléances, rédigés en vue de la tenue des États généraux, estiment nécessaire la suppression de l’esclavage dans les colonies.

Malgré une première décision du 8 mars et du 12 octobre 1790 de l'Assemblée Constituante rejetant «L'Adresse à l'Assemblée Nationale pour l'abolition de la traite des Noirs» présenté par Brissot, l'abolition de l'esclavage est votée pour la France et toutes ses colonies ou territoires Outre-Mer le 4 février 1794.

Cette décision qui est à inscrire au sommet des grandes et belles décisions de l'histoire de l'humanité ne sera malheureusement pas suffisante. Le XIXème siècle nous montrera que les retours en arrières ou autres interrogations des différents gouvernements influencés par les innombrables groupes d'intérêts esclavagistes rendront le combat âpre avant d'arriver  en 1889 à son abolition officielle sur tous les continents contrôlés par les puissances occidentales.

Comme l'heure est bien avancé, et qu'arborder cette deuxième phase de l'abolition de l'esclavage est devenu impossible, que pouvons nous retenir de ce premier chapitre:

  •  Les voix qui se sont élevées au XVIIIeme siècle sont celles des précurseurs qui, sans le savoir, ont construit les bases suffisamment solides  pour que le courant abolitionniste français et international puisse à nouveau prospérer à partir de 1820.
  •  S'il pourrait paraître présomptueux d’affirmer que nos F... sont à l’origine de la prise cette prise de conscience contre l'esclavage, force est de constater qu'ils sont bien nombreux à y avoir participé.  Certes, comme nous l'avons vu de nombreux esprits éclairés par d'autres courants de pensées que le nôtre ont œuvré dans ce combat mais il suffit de reprendre la liste des noms énumérés dans cette note pour se dire qu'à une ou deux exceptions près:  Ils étaient tous F. M... !

-  Alors, la F. M... peut-elle revendiquer la paternité de l'abolition de l'esclavage, assurément non! Dans une nouvelle planche que je me réserve de faire, nous étayerons cette affirmation. En effet, au cours des luttes du XIXème pour arriver à l'abolition, toutes les sphères d'influences de la société seront mobilisées entraînant des scissions en leur sein. Nos obédiences n’échapperont pas à ce clivage avec des frères dans la lumière et d'autres plus dans l'obscurité, ces derniers  allant même jusqu'à affréter des navires négriers. D'ailleurs, dans les retranscriptions des Constitutions d'Anderson de l'époque, ne lisons nous pas:

«Les esclaves, les femmes, les gens immoraux ou déshonorés ne peuvent être admis,  seulement les hommes de bonnes réputations»

- Sans tomber dans une béatification facile de nos aînés, propices d'ailleurs à alimenter les stupides théories complotistes qui nous sont hostiles, nous pouvons cependant constater que le siècle des lumières est un moment magique de notre histoire, véritable explosion de la pensée humaine dans ce qu'elle est capable de meilleur. Cet instant de grâce a été le fruit d'une petite élite d'initiés qui tous, par des talents individuels exceptionnels ont su se transcender. Le «principal matériau»  qui a su cimenter ces individus dont les plus représentatifs étaient des F..., leur donner à chacun une force intérieure capable de porter au plus haut leurs convictions est certainement la F.M...  Pour moi, dans ce combat contre l'esclavage, la pensée F.M... n'a pas été la principale source de lumières mais l'eggregore qui les a unis, elle, a permis à tous ces remarquables penseurs de libérer avec passion et conviction le meilleur d'eux-même.

J'ai dit V. M.

D.F.

 

NOVUS ORDO SECLORUM

ou l'Oeuvre maçonnique.

