TRAVAUX EN LOGE 6016

 

AUGUSTE COMTE

O E B

12-XII-6016

 

 

Auguste COMTE - Père du Positivisme - Grand-Prêtre de la Religion de l’Humanité

 

Raymond Aron, dans ses « Etapes de la Pensée Sociologique », déclare :

 

« Pourquoi la conception d’Auguste Comte est-elle restée en dehors du grand courant de la philosophie de la société moderne ? La question mérite d’être posée. En un sens la doctrine d’Auguste Comte est aujourd’hui plus proche des doctrines à la mode que beaucoup d’autres doctrines du XIXe siècle. Toutes ces théories qui actuellement [...] tendent à dégager les traits fondamentaux de la civilisation industrielle pourraient se réclamer d’Auguste Comte. Il est le théoricien de la société industrielle, en deçà ou en marge des querelles entre libéraux et socialistes, entre doctrinaires du marché et apologistes du plan. »

 

Quel est donc Auguste Comte, si reconnu par certains et si méconnu par le plus grand nombre ?

 

Auguste Comte est né en 1798 à Montpellier, au sein d'une famille de petite bourgeoisie catholique ; Brillant élève en mathématiques, il est renvoyé en 1816 de l'Ecole Polytechnique pour insubordination et rébellion. Il enseigne alors les mathématiques.

 

En 1817, il rencontre Claude-Henri de Saint-Simon et devient son assistant. Le jeune Comte sera très influencé par la doctrine philosophique et sociale de Saint-Simon - l'industrialisme - qui sera bientôt présenté comme un « nouveau christianisme ». Comte participe de près à sa conception puisqu'ils rédigent ensemble les brochures signées par ce dernier. C'est d'ailleurs une querelle de signature qui va conduire à la brouille entre les deux hommes, puis à leur rupture définitive en 1824.

 

Comte se retrouve alors sans travail. Il cherche à obtenir une chaire d'université, mais l'Ecole polytechnique refuse d'offrir un poste à son ancien élève trop séditieux.

 

Il étudie Monge, Condorcet, Montesquieu. Confronté à des difficultés financières, il ouvre, à son domicile un cours de philosophie positive qui rencontre beaucoup de succès. De manière générale, l'intransigeance de ses positions lui vaudra des démêlés permanents avec les institutions et leurs représentants. 

 

Sa rencontre avec Clotilde De Vaux, en 1844 et l'amour qu'il lui porte bouleversent sa vie. Elle devient son égérie, mais elle meurt en 1846.

 

Les dernières années de Comte sont celles d'une dérive de plus en plus forte vers un messianisme.

 

Comte se déclare « souverain pontife de l'Humanité ». Il écrit aux grands de ce monde - le tsar Nicolas, le grand vizir de l'Empire ottoman - pour les convertir au positivisme.

 

Il estime qu'avant 1860, il prêchera la religion positive à Notre-Dame !

 

En 1857, atteint d'un cancer de l'estomac, il meurt, entouré de ses disciples.

 

Il est inhumé au Père-Lachaise, accompagné une dernière fois par Proudhon et quelques rares fidèles.

 

En 1836, à 38 ans, Auguste Comte décide de concevoir une nouvelle philosophie et un projet social pour la société industrielle qu'il voit naître sous ses yeux.

 

Son projet est de concevoir une nouvelle science, qu'il entend nommer « physique sociale ». Le terme ayant déjà été utilisé par Adolphe Quetelet, Auguste Comte doit renoncer à son label.

 

Il baptisera sa science du nom de sociologie, néologisme construit à partir du latin socius (société) et du grec logos (savoir).

 

Cette science sera à l'organisme social ce que la physiologie est aux organismes vivants : un savoir scientifique d'où découlera une « thérapeutique ».

 

Dans cette nouvelle société, les princes et les militaires doivent laisser place aux producteurs. « Au gouvernement des hommes se substitue l'administration des choses », la formule sera reprise par Marx.

 

La science sociale sera l'auxiliaire de ce nouveau monde.

 

Le Cours de philosophie positive est un projet intellectuel de grande ampleur.

 

  • Par sa taille : une publication en 6 volumes qui s'étalera sur douze ans (de 1830 à 1842).
  • Par son ambition : Il prétend répondre aux grandes questions de la philosophie : comment connaître le monde ? Qu'est-ce que l'homme ? Qu'est-ce que la société ? Comment vivre ensemble ?

 

La première leçon du Cours présente la « loi des trois états » qui résume, selon Comte, le développement de la pensée humaine.

 

Dans son développement, la connaissance passe par trois âges :

 

L'âge théologique (ou fictif) est celui de l'enfance de l'humanité. L'esprit recherche la cause des phénomènes soit en attribuant aux objets des intentions (fétichisme), soit en supposant l'existence d'êtres surnaturels (religion polythéiste) ou d'un seul Dieu (monothéisme). « L'esprit humain se représente les phénomènes comme produits par l'action directe et continue d'agents surnaturels plus ou moins nombreux. » C'est le temps des croyances magiques, des fétiches, des esprits, des religions ; un monde où « les morts gouvernent les vivants ».

 

L'âge métaphysique (ou abstrait) est celui de l'adolescence de la pensée. Les agents surnaturels sont remplacés par des forces abstraites : la Nature de Spinoza, Le Dieu géomètre de Descartes, la Matière de Diderot, la Raison du siècle des Lumières. Cette époque marque un progrès par rapport à la pensée anthropomorphique antérieure. Mais la pensée reste prisonnière de concepts philosophiques abstraits et universels.

 

Enfin vient l'âge positif que Comte décrit comme « l'état viril de notre intelligence ». L'esprit positif rejette la recherche du « pourquoi ultime » des choses pour considérer les faits, « leurs lois effectives, c'est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude ». Le recours aux faits, à l'expérimentation, à l'épreuve de la réalité est ce qui permet de sortir des discours spéculatifs. C'est le premier principe du positivisme. Alors que l'esprit métaphysique recourt à des concepts éternels et universels qu'il ne soumet pas à la réalité, l'esprit positif confronte les hypothèses au monde réel : « Tout est relatif, voilà la seule chose absolue », proclame Comte.

 

Ce dernier état recherche le "comment" des choses et non le "pourquoi", car la nature des choses, l'absolu, l'explication universelle de la nature sont des utopies qui relèvent de la métaphysique et ne doivent pas être recherchés.

 
L'approche scientifique permet de dévoiler le réel et de décrire les lois de la nature en vue d'une destination pratique, utile, pour l'action, par opposition à la connaissance pour la connaissance.

