TRAVAUX EN LOGE 6022

Voltaire humilié

 

 

NB : Les principaux acteurs cités dans cette étude