 

 

 

La Franc-Maçonnerie se pense comme un « centre d'union entre des sensibilités qui travailleraient à leur construction intérieure ». Son « crédo » figure dans le Préambule de ses Constitutions, sorte de Manifeste inspiré par Newton édicté en 1723 :

 

« Bien que dans les Temps Anciens les Maçons fussent obligés dans chaque pays d'appartenir à la Religion de ce Pays ou de cette Nation, quelle qu'elle fût, il est maintenant considéré comme plus opportun de seulement les soumettre à cette Religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, qui consiste à être des Hommes Bons et Honnêtes ou Hommes d'Honneur et de Sincérité, quelles que soient les Dénominations ou Croyances qui puissent les distinguer ; ainsi, la Maçonnerie devient le Centre d'Union et le Moyen de concilier une véritable Amitié parmi des Personnes qui auraient dû rester perpétuellement éloignées. »

 

A partir de ces quelques lignes, presque négligemment rédigées et pourtant d’une portée radicalement novatrice au sortir d’un XVIIéme siècle encore enténébré par les superstitions, la Franc-Maçonnerie prit rapidement son essor qui fut irrésistible.

 

« Ordre initiatique universel fondé sur la Fraternité » ou « Alliance d'hommes libres de toutes confessions - sans y être étrangers », la Franc-Maçonnerie rayonne d’abord en Ecosse et en Angleterre puis immédiatement en France et aux Amériques.

 

A son commencement, les Loges sont composées d’élites roturières ou aristocrates, plus rarement issues du clergé. Leur proximité avec les Sociétés Savantes (Royal Society en Angleterre ; Salons philosophiques en France) leur confèrent un incontestable prestige à telle enseigne qu’une Loge telle « Les Neuf Sœurs » à Paris pourra réunir en son sein, avant la Grande Révolution, la presque totalité du mouvement des « Lumières » de France et d’Amérique.

 

Comme elle professe la Tolérance, c'est-à-dire la cohabitation entre les religions, la Franc-Maçonnerie les relativise autant qu’elle les irrite. Elle devient rapidement un outil d’émancipation que la bourgeoisie, force ascendante des temps nouveaux, met au service de ses ambitions.

 

Dans son discours du 23 février 1869 à Neufchâtel, le « frère » Bakounine évoque bien ce moment : 

 

« Ayant réuni en son sein, à très peu d’exceptions près, tous les esprits d’élite, les cœurs les plus ardents, les volontés les plus fières, les caractères les plus audacieux, elle avait constitué une organisation active, puissante et réellement bienfaisante. C’était l’incarnation énergique et la mise en pratique de l’idée humanitaire du XVIIIème siècle. Tous ces grands principes de liberté, d’égalité, de fraternité, de la raison et de la justice humaine, élaborés d’abord théoriquement par la philosophie de ce siècle, étaient devenus au sein de la Franc-Maçonnerie des dogmes politiques et comme les bases d’une morale et d’une politique nouvelles, l’âme d’une entreprise gigantesque de démolition et de reconstruction »

 

Ordo ab Chao

 

 

De cette alliance entre le Monde des idées et celui de la libre entreprise que la Franc-Maçonnerie fédère à cette époque, de l’action de ces hommes nouveaux pénétrés des vertus antiques, irréductiblement engagés dans la cause de la Liberté, de cette conviction de l’universalité de valeurs communes à tous les hommes malgré leurs dissemblances, résultera l’avènement d’un «Novus Ordo Seclorum » (Nouvel Ordre Séculier) qui structure désormais notre civilisation.

 

« On a accusé la franc maçonnerie de je ne sais quelles clandestines et mauvaises conspirations. Je lui en connais une dont je la loue sans réserve. C'est au milieu des aigreurs ou des violences du fanatisme, la conspiration de la tolérance. » Émile Littré

 

 

 

Sur le Grand Sceau des Etats-Unis (The Great Seal), L’œil divin (God) et le Faucon (Horus)

approuvent la création (Annuit Cœptis)

du Nouvel Ordre laïc et Séculier (Novus ordo seclorum)

ou Tous ne font plus qu’Un (E pluribus unum)

Projet du billet portant la demande de rectification et la signature de Roosevelt. Le Secrétaire à l'Agriculture des Etats-Unis, Henry A. Wallace et le Secrétaire au Trésor Henry Morgenthau Jr., eux aussi francs-maçons, ont également signé

 

 

 

 

Evènements dont les principaux acteurs furent initiés à la franc maçonnerie

 

L’Encyclopédie

 

 

Philosophes des Lumières (Rousseau excepté)

 

 