 

Auguste Comte réalise un classement des différentes sciences et considère qu'il reste encore une science positive à fonder, la plus importante car elle a pour objet les faits humains et doit permettre le progrès de la société. Il la baptise "sociologie".

 

Auguste Comte détermine et hiérarchise ainsi six sciences fondamentales, chacune d'entre elles dépendant, pour son développement, de celle qui la précède :

 

  • Les mathématiques,
  • L'astronomie,
  • La physique,
  • La chimie,
  • La biologie
  • Et la sociologie.

 

Elles constituent le système général de connaissance que son "cours de philosophie positive" tente de coordonner.

 

L'esprit positif s'annonce comme l'avènement d'un nouvel âge de la pensée.

 

Dans la suite de son Cours, Comte propose une classification générale des sciences. Cette classification se fonde sur les degrés de complexité croissante des objets étudiés. L'astronomie et la physique étudient des objets inanimés. Leur méthode est abstraite et simple. La chimie et la biologie sont les sciences du vivant : elles ont affaire à des objets complexes et changeants. La science sociale est arrivée en dernier dans l'ordre des sciences. Elle doit intégrer les acquis des autres sciences pour affronter l'objet le plus complexe qui soit : la société humaine.

 

La physique sociale, rebaptisée sociologie, doit devenir à son tour une science positive.

 

Elle permettra de connaître à la fois les lois d'organisation de la société (statique sociale) et celle de son évolution (dynamique sociale).

 

Le long conflit entre l’immanence et la transcendance touche à son terme ; la transcendance, c’est la théologie ou la métaphysique, expliquant l’univers par des causes qui sont en dehors de lui ; l’immanence, c’est la science expliquant l’univers par des causes qui sont en lui.

 

L’humanité, dans son enfance et sa jeunesse, a été régie par les lois de la transcendance ; elle le sera, dans sa maturité, par les lois de l’immanence. Assurer l’ascendant de l’homme sur la nature, étendre son empire sur la planète et déterminer l’équité sociale, tel est son rôle.

 

Nul doute que l’humanité soit enfin parvenue à cet état au moment où Comte en prend conscience et se propose de l’expliquer à ses contemporains. À ses yeux, l’histoire est révolue.

 

Comment est-on passé d’un état à l’autre ? Sans doute par la tension qui pousse l’esprit humain à évoluer jusqu’à ce qu’il accède à une connaissance achevée. Cette tension est rupture, elle marque la liberté de l’esprit (c’est la liberté qui permet le progrès – seule référence de Comte à la liberté d’ailleurs). Mais cette liberté est-elle délibérée ? Comme Hegel, Comte estime que les forces de l’histoire échappent à la volonté humaine.

 

Avec la sociologie, Comte pense résoudre les problèmes sociaux.

 

Car son but est aussi de résoudre le problème de l'organisation sociale : « Savoir pour prévoir, prévoir pour pouvoir. »

 

Ainsi se termine le Cours de Philosophie positive.

 

Reste à mettre en œuvre ce projet. C'est alors que l'existence de Comte connaît un grand tournant.

 

En octobre 1844, se produit l'évènement capital de sa vie : il rencontre Clotilde de Vaux. La mort de Clotilde, en 1846, bouleverse Comte.

 

Il voue un culte à Clotilde, devenue la patronne du positivisme.

 

C'est à cette époque que commence sa "seconde carrière".

 

Le Cours s'adressait à l'intelligence et visait une réorganisation mentale de l'humanité.

 

Désormais Comte s'attache à la réorganisation "morale".

 

Sa philosophie évolue vers une "religion de l'humanité" à laquelle il se consacrera jusqu'à sa mort.

 

C'est le but que vise le Système de philosophie positive ou traité de sociologie instituant la religion de l'humanité.

 

La religion n’échappe pas aux appétits de la science, et comme dit le Traité de Sociologie, la sociologie, doit « instituer la religion de l’Humanité ».

 

Ainsi les œuvres de la fin de la vie de Comte doivent toutes leur inspiration à ce thème apparemment nouveau : la religion de l'Humanité.

 

On a souvent souligné les différences qui existent entre les œuvres du début et celles de la fin, l'attribuant soit à l'importance que prirent pour Comte les thèmes religieux après son amour pour Clotilde de Vaux, soit, plus simplement, à une systématisation d'idées bizarres et délirantes.

 

L'exigence positive n'est pas une exigence de méthode, elle n'a de sens que dans la mesure où elle prépare la réforme du réel, et du seul réel positif :

 

L'Humanité, c'est-à-dire « l'ensemble des êtres passés, présents et futurs qui concourent librement à perfectionner l'ordre universel »

 

C'est sans doute dans cette assimilation, cette identification entre le réel et l'universel, le positif et le religieux, que réside toute l'ambiguïté, mais aussi tout le sens de la pensée de Comte : la réforme du réel ne peut s'achever que dans la religion de l'Humanité, parce que c'est là que s'affirme de la façon la plus forte la primauté du spirituel.

 

Le thème religieux est en fait constant, car, finalement, seul l'esprit représente le vrai positif.

 

A la morale, septième science, science finale et sacrée, reviendra le privilège de fonder le nouvel ordre spirituel, d'assurer l'intégration de l'individu dans le réel positif et de promouvoir le culte de l'humanité

 

Et Comte de se mettre en peine d’imaginer et de réglementer cette nouvelle religion, avec ses rites, ses textes, ses cérémonies, sa mère protectrice, et ses temples.

 

La « religion de l'humanité » de Comte, telle qu'il la désigne, s'appuie sur trois notions :

  • L’altruisme, terme qu'il a créé, qui renvoie au sentiment de générosité, et au dévouement désintéressé pour autrui
  • L’ordre : Comte considérait en effet qu'après la Révolution française, il était nécessaire de rétablir l'ordre dans la société,
  • Le progrès : chez Comte, cette notion s’entend (à la suite du comte de Saint-Simon) comme les conséquences pour la société humaine du développement de la technique et de l’industrie.

 

Devenue essentiellement religieuse, la doctrine comtienne est exposée dans le Catéchisme positiviste (1852) et la Synthèse subjective du système universel des conceptions propres à l'état normal de la société, ouvrage que la mort de l'auteur, le 5 septembre 1857, laisse inachevé.

 

Dans le catéchisme positiviste, Auguste Comte est allé jusqu'à formaliser sa religion en définissant un calendrier liturgique et neuf « sacrements » :

  • La présentation à 7 ans (nomination et parrainage)
  • L'initiation à 14 ans
  • L'admission à 21 ans (la fin de l'éducation)
  • La destination à 28 ans (le choix d'une carrière)
  • Le mariage
  • La maturité à 42 ans
  • La retraite à 63 ans,
  • La transformation ou la séparation (c-a-d, les funérailles), faisant office d'une extrême-onction sociale,
  • L’Incorporation, sept ans après la mort.

 

L'Incorporation est l'union avec les morts, censés gouverner le monde

 

La religion étant à l’âme ce que la santé est au corps, il fallait s’attendre à ce que le positivisme religieux proteste contre le « déplorable morcellement » qui répartit l’homme « entre les médecins qui n’étudient que le corps, les philosophes qui croient étudier l’esprit, et les prêtres qui surtout étudient le cœur » et demande « la réintégration normale d’un tel service [la médecine] à l’office sacerdotal, d’où il se détacha jadis ».

 

Dans sa fonction régulatrice, le sacerdoce doit contenir ou redresser les abus de gouvernement, ce qui suppose sa pleine indépendance et rend donc nécessaire la séparation de l’Église et de l’État.

 

L’Église apparaît d’abord comme un des trois modes d’associations possibles, avec la famille et la cité. De même que la société politique se superpose à la société domestique, la société religieuse se superpose à la société politique. Comte, qui était un partisan résolu de la décentralisation du pouvoir temporel, oppose ici le politique et le religieux comme le local au global. L’Église se caractérise donc par la pleine universalité ; elle est catholique au sens étymologique du terme : parlant au nom de l’Humanité tout entière, elle ne saurait être enfermée dans aucune frontière étatique.

 

Le positivisme « religieux », proprement dit, a aujourd'hui pratiquement disparu en tant que mouvement « religieux ».

 

Il subsiste néanmoins une chapelle à Paris et une Église positiviste au Brésil.

 

La religion de l’Humanité méritait mieux que cette fin de non-recevoir.

 

Raymond Aron, pourtant peu suspect de sympathie pour le positivisme, remarquait :

 

« De toutes les religions sociologiques, la sociocratie d’Auguste Comte me paraît philosophiquement la meilleure. Peut-être, d’ailleurs, est-ce la raison pour laquelle elle a été politiquement la plus faible. »

 

Même si l’on se refuse à le suivre dans sa réponse, on ne peut lui nier le mérite d’avoir vu la nécessité de poser la question : quelle religion après la mort de Dieu ? Il y a un peu plus de cent ans, c’est le positivisme religieux qui nous a permis de penser, puis de mettre en place, la laïcité.

 

Aujourd’hui où notre société s’inquiète devant la montée des fanatismes religieux, où elle se demande comment parler de religion à l’école, le moment est peut-être venu de prendre un peu plus au sérieux l’enseignement du Système de politique positive, ou traité de sociologie instituant la Religion de l’Humanité, car il n’est pas exclu qu’il puisse nous aider à résoudre certains des problèmes auxquels nous sommes confrontés.

 

LA TABLE D'EMERAUDE

P G

10-X-6016

 

 

La Table d'Émeraude constitue le plus court résumé, sinon le plus clair, du Grand OEuvre alchimique.

Hermès Trismégiste, Hermès le « trois fois grand », qui se désigne à la fin du texte de la Table comme son auteur, tantôt considéré comme un sage, un adepte de la Gnose qui aurait vécu peut-être au IIème siècle avant J.C., tantôt comme le dieu lui-même, apparait dans le panthéon égyptien en tant que premier ministre ou descendant du Dieu Thot.

Dieu lunaire, qui sera assimilé par les Grecs, vers le IVème siècle avant J.C., au Logos, c'est à dire au Verbe.

Dont voici le texte :

Vrai sans mensonge, certain et très vrai. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. Et ce qui est en haut est comme ce qui en bas, pour réaliser les miracles d'une seule chose.

Et de même toutes choses procèdent d'une seule, par la médiation d'une seule. Ainsi toutes choses naquirent de cette chose unique, par adaptation.

Son père est le Soleil, sa mère la Lune. Le vent l'a porté en son sein. La terre est sa nourrice.

Voici le père de tout le telesme du monde entier. Sa force est entière, si elle est transformée dans la terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil du grossier, doucement, avec grande ingéniosité.

Il monte de la terre au ciel, et redescend en terre, et reçoit la force des choses d'en haut et de celles d'en bas. Ainsi, tu auras la gloire du monde entier. Et c'est pourquoi toute l'obscurité te fuira. Voici l'énergie forte de toutes les énergies, qui vaincra toutes choses subtiles et pénétrera toutes choses solides.

Ainsi fut créé le monde. Voici que seront des adaptations admirables, dont voici la manière.

C'est pourquoi je m'appelle Hermès le Trois Fois Grand, possesseur des trois parties de la philosophie du monde entier. Ce que j'ai dit de l'opération du Soleil est terminé.

 

Si le texte laisse entrevoir, de façon presqu’occasionnelle, des opérations pouvant être qualifiées (à la rigueur…) de chimiques, l’ensemble n’en fait pas moins allusion à une philosophie novatrice débouchant sur une problématique du monde abordée différemment et plus particulièrement sur une interaction permanente entre le cosmos et la terre.

Sa finalité tend à démontrer l’unicité de l’univers soumis à des lois communes à tous les niveaux.

En dehors de l’esprit universel caractérisant la Table d’Emeraude, elle fournit une explication sur l’homme et le cosmos, permettant d’envisager la nature et les étapes de la démarche initiatique dont l’homme, à la fois Ouvrier, Matière Première, Outil et OEuvre en cours de réalisation, se présente comme un acteur dans le théâtre que constitue l’univers.

A première vue, s’établit entre l’homme et le Cosmos une distance incommensurable qui réduit le premier à une quantité négligeable du second et le condamne à une impuissante fragilité. Cependant, placé au milieu de l’indéfiniment grand et de l’indéfiniment petit, l’homme, sensible au mystère lié à ce qui le dépasse, s’interroge et devient capable de percevoir la dimension du Sacré.

De plus et surtout, il possède, au moins potentiellement, une faculté d’ordre universel qui transcende son individualité corporelle et alchimique et qui lui confère la capacité de découvrir la cause derrière l’effet, l’implicite sous l’explicite, l’intelligible manifesté par le sensible.

Poussé par un pressentiment ou une réminiscence, lorsqu’il frappe à la porte du Temple, le profane, dont la seule certitude qu’il avait jusque-là était d’être dans le doute*, a déjà l’intuition que l’univers forme un Tout ordonné et hiérarchisé, harmonieusement régi par des lois immuables à l’origine desquelles préside un Principe Unique.

En loge, l’espace s’étend de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi et du Zénith au Nadir. Devant nous, à l’Orient, nous voyons le soleil et la lune. Ce qui est en bas devient comme ce qui est en haut.