Déclaration d’indépendance Américaine

Constitution des États Unis

 

 

Washington, Franklin, La Fayette…

Pères Fondateurs

 

 

Déclaration des droits de l’homme  Constitutions de la Révolution

 

 

Principaux acteurs de la Révolution toutes tendances opposées confondues

 

 

Code Civil des Français

 

 

Principaux Jurisconsultes

 

 

Révolutions de 1830 et 1848

 

 

Charbonnerie, La Fayette, Blanc, Raspail, Ledru-Rollin, Arago

 

 

Indépendance de l’Amérique Latine

 

 

Bolivar, Marti, de Miranda, de San Martin, Louverture

 

 

Abolition de l’esclavage

 

 

Grégoire, Schœlcher

 

 

Unité Italienne – Risorgimento

 

 

Carbonarisme, Garibaldi, Mazzini, de Cavour

 

 

Séparation de l’Eglise et de l’État Enseignement public

 

 

Gambetta, Ferry, Grévy…

 

 

Conventions de Genève                   Croix Rouge

Internationale

 

 

Dunant

 

 

Société des Nations

 

 

Bourgeois

 

 

Laïcité Turque

 

 

Ataturk

 

 

1ère République Russe

 

 

Prince Lvov, Kerenski

 

 

1ère République Chinoise

 

 

Sun Yat Sen

 

 

Lutte contre la Nazisme

 

 

Churchill, Roosevelt, divers Résistants

 

 

 

 

Exemples de Sceaux des États d’Amérique Latine frappés de symboles d’inspiration maçonnique : Soleil, Étoile flamboyante, Attouchements, Cornes d’abondance, Faucon Horus, Pyramides, Faisceaux des Licteurs et Bonnet Phrygien

 

 

 

 

Les penseurs, philosophes ou hommes de lettres initiés à la franc-maçonnerie furent nombreux. Une centaine !

 

Le XVIIIéme siècle en a produit une moitié ;

le XIXéme siècle, trente pour cent à peu près et le XXéme siècle le reste.

 

La perte de rayonnement de la franc-maçonnerie dans le Monde des Idées est ainsi manifeste à mesure que le temps s’écoule.

 

Nos gloires intellectuelles vinrent de tous pays, de France surtout - un tiers ; des iles Britanniques ou d’Amérique du Nord, pour un autre tiers ; le Monde germanique fut grand contributeur, comme aussi l’Italie ou la Russie. D’autres moins nombreux nous écrivent d’Amérique du Sud, de Perse, de Turquie, d’Inde, de Suisse ou même de Chine.

 

Tous eurent la Liberté pour passion, celle des opinions et des confessions, celle de l’expression. Ils contribuèrent aussi à l’Égalité des droits. Plus rares furent ceux qui voulurent tendre à une égalité des conditions; Ils furent partagés entre le républicanisme et le respect du système monarchique pourvu qu’il soit contraint par une constitution. Tous exécrèrent l’absolutisme et l’intolérance religieuse. Ils furent majoritairement déistes.

 

Formons le vœu, qu’aux glorieux exemples de ses penseurs illustres, elle porte encore des fruits.

 

VB

 

 

 

CATHOLIQUE ET FRANC-MACON

 

 

A la Gloire du GADLU qui par ailleurs se traduit pour moi en « Glória in excélsis Deo et
in terra pax homínibus bonae voluntátis»


En préambule, je tiens à préciser que ce travail n’a aucune vocation prosélytique mais qu’il
n’est que mon témoignage, un témoignage parmi d’autres.


Comment devient-on catholique ?


En dehors des catéchumènes adultes qui accomplissent une démarche positive, on entre
dans la chrétienté (comme d’ailleurs dans toute religion) par tradition familiale, parce que
des Parents emprunts d’une Histoire (avec un grand H) à laquelle ils ont adhérée et qui
façonne leur Vie, veulent la perpétuer et l’enseigner aux générations successives.