Lorsque nous sommes placés à l’ordre, nous pouvons comprendre que nous participons de la structure ternaire de l’univers : par l’orientation de nos pieds, nous appartenons au monde matériel ; par la rondeur de notre voûte crânienne, au monde spirituel ; par le reste de notre personne, au monde intermédiaire ou psychique. Ainsi constituons-nous un petit monde, un microcosme, dont le corps, l’âme et l’esprit ont leur correspondance respective dans les trois niveaux du macrocosme.

L’initiation apparaît dès lors comme la création du monde, consistant en la mise en ordre d’un chaos.

D’abord, dans sa relation au monde, l’homme a ressenti l’égrégore de forces contraires et unies.

* Hommage à Pierre Desproges

 

Ensuite, à l’intérieur de lui-même, il a fait l’expérience de la multiplicité de son être avec sa part d’ombre faite de pulsions et d’émotions.

Il se multiplie également en présence de l’autre. Le dessinateur Philippe Geluck, auteur des bandes dessinées « le chat », a une très belle phrase en ce sens : « Quand quelqu’un partage mon opinion, j’ai l’impression de n’avoir plus qu’une demi-opinion ».

L’être a pourtant, de tout temps, perçu une unité fondamentale, particulièrement dans la manifestation du cosmos. Le parcours du soleil, le rythme des saisons et la chaîne même de la vie, où toute mort fournit le germe d’un renouveau, donne l’intuition de régularité et de complétude, d’un rapport secret entre le rythme de l’âme et de celui de l’univers, de ce qu’on peut appeler un « ordre ».

« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour accomplir le miracle de l’unité », confirme la Table d’Emeraude d’Hermès Trismégiste, le trois fois grand.

Les Constitutions d’Anderson contiennent aussi cette phrase : « La FM est destinée à rassembler ceux qui, sans elle, ne se seraient jamais rencontrés ».

De cette conscience découle, d’une part, la pratique du symbolisme, qui fait de toute chose l’expression d’une vérité analogiquement supérieure, et d’autre part, l’assurance que la connaissance de soi amène à la connaissance des autres et de l’univers, et celle-ci à la Connaissance du Principe Unique.

Dès lors, l’homme ne se trouve plus seulement dans le cosmos, mais le cosmos se trouve dans l’homme, et tous deux obéissent également à une Loi Universelle. En travaillant nous coopérons à l’exécution du Grand OEuvre selon le Plan du Grand Architecte de l’Univers.

Il s’en suit que la démarche initiatique passe par la connaissance de cette Loi Universelle puisque celle-ci ne fait que refléter la Volonté du Grand Architecte, en tant qu’organisateur du Chaos et source de l’Ordre et de l’Harmonie de l'Univers, et parce que l’initié, grandissant en sagesse, comprend que la liberté a pour condition la participation à l’Ordre Universel.

Mais cela nécessite de nous affranchir des limitations propres à l’existence individuelle, par la reconnaissance en nous du Soi immanent et de son identité avec le Principe Unique.

Cette Union au Principe délivre du carcan existentiel et correspond à une autre naissance, celle qui marque le passage de l’ordre psychique à l’ordre spirituel. Libération des déterminations et des servitudes du monde, elle se produit au centre de nous-même, dans la caverne du Coeur où s’opère la fusion de l’individuel avec l’universel.

 

 

LE MONOTHEISME EST-IL UN PROGRES ?

V B

11-IV-6016

 

Année 391 de notre ère :   

L'action se passe à Alexandrie, deuxième ville de l’Empire Romain ; La bibliothèque d’Alexandrie, qui conserve l'héritage philosophique de la Grèce depuis les Ptolémées, est le phare de la pensée antique. Elle est une université au rayonnement universel à l’apogée de l’Empire, au deuxième siècle de notre ère, sous Hadrien et jusqu’à Marc Aurèle. 

 

A cette époque la paix règne dans le plus vaste Empire que le Monde ait jamais connu. Rome, ville de plus d’un million d’habitants, fournit à chacun d’eux deux mètres cube d’eau par jour. Son système de canalisations ne se retrouvera à une même échelle qu’à la fin du 19eme siècle. « La civilisation c’est l’eau » dira l’historien de Rome, Pierre Grimal.  

 

Dans leur célèbre parodie : la vie de Brian, Les Monty Pyton résument bien ce que fut l'Empire dans une scène de leur film :  

Des conspirateurs juifs se réunissent pour concevoir un plan pour enlever Ponce Pilate le procurateur de Judée.  

Le chef exhorte sa petite troupe. Il pose une question : « Les romains nous ont saigné à blanc, ils nous ont tout pris. Que nous ont-ils donné en retour ? » Et dans le fond de la pièce un petit conspirateur ose timidement  une réponse : « l’aqueduc ? » puis un autre : « le système sanitaire ? »  

Oui d’accord dit le chef agacé. 

Un autre encore : « et les routes ».  

« Bon, l’aqueduc, le système sanitaire et les routes, mais c’est tout. »  

Un quatrième intervient : « si, l’irrigation et la médecine » ; un cinquième : « l’éducation » ; un autre encore : « le vin » (et tous conviennent que ça, c'est sûr, il faudra le garder)  

Ils poursuivent : « la sécurité dans les rues le soir… l’ordre ».  Hors de lui le chef de la bande récapitule : « Bon d’accord, mais à part l’aqueduc, le système sanitaire, les routes, l'irrigation, la médecine, l’éducation, la sécurité, qu’est-ce que les Romains ont fait pour nous ? »  Et le plus minable des conspirateurs de conclure à la fin : « euh…la paix »  

C’était cela l’empire Romain. ‎Globalement tout ce dont nous disposons aujourd'hui. La justice, le commerce, l'industrie, la banque, les transports, le courrier, les arts : tout ce qui fait la vie des hommes en société civilisée.

 

Puis commence le déclin, la déliquescence de Rome. L'Empire n’est pas menacé par des puissances rivales qui voudraient son anéantissement. Non pas ! Il est menacé par tous ceux qui en dehors de ses frontières veulent à tout prix les traverser pour s’intégrer dans son Monde et jouir de la co-prospérité de tous les peuples qui le composent. On voit bien aujourd'hui que l’histoire pourrait se répéter.  

 

Alors vint Constantin, sa Victoire du Pont Milvius sur un de ses adversaire et la promulgation de l'édit de Milan (313) :

‎Création de Constantinople / Division de l’empire à Orient et à l’Occident / mise à égalité du culte chrétien avec les autres cultes. Dorénavant les chrétiens ne seront plus victimes de discriminations, leur culte est autorisé et les biens qui leur ont été confisqués leur sont rendus.  Rappelons que les persécutions contre les chrétiens n’eurent qu’une seule cause : leur fanatisme ; leur refus de cohabiter dans l’Empire avec les autres cultes alors que les Romains n’avaient cure des croyances de chacun pour peu qu’ils soient fidèles à Rome.  

 

La progressive conversion de Constantin au christianisme s'accompagne d'une politique impériale favorable aux chrétiens ; mais le paganisme n'est pas encore persécuté car, pour l'empereur, l'unité de l'empire prime sur toute autre considération.  La bibliothèque d’Alexandrie subsiste. Mais les tensions croissantes entre le pouvoir impérial romain et l'influence religieuse et politique grandissante des chrétiens suscitent des affrontements qui se sont traduits, par exemple, par l'Édit de l’Evêque Théodose, sorte de fatwa ordonnant, entre autres, la destruction des temples païens.  

 

Le temps passe encore. Alexandrie abrite une population multiconfessionnelle ; la cohabitation s'avère de plus en plus difficile. Face aux Juifs et aux païens "Hellènes" : les partisans de Jésus, manœuvrés par l'évêque Cyrille, qui comptent bien se rendre maîtres de la place. 

 

Nous sommes en 391. Un historien de cette époque raconte : « Il y avait dans Alexandrie une femme nommée Hypatie, fille du Philosophe Théon, directeur la Bibliothèque. Elle avait fait un si grand progrès dans les sciences qu'elle surpassait tous les Philosophes de son temps, et enseignait dans l'école d’Epictète, un nombre presque infini de personnes, qui accouraient en foule pour l'écouter. La réputation que sa capacité lui avait acquise, lui donnait la liberté de paraître souvent devant les Magistrats de la Cité, ce qu'elle faisait toujours, sans perdre la pudeur, ni la modestie, qui lui attiraient le respect de tout le monde. Sa vertu, toute élevée qu'elle était, ne se trouva pas au-dessus de l'envie »   

 

‎Hypatie enseigne la philosophie, elle a le verbe haut mais la grâce l'habite ; tous les témoignages convergent lorsqu'il s'agit d'évoquer sa grande beauté. On a coutume de la représenter au milieu d'un cénacle, le cercle de ses fidèles qui, avec elle, refusent de voir les dieux s'exiler pour céder la place aux religions de l'intolérance.

 

La pensée et l’enseignement d’Hypatie, je l’évoquerai plus tard ; Mais il vous faut connaitre son intuition dans le domaine de l’astronomie pour comprendre ce que fut cette femme : 

Elle enseignait les travaux de l'astronome et mathématicien Aristarque de Samos qui avait évalué le diamètre du soleil.  Celui-ci émet au IIIe siècle av. J.-C. l'hypothèse que, puisque le diamètre du soleil est beaucoup plus important que celui de la Terre, c'est autour de lui que normalement doivent tourner les astres. Mais sa théorie héliocentrique se heurte à l’observation des saisons et de la durée des jours qui ne permettent pas de déduire que la terre puisse tourner autour du soleil si sa course est en cercle, comme on le présumait. Hypatie est la première, par ses mesures mathématiques, à avoir imaginé que l’ellipse fut la forme de la course de la Terre autour du Soleil. Il faudra attendre Copernic et Galilée pour le comprendre, mille ans plus tard.  

 

L’historien poursuit : « Mais parce qu'elle avait amitié particulière avec Oreste, Préfet d’Egypte, elle fut accusée d'empêcher qu'il ne se réconciliât avec l’Evêque Cyrille »  

 

En cette année 391, Hypatie est assassinée par les hommes de mains de Cyrille, les Parabalani, membres d'une confrérie chrétienne ayant fonction de fossoyeurs d'Alexandrie. Des Talibans en somme.

 

Suite du récit : « l'ayant tirée de sa chaise, ils la menèrent sur l’hôtel de leur église, la mirent à nue et la tuèrent à coups de tessons. Après cela ils hachèrent son corps en pièces, les exhibèrent dans les rues et les brûlèrent dans un lieu appelé Cinaron. »  On dirait Daesh !  

 

Après quoi la horde sauvage et la foule de gueux déchainée détruisirent la bibliothèque, brisèrent ses statues et brulèrent les œuvres littéraires, trésors philosophiques, qu’elle contenait.  

Sénèque l’avait dit en son temps : «La preuve du pire : c’est la foule.»

 

Saint Cyrille est le Abou Bakr al-Baghdadi de l’époque. Patriarche d'Alexandrie, Cyrille s'attache à éradiquer le paganisme, le judaïsme et ce qu'il considère comme des hérésies chrétiennes : il fait fermer les synagogues. Ces mesures brutales l'opposent à Oreste, préfet d'Égypte (chrétien lui aussi), et sont l'occasion de pogroms et autres scènes sanglantes. Il anéantit ainsi la communauté juive et s'en prend de la même manière aux autres communautés chrétiennes qualifiées d'hérétiques.  Ainsi, Cyrille attaque les positions de Nestorius, un autre évêque de grande renommée, et l’accuse « d’adoptianisme », doctrine vers laquelle la chrétienté aurait pu s’orienter qui conçoit Jésus-Christ comme un homme que Dieu aurait adopté.  

Pour Saint Cyrille, au contraire Jésus-Christ, Fils unique de Dieu a été engendré du Père avant tous les temps pour ce qui concerne la divinité, et, pour ce qui concerne son humanité, il est né d’une Vierge à la fin des temps pour nous et notre salut ; Cyrille est Docteur de l’Eglise. Il est vénéré par les catholiques et les orthodoxes.  

 

Pour comprendre tout cela vous devez voir Agora, Film espagnol à grand spectacle d’Alejandro Amenábar sorti en 2009 avec l’acteur Michael Lonsdale dans le rôle de Théon, père d’Hypatie‎. Vous pouvez lire aussi Michel Onfray qui décrit la mort d'Hypatie comme l'acte de décès symbolique de la culture classique de l'antiquité.

 

Les sciences, les moeurs, les arts vont rapidement régresser dans l'Empire qui bientôt disparaîtra sous les poussées barbares qui en voulant s'y agglomérer le feront imploser. Les acqueducs à Romme bientôt ne seront plus entretenus. La ville d’un million d’âmes n’en comptera bientôt plus de vingt mille.

 

La mort d'Hypatie met en perspective tout ce qu'il nous en a coûté à nous autres européens de devenir monothéistes : c'est à dire mille ans de terrorisme théocratique : du V EME au XV EME siècle.