L’Histoire qu’on m’a enseigné est celle d’une partie de l’Humanité, Histoire à laquelle j’ai
adhérée et qui fonde la civilisation judéo chrétienne à laquelle j’appartiens:


Histoire dont le socle (sans remonter trop loin) démarre 1800 ans av. J.C. quand Abraham
(qui vivait entre le Tigre et l’Euphrate, actuellement l’Irak) reçut de Dieu l’ordre de partir
avec sa famille, vers la Palestine), à 600 km de là, en lui promettant de donner cette patrie
à ses descendants et d’en faire une nation particulière, Israël, par laquelle le monde entier
serait béni, par laquelle Dieu ferait connaître son amour à toutes les nations, c’est ainsi
qu’apparut la Terre Promise (morceau de terre alors désertique fruit de tant de convoitise)
Plus tard la famine obligea Jacob (petit fils d’Abraham) à conduire les siens en Egypte.
Après une période assez prospère, les descendants d’Abraham (appelée peuple d’Israël
ou même Israel tout court) fut réduite en esclavage, travaillant à la construction des
grands édifices des pharaons. Dieu chargea alors Moise de libérer ce Peuple et de le
reconduire en Terre Promise (Canaan).


Israël eu par la suites des relations difficiles avec les pays voisins du Proche-Orient. Israel
fut dirigé par quelques Grands Rois dont notamment David, qui assura la sécurité du pays
contre ses ennemis (vers l’an 1000 av. J.C.) et bien entendu le sage Salomon le bâtisseur
du Temple de Jérusalem, notre inspirateur.


Mais sous l’oppression de certains Rois, le peuple se divisa en un royaume du Nord qui
prit le nom d’Israël, et tomba quelques temps plus tard sous le joue des assyriens et la
partie Sud autour de Jérusalem, connue sous le nom de Juda qui par la suite fut envahie
par les babyloniens qui détruisirent Jérusalem. Puis Babylone elle-même s’écroula,
victime du roi Perse, Cyrus, qui permit aux juifs de retourner en Terre Promise et de
reconstruire le Temple et les Murailles de Jérusalem.


Pendant les quatre siècles qui suivirent Israël vécut sous la domination étrangère, et
aspirait à la Liberté. Les prophètes parlaient d’un Sauveur à venir, qui les libérerait de tous
leurs ennemis jusqu’au jour où un nouveau prophète, Jean-Baptiste, annonça l’arrivée
imminente du messie tant attendu et c’est sur cette séquence que débutera les évangiles
du nouveau Testament, qui nous présentent ce sauveur-messie: Jésus.


C’est à partir de là que les choses se compliquent au plan théologique. En effet, l’arrivée
de JC dans cette Histoire y introduit de nouvelles dimensions fondamentales que sont
l’Incarnation (Dieu fait Homme), l’Immaculée Conception, la Résurrection, la Sainte Trinité
et enfin un nouvel Ordre à savoir la Sainte Eglise Catholique et Apostolique.

 

Toutes ces dimensions indémontrables fondent la Foi de la religion catholique.


Que l’on ait ou non la Foi, force est de constater que le personnage de JC a marqué une
étape dans l’histoire de l’Humanité au point qu’on la narre en un avant et un après Jésus-
Christ.
Pour aller vite, je dirais que ce la religion catholique se démarque par deux éléments
fondamentaux:
a) La Rédemption de tous les hommes par le rachat de leurs péchés sur la croix;
b) L’institution de l’Eucharistie, trait d’union entre Dieu et les hommes, qui n’existe
dans aucune religion.


Comment devient-on FM ?


On le devient parce que un jour un parrain nous y invite, par essence la FM n’est pas un
message, une culture que l’on prêche ouvertement et dans laquelle on baigne dès la
naissance. L’adhésion à la FM peut être comparée à la démarche du catéchumène d’âge
adulte.
Pour ma part, je ne pouvais envisager mon adhésion à la FM que comme une approche
différente et complémentaire à celle de ma Religion et non comme un renoncement à
cette dernière.