 

L'épisode de la mort d'Hypatie‎ est un révélateur de toutes les tendances contenues dans le monothéisme des religions du Livre, celle d'Abraham, de Jésus et de Mahomet. Vous y voyez la violence, l'intolérance, la haine de la femme et de la sexualité.

 

Le monothéisme est violent et intolérant 

 

‎Le monothéisme est prosélyte‎ par nature - si Dieu est unique, il convient d'en imposer la croyance à tous les hommes - les monothéismes sont naturellement portés aux guerres de religion, à la conversion forcée.

 

‎On voyait mal en Grèce que les partisans d'Athéna fassent la guerre aux partisans de Mercure, ou encore qu'aux Indes les fidèles de Ganesh dieu a tête l'éléphant massacrent les zélateurs de Vishnou, déesse aux bras multiples.

 

Mais quand dieu est unique il se bat avec tout le Monde.

Les juifs persécutent les disciples de Jésus qui en retour les massacrent ‎entre deux pogroms de cathares ou d’autres hérétiques orthodoxes ou protestants. Mais tous conviennent à la fin de liquider les juifs.

 

Dans son inénarrable « Théologie portative » le philosophe d'Holbach pouvait écrire au siècle des lumières à propos des croisades :

 

« ‎Expéditions saintes, ordonnées par les papes, pour débarrasser l’Europe d’une foule de vauriens dévots, qui pour obtenir du ciel la rémission des crimes qu’ils avaient commis chez eux, s’en allaient bravement commettre de nouveaux chez les autres »

 

‎Aujourd'hui c'est pour l'islam qu'on tue. 

 

Holbach disait ceci :

 

« Mahométisme : Religion sanguinaire dont l’odieux fondateur voulut que sa loi fût établie par le fer et par le feu ; on sent la différence de cette religion de sang et de celle du Christ qui ne prêcha que la douceur, et dont en conséquence le clergé établit ses saints dogmes par le fer et par le feu. »

 

Le monothéisme hait la femme

 

On a connu de fortes personnalités de femmes sous l'Antiquité Romaine‎. Qui peut dire que Livie, femme d'Auguste, Mélusine qui faisait des concours de débauche, les deux Agrippines ou les impératrices régentes Julia Domna ou Julia Maesa ne furent pas des femmes d'autorité qui dominèrent leur siècle. La matrone Romaine ne s'en laisse pas compter. Elle domine le ménage et il faut filer doux. 

 

C'est que chez les Grec et les Romains ‎les divinités se partagent entre les deux sexes. Aphrodite, Artémise, Athéna, Déméter, Gaïa ou Perséphone, pour ne citer que les plus connues, s'affrontent aux dieux mâles qui souvent cèdent le pas face à elles.

 

Les monothéistes au contraire‎, ceux des trois religions, la femme, ils la veulent brisée, à terre, plus bas que terre quand ce n'est pas brûlée vive lorsqu'elle relève la tête. 

 

‎Dans l'ancien Testament des Juifs on leur attribue le premier péché (Genèse) Elles font partie des meubles : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son esclave, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui lui appartienne » Ce sont des séductrices qu'il convient d'éviter ! « Et j'ai trouvé plus amère que la mort : la femme dont le cœur est un piège et un filet, et dont les mains sont des liens ; celui qui est agréable à Dieu lui échappe, mais le pécheur est pris par elle. » On se demande bien pourquoi, tant il est vrai que jusqu’au 6ème siècle, elle n’a officiellement pas d’âme. 

 

Dans le Nouveau Testament des chrétiens : « Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l'homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ. » La femme est l'objet honteux du désir. 

 

Quant au Coran, mieux vaut se taire.

 

Le monothéisme hait le sexe et au-delà déteste le plaisir. ‎Là où les religions polythéistes se réjouissent des fruits de ce monde et appellent à en user avec modération, les monothéismes sont tentés par une forme particulière de nihilisme qui consiste à tout miser sur le pari risqué de la survie, dans un au-delà, de ce qu'ils appellent l'âme. ‎

 

On pourrait le croire vertueux mais... Le monothéisme n'a pas aboli l'esclavage


Ce sont les Lumières qui l'ont aboli. La très sainte Russie sera la dernière à le pratiquer, après les pieux évangélistes américains.

 

« Jésus Christ fut le dernier chrétien » disait Nietzsche

 

Le monothéisme n'a pas aboli la‎ superstition

Ceux qui connaissent bien l'Italie la savent païenne au fond. On comprend vite qu’en Italie la religion sert avant tout à conjurer les mauvais sorts du destin. Les saints ont remplacé les Dieux. Ils sont même spécialisés On les appelle les saints auxiliateurs :

Si vous êtes vierge et cherchez un époux : priez Sainte Barbe.

Si vous avez des maux de gorge : priez Saint Blaise

Pour vos voyages, voyez Saint Christophe

Pour régler les discordes, consultez Saint Eustache

Pour votre grossesse, voyez Sainte Marguerite

Et si vous êtes épileptique, dansez avec Saint Guy.

 

Le monothéisme est un rétrécissement de la pensée.

 

Flaubert a dit ceci de l'Empire Romain des deux premiers siècles de notre ère : 

« Les Dieux n'étant plus et le Christ n'étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l'homme seul a été. »

 

Avant qu’il ne soit établit (par le fer et par le feu de l’inquisition ou de Daesh) que l’homme est fait à l’image de Dieu qui nous aime même si parfois il nous éprouve pour mieux nous accueillir dans son froid paradis, avant cette fable que la science des hommes ne peut plus accepter, on raisonnait à Rome ou à Alexandrie.

 

Ce qu’Hypatie enseignât là-bas, est la philosophie d’Epicure (340 avant JC) et celle d’Epictète (stoïcien 50 après JC)

 

Pas celle de Socrate, Platon, ou Aristote, ces philosophes presque maudits par leurs contemporains que seule la chrétienté rendit à postériori célèbres parce qu’ils n’étaient pas incompatibles à son dogme.

 

Non les philosophes matérialistes, épicuriens, hédonistes ou stoïcs , qui eux seuls sont l’âme de la philosophie grecque. Et pour bien comprendre celle-ci mieux vaut lire les philosophes latins dont le style est moins archaïque.

 

Voici ce qu’enseignait Hypatie :

 

MARC AURELE

Philosophe / Empereur de Rome (la carte de visite est sublime !)

(121-180) Pensées pour moi-même.

 

« Forte natus sumus in mundo qui non curat. Nous sommes nés par hasard dans un monde qui s’en moque.

 

Qui a vu ce qui est dans le présent a tout vu, et tout ce qui a été de toute éternité et tout ce qui sera dans l'infini du temps.

 

Tu as subsisté comme partie du Tout. Tu disparaîtras dans ce qui t'a produit, ou plutôt, tu seras repris, par transformation, dans sa raison génératrice.

 

La mort est la cessation des représentations qui nous viennent des sens, des impulsions qui nous meuvent comme avec des cordons, du mouvement de la pensée et du service de la chair.

 

Tout est éphémère, et le fait de se souvenir, et l'objet dont on se souvient.

 

Tout ce qui arrive est aussi habituel et prévu que la rose au printemps et les fruits en été; il en est ainsi de la maladie, de la mort, de la calomnie, des embûches et de tout ce qui réjouit ou afflige les sots.

 

Celui qui craint la mort, craint de n'avoir plus aucun sentiment, ou d'éprouver d'autres sentiments. Mais, s'il n'y a plus aucun sentiment, tu ne sentiras aucun mal. Et si tu acquiers d'autres sentiments, tu seras un être différent, et tu n'auras pas cessé de vivre.

 

Bientôt tu auras tout oublié, bientôt tous t'auront oublié. »

 

 

SENEQUE

Philosophe / Administrateur de l’Empire

(4 avant JC - 65 après JC) Lettres à Lucilius

 

« Personne n’a jamais su qu’il était mort.

 

L'heure qui vous a donné la vie l'a déjà diminuée

 

Le plus grand obstacle à la vie est l'attente, qui espère demain et néglige aujourd'hui.

 

Ma patrie est le monde.

 

Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles. »


Albert Camus prolongera cette pensée :

« A cet instant subtil où l'homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher, contemple cette suite d'actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de l'origine tout humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n'a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore. Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux » Le Mythe de Sisyphe, Gallimard, 1942.

 

Pour finir écoutons le Marquis de Sade dans sa Philosophie dans le boudoir :

« Cessons de croire que la religion puisse être utile à l'homme. Ayons de bonnes lois, et nous saurons nous passer de religion. Mais il en faut une au peuple, assure-t-on ; elle l'amuse, elle le contient. À la bonne heure !

Donnez-nous donc, en ce cas, celle qui convient à des hommes libres. Rendez nous les dieux du paganisme. Nous adorerons volontiers Jupiter, Hercule ou Pallas ; mais nous ne voulons plus du fabuleux auteur d'un univers qui se meut lui-même ; nous ne voulons plus d'un dieu sans étendue et qui pourtant remplit tout de son immensité, d'un dieu tout-puissant et qui n'exécute jamais ce qu'il désire, d'un être souverainement bon et qui ne fait que des mécontents, d'un être ami de l'ordre et dans le gouvernement duquel tout est en désordre.

Non, nous ne voulons plus d'un dieu qui dérange la nature, qui est le père de la confusion, qui meut l'homme au moment où l'homme se livre à des horreurs ; un tel dieu nous fait frémir d'indignation, et nous le reléguons pour jamais dans l'oubli, d'où l'infâme Robespierre a voulu le sortir. »

 

 

ET SI LE CIEL ETAIT VIDE ?

S L

 

 

Vénérable Maître,

Et vous tous mes Frères en vos Grades et Qualités

 

Vous avez choisi, VM, de faire travailler notre atelier sur un thème particulièrement complexe : immanence et transcendance.

 

Rappelons qu’un principe immanent est un principe dont l'activité n'est pas séparable de ce sur quoi il agit, et qui le constitue de manière interne. L'idée de transcendance se définit quant à elle comme le fait d'avoir une cause extérieure et supérieure qui dépasse l’entendement.

Difficile à la lecture de ces définitions de ne pas penser en premier lieu au principe créateur et au divin. N’est ce d’ailleurs pas ce principe immanent et transcendant qui est évoqué lorsque nous lisons à l’ouverture de nos travaux le prologue de l’Evangile de St Jean ? Ces  « enfants de Dieu sont nés ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu ».

 

Mais pour raisonner ce thème en qualité de Maçon, il nous faut nous cantonner dans les règles de la Maçonnerie édictées par nos pères fondateurs.

 

Ces pères fondateurs ont très soigneusement et très explicitement éludé la question du divin. Ainsi la première des six Obligations des Constitutions d’Anderson stipule : «Un maçon est obligé, en vertu de son Titre, d’obéir à la Loi morale ; et s’il entend bien l’Art , il ne sera jamais un athée stupide, ni un Libertin sans Religion. Dans les anciens Terms, les Maçons étaient obligés dans chaque pays de professer la religion de leur Patrie ou Nation quelle qu’elle fut ; Mais aujourd’hui, laissant à eux-mêmes leurs opinions particulières, on trouve plus à propos de les obliger seulement à la Religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord. Elle consiste à être bons, sincères, modestes et gens d’honneur, par quelque Dénomination ou Croyance particulière que l’on puisse être distingué ; d’où il s’ensuit que la Maçonnerie est le Centre de l’Union et le Moyen de concilier une sincère Amitié́ parmi des Personnes qui n’auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles». (Traduction du FF de la Tierce)

 

C’est cette conviction qui nous interdit de débattre de sujets  religieux en loge. Donc pas de débat sur le divin - que chacun est libre d’interpréter à sa manière - et partant pas d’immanence ou de transcendance. Alors pourquoi donc avez-vous, Vénérable Maître, choisi ce thème de réflexion ?

 

Espérant ne choquer la sensibilité d’aucun d’entre vous, je vais essayer ce soir de défendre très simplement et rapidement le point de vue suivant :

 

La maçonnerie est - par sa construction même - un principe immanent et transcendant, et elle n’a par ailleurs aucun besoin d’immanence ou  transcendance d’ordre divin pour rajouter à sa légitimité ou à son efficacité dans le monde.

 

Les trois grandes lumières de la Franc-maçonnerie sont le volume de la Loi Sacrée, l’équerre et le compas. Notons que ces deux derniers instruments, création de l’homme par opposition à la parole de Dieu, sont disposés non pas à côté mais SUR le VLS. Dans un monde maçonnique où tout symbolisme a été minutieusement pensé, la prééminence des uns sur l’autre ne peut pas être incidentale.

Sans trahir de grands secrets maçonniques accessibles à tous sur Internet, l’équerre est la matière, et le compas l’esprit, capable de s’élever vers les hauteurs à l’image du cône que forme le compas en action. D’où leurs positionnements relatifs selon le degré de nos tenues, l’esprit triomphant in-fine de la matière.

 

L’équerre, le carré, et le compas, le cercle : nous voici avec l’homme de Vitruve, aux proportions parfaites qui l’enferment structurellement au centre d’une géométrie qui ne laisse aucune échappatoire. La position est particulièrement exposée, vulnérable : celle d’un homme écartelé dans ses contraintes et ses contradictions.