Ayant entendu des tas de choses contradictoires sur la FM, j’avoue avoir été rassuré par
le fait que le Regius, le plus ancien texte de la maçonnerie opérative anglaise (datant de
1390 environ) contient dans ses premiers préceptes que: "Tout Maçon doit aimer Dieu et
la Sainte Eglise, et aussi son Maître et ses Compagnons" et qu’il y est même écrit « que
les Maçons prient Dieu le Tout-Puissant et sa douce mère Marie de leur donner la faculté
de respecter les articles et les points comme l'ont fait les quatre saints martyrs qui sont
l'honneur de la corporation » (les quatre Saints couronnés, tailleurs de pierres chrétiens
qui furent condamnés à mort par l’empereur Doclétien au IV eme siècle pour avoir refusé
de réaliser la statue d’un dieu païen).


Avec la pratique, je me rends compte que la maçonnerie est une spiritualité avec sa
perspective propre, son cheminement et ses rites. Elle propose un autre chemin que celui
de la Foi chrétienne, fondé sur d'autres principes et, sauf à être intégriste, il n’est pas
parcourir parallèlement ces deux chemins sur lesquels on retrouve des éléments
communs.
La Religion Catholique pousse indubitablement dans le sens d’ une collaboration entre
tous les hommes de bonne volonté et cela est d’autant plus vrai depuis qu’elle a perdu la
dimension politique qui l’a caractérisé pendant des siècles sous l’Ancien Régime.
Dans la FM, on rencontre effectivement des gens de bonne volonté, différents du milieu
catholique, des gens qui s’inspirent de la philosophie des Lumières, misent sur
l'autonomie individuelle, écartent les arguments d'autorité et veillent à préserver la liberté
de conscience.


Pour certains, l’absence de Vérité, la Quête Initiatique qui anime les FM serait
incompatible avec la Vérité de Dieu dans l’Eglise. Il faudrait choisir l’un ou l’autre.

Personnellement, je ne partage pas cette vision et me range plutôt derrière les
développements du Père jésuite Teilhard de Chardin qui écrivait en 1937 dans « Le
Phénomène Spirituel »: « Le temps est passé où Dieu pouvait s’imposer du dehors
simplement, comme un Maître ou un propriétaire, le monde ne s’agenouillera plus
désormais que devant le centre organisé de son évolution »


Selon ce Père, l’ effort des FM dans la recherche de la vérité, les preuves données de
tolérance, la croyance au progrès et en l’efficacité du travail humain pour le créer, le désir
affirmé d’union et de fraternité sont autant d’éléments de Convergence entre eux et ses
travaux sur un christianisme rénové, réconcilié avec la science, se réédifiant à partir de la
conception d’un Dieu qui ne s’atteint qu’à travers l’achèvement d’un univers qu’il illumine
et imprègne d’amour, l’évolution de l’univers vers le point Oméga i.e. Dieu né de Dieu,
Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu.


Le Pape Léon XIII, mort au début du XX eme siècle condamnait la FM parce que selon
lui elle transformerait radicalement la structure de l’acte de Foi ce qui n’est pas acceptable
pour un chrétien. En ce qui me concerne, je peux dire que mon parcours Maçonnique n’a
pas altéré ma Foi mais la complète et l’éclaire dans l’univers tangible.
Force est de constater que paradoxalement, les religions, dont la vocation est d’unir, ont
été et, pour certaines, sont encore un instrument politique qui sème la division parmi les
Hommes, en prétendant chacune représenter une Vérité exclusive.


Pour moi, la FM universelle es une voie parallèle et non opposée pour qu’ici et maintenant
on favorise cette unité, cette fraternité horizontale entre individus différents les uns des
autres et éloignés culturellement.


Je crois aussi qu’à l’heure du jugement dernier, Dieu, mon Dieu jugera de la même façon
les Hommes de bonne volonté qu’ils aient ou non été baptisés dans l’Eglise car en effet,
comme l’affirmait Jean Jacques Rousseau : « Nul n’est chrétien par le Dogme mais par la
sensibilité et la raison, par la conscience, la Vraie Religion est celle de la présence de
Dieu en nous et dans le monde ».

DISCOURS D’INVESTITURE DU VENERABLE MAITRE
 

 

Mes bien-aimés Frères en vos grades et qualités

 

L’accès à la chaire du Roi Salomon est un honneur redoutable.

Selon les règles intangibles de nos traditions, un nouveau Vénérable Maître n’est pas supérieur à ses prédécesseurs, tous remarquables dans la conduite de notre jeune Loge KLEIO. Nous sommes en progression d’effectifs et je me dois de continuer aussi bien à assumer nos travaux  avec la présence assidue de mes Frères Officiers.

 

Ils caractérisent, harmonisent et humanisent le bon fonctionnement de notre Temple. Le symbolisme du Temple, cosmique, macrocosme et archétype de notre Univers est prégnant, par l’équilibre impulsé par la force de gravité. Pour paraphraser Voltaire et son célèbre aphorisme, un grand horloger semble régir et en orchestrer l’équilibre.

 

Le Temple Univers englobe notre terre nourricière, véritable toupie courageuse. Elle tourne autour du soleil à 30 km par seconde, soit 108 000 km à l’heure, afin d’honorer ses rendez-vous éternels avec les quatre saisons. Elles sont la vie de la nature dans toutes ses généreuses généralités infinies, dont celle de l’homme incrusté en l’étoile de Léonard de Vinci.

 

Nos anciens grands constructeurs bâtissaient les pyramides selon les mesures étoilées du Baudrier d’Orion. Ils étaient capables d’exercer un raisonnement rigoureux par le calcul des grandeurs et l’exacte définition des formes.

 

Vous tous, mes bien-aimés Frères, êtes indispensables pour instituer une maçonnerie évolutive, exalter les forces vives de nos esprits pour créer un égrégore reposant sur les courants diversifiés de nos pensées collectives. Je suis là pour rassembler et servir, fidèle à mon image de vieil ouvrier sur le chantier, assujetti au travail de précellence sur la pierre brute depuis 37 ans. C’est un privilège qui m’a beaucoup apporté par son héritage d’ouverture vers une grande culture plurale.

 

Je veille également sur le trésor des célèbres graines sacrés de la Déesse DEMETTER. Elles perpétuent éternellement la floraison d’un symbolisme unique et lumineux adapté à la modernité du futur. Elles se trouvent dans les rites d’initiation d’Éleusis fixant l’âme dans la lumière. C’est le parcours de la vie sanctionné par la mort. Puis le retour pour une vie nouvelle réincarnée et émergente du monde souterrain d’Hadès contrôlé par Zeus. Seul le Cabinet de réflexion par son alchimie y accède.

 

Avec le temps la Maçonnerie confère à chacun d’entre nous un changement indéniable du comportement. Souvenez-vous de celui qui était le vôtre à une époque plus ou  moins lointaine de vos activités profanes. Notre transformation est due à la richesse de nos symboles maçonniques et à l’assemblée de tous nos Frères. C’est une force d’équilibre intellectuel et moral. Il s’en dégage la valeur de nos différences, toutes axées vers le bien, antagonisme du mal. Nous en sommes malheureusement affligés par nature, l’un n’allant pas sans l’autre.

 

Je pense à une facette du mal, rapportée dans la Genèse Biblique. C’est EVE, croquant la maudite pomme interdite. Pour plaisanter dans cette soirée heureuse, je frissonne à l’idée d’une mixité maçonnique.

 

Vous représentez sous nos colonnes un apport hétérogène, fraternel, lumineux et lucide. Vous êtes aguerris par l’expérience d’une vie profane guerrière, souvent difficile et imprévisible.

 

Chassez le naturel il revient au galop, ne se démontre pas en totalité chez les Maçons. La Maçonnerie marque l’âme au fer rouge, ce que je considère comme un miracle culturel, en quelque sorte, l’athanor alchimique. Il nous oriente à penser différemment et définitivement en Maçon accompli.

 

J’évolue dans un recueillement de pensées dont la sacralisation maçonnique m’éclaire à la manière d’un stroboscope par alternance. Je cherche à comprendre l’histoire de l’humanité, représentée en Loge par nos trois colonnettes grecques et son prolongement, la divine proportion mathématique, pythagoricienne du carré long. J’y aperçois la Déesse KLEIO, symbole de notre Loge. Elle incarne la légende des Dieux.

 

Je pense à la nature et aux mystères opaques de nos univers. Je les imagine mémorisés en l’Etoile flamboyante. Elle symbolise le Pentagramme de nos Frères compagnons. Son corollaire est la table d’émeraude. « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. »

 

C’est le rocher de Sisyphe que l’on pousse indéfiniment. C’est l’effort sans fin, d’acuité lumineuse, de l’œil Déiste. Il sait et voit tout. Tel un aimant, il attire d’une façon inextinguible vers la connaissance lumineuse.

 

Vous l’avez deviné c’est notre TETRAGRAMME.

 

Pour paraphraser certains de nos anciens Frères à l’Orient éternel, notre état de Maçon ne relève pas du hasard. Les voies du Seigneur sont impénétrables. Le Grand Architecte de l’Univers, malgré sa présence indéfectible à l’intérieur de moi-même, me reste indéfinissable. J’aime et j’admire son immatérialité éblouissante. Il nous faut prendre conscience, mes bien-aimés Frères, de  ce grand privilège de verticalité spirituelle dont nous bénéficions. Il fortifie avec équilibre et équité la raison du cœur. Il nous aide à supporter et faire face aux moments difficiles. Concernant les événements heureux, il nous engage à les savourer avec modération, selon les préceptes d’Epicure.

 

Actuellement puissant, demain vulnérable, c’est une loi de la vie. Elle aspire à beaucoup d’humilité et modère notre orgueil. C’est le symbole du Couvreur.

 

Je vous rappelle notre mission maçonnique qui est de travailler à nous améliorer, être assidu sur le chantier, transmettre à nos Frères Apprentis et Compagnons.

Nous en sommes responsables.

 

Défendons nos Frères, car en les protégeant, ils nous défendront efficacement en réciprocité. Nous sommes une famille et notre chaîne d’Union est répartie sur la surface de la terre.

 

La Maçonnerie, par son histoire à travers le temps, s’est transformée tout en gardant sa puissance attractive. Les Grands Constructeurs de cathédrales opératifs étaient religieux. Plus tard, les Erudits spéculatifs des Lumières furent Déistes. Aujourd’hui, un nouveau chemin adapté aux besoins moraux des humains reste à inventer. Nos Frères d’Obédiences maçonniques différentes mais sérieuses et régulières en sont conscients. La Maçonnerie du futur est entre nos mains. Elle doit garder ses spécificités et ne pas s’écarter du chemin balisé par nos guides, c'est-à-dire nos fondamentaux et rituels.

 

Ils sont liés par une essence d’amour et de vertu absolus.

 

Ne vendons pas notre âme au diable en changeant notre éthique des valeurs régulières. C’est une enveloppe de Lumière transcendante pour concrétiser notre avenir maçonnique. Il est nécessaire pour apporter une reconnaissance nouvelle, celle de la GLVA étant controversée, de renouveler à l’image de nos Anciens l’espoir et des solutions pour matérialiser à l’échelle de l’humanité un monde meilleur.

 

Pour en terminer, l’évolution des sciences inéluctable et nécessaire, dans tous les domaines, conduit les hommes et les femmes à se transformer sans cesse. Pour certains, ils sont des millions en Europe, c’est un labyrinthe de désarroi social, dû à certaines causes dont la pénibilité, la remise en question et les afflux du chômage.

 

Nous assistons au spectacle affreux des guerres effroyables sans fin et là encore des millions de victimes.

 

A nos frontières des milliers d’immigrés, de femmes, d’enfants et d’hommes tous affamés.

 

Par ailleurs, pour aborder la philosophie contemporaine, je pense qu’elle ne chante pas dans le cœur des hommes. Elle suscite une certaine indifférence dans le monde profane. Elle reste consommable auprès d’une minorité d’intellectuels.

 

Nos grands philosophes de l’Antiquité et des Lumières restent d’actualité.

Ils sont les fondations structurées et équilibrées de nos pensées profondes.

 

Notre Livre KLEIO – Anthologie Maçonnique – en est la brillante démonstration.

 

Le Maçon doit redevenir l’Homme Providentiel.

 

Aidons-nous afin que le Ciel nous aide !

Il n’y a pas de connaissance sans amour – MAIMONIDE.