 

Cette représentation très maçonnique pose à elle seule la question de l’humanité – dans les deux sens que peut prendre ce terme, l’humanité de l’homme envers ses semblables ou la collectivité des hommes – la question de l’humanité donc est circonvenue dans ce cercle et ce carré. Comme si le champ de la réflexion, comme le champ de l’action, étaient volontairement bornés, la solution se trouvant nécessairement à l’intérieur de cet espace clos que forment l’équerre et le compas, la matière et l’esprit.

 

L’équerre et le compas nous renvoient aux principes d’autonomie et de responsabilité. Nous sommes entrés «librement» en Maçonnerie. Nous avons fait ce choix et aucun principe immanent ou supérieur n’a guidé notre décision d’entrer dans le cercle et le carré et de travailler sur nous-même. Nous avons choisi de « naître » et de devenir ces hommes nouveaux. Nous avons appris, par le miroir, que le premier Mal était en nous. Nous avons accepté, par nos serments, d’être ce que sont nos actes, et que nos actes définissent ce que nous sommes aux yeux de nos Frères et du monde.

 

Certes me direz-vous, mais nous sommes bien loin de l’immanence. Pas si sûr !

 

En acceptant ce que je viens d’énoncer – c’est à dire en devenant Maçon et a fortiori Maître Maçon -  nous nous sommes érigés en architectes de notre propre intériorité, ce que l’on désigne entre nous comme le temple intérieur. Ceux qui ont connu l’élévation se souviennent du rituel.

 

Puisque nous sommes devenus nos propres créateurs, nous pouvons alors méditer la phrase que Bergson a écrite dans une perspective philosophique totalement étrangère à la Franc-Maçonnerie:

 

«La joie qu’éprouve le créateur est une joie divine. Si donc, dans tous les domaines, le triomphe de la vie est la création, ne devons-nous pas supposer que la vie humaine a sa raison d’être dans une création qui peut se poursuivre à tout moment chez tous les hommes : la création de soi par soi, l’agrandissement de la personnalité par un effort qui tire beaucoup de peu, quelque chose de rien, et ajoute sans cesse à ce qu’il y avait de richesse dans le monde»

 

Cette conception de la création de soi par soi recoupe parfaitement la devise de notre Rite « Ordo ab Chao». Faire triompher l’esprit sur la matière, conformément à l’évolution des positions relatives du compas et de l’équerre. C’est – par le travail sur soi - donner du sens à sa propre vie, à son rapport aux autres et contribuer ainsi à l’avènement d’un monde plus fraternel – la construction de l’édifice.

 

La Maçonnerie répond donc à la définition d’un principe immanent dès lors que son activité n'est pas séparable de ce sur quoi elle agit - l’homme Maçon en l’occurrence - et qui le constitue de manière interne. En guise de clin d’œil, ne dit-on d’ailleurs pas lors de nos cérémonies « Au nom de… et en vertu de… je te constitue… » ?

 

Reste la question de la transcendance.

On peut certainement la chercher dans cette espérance folle d’une Fraternité Universelle qui nous dépasse tous, dans la construction de ce Temple collectif qui serait rendue possible si chaque homme y apportait sa pierre polie.

La cause est bien extérieure à l’homme, et elle lui est effectivement supérieure. Reste à savoir si elle dépasse l’entendement. La réponse est certainement oui si l’on définit le terme entendement comme la raison. La fraternité universelle est une utopie, une très belle utopie vers laquelle nous tendons et qui nous fait chaque jour reprendre le chemin dès que le soleil pointe à l’Orient.

 

La Franc-Maçonnerie est donc, dans ses fondements et sa construction même, un principe immanent et qui nous transcende. Notre rituel a d’ailleurs été conçu comme un modèle interactionniste fondé sur le « dire », le « voir », le « faire » et le « ressentir », et il utilise par exemple le principe de triangulation de la prise de parole, de la gestuelle et de la gestion spatio-temporelle pour produire une dialectique visible-invisible, théorie-pratique, transcendance et immanence.

 

Si nous acceptons cette hypothèse, il s’ensuit que la Maçonnerie n’a pas besoin de divin pour être opératoire et effective dans nos loges comme dans le monde profane. Elle se définit d’ailleurs elle-même comme « la Religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord ».

 

Dès lors il est légitime de s’interroger sur la présence du Volume de la Loi Sacrée comme troisième grande lumière, comme sur le passage de cette Obligation des Constitutions d’Anderson qui stipule que le Maçon,  « s’il entend bien l’Art , ne sera jamais un athée stupide, ni un Libertin sans Religion ».

 

Je soumets à votre sagesse deux arguments hypothétiques, l’un défensif, l’autre offensif :

  1. Fondée à l’aube du 18ème siècle, peu après les guerres de religion et dans un monde occidental dans lequel la religion est consubstantielle à la vie en société et la structure, il était émotionnellement, psychiquement et sociologiquement inconcevable – c’est à dire en l’occurrence mortel – que la Maçonnerie ne se positionne pas comme étant compatible avec les religions. Il en allait de sa survie même.
  2. Les pères fondateurs de la Maçonnerie, acteurs majeurs du siècle des Lumières, savaient très bien que l'homme est une machine à fabriquer des dieux. Ils ont donc eu la sagesse - et je dirais même l’intelligence tactique - de recycler les religions dans la Franc-Maçonnerie, comme les religions avaient en leur temps recyclé les rites païens pour convertir la multitude. C’était une condition essentielle pour attirer les hommes de bonne volonté vers cette nouvelle Religion et permettre son développement sur la surface de la terre.

 

Gardons d’ailleurs à l’esprit que le VLS peut être, au choix, l’un des livres des trois religions révélées, mais peut également n’être qu’un recueil de pages blanches.

 

Je terminerai mon propos en suggérant que la Franc-Maçonnerie, cette nouvelle religion créée sur les décombres des guerres de religion, est d’essence anarchiste en cela – et en cela seulement - qu’elle affirme in-fine le principe du « Ni Dieu Ni Maître ». La Franc-Maçonnerie a mis l’homme au centre du monde, en situation de pleine responsabilité dans la construction de son soi comme de l’avènement d’un monde plus fraternel. Elle met l’homme dans la vie et vise à le faire échapper à cette insoutenable légèreté de l’être que décrivait Kundera, celle de l’homme livré à ses passions et à ses pulsions.

Et c’est bien ainsi.


J’ai dit.

 

Références :

Constitutions d’Anderson (http://www.ledifice.net/3241-D.pdf)

Bergson - Œuvres Complètes – Arvensa Editions p.758

Milan Kundera - L’insoutenable légèreté de l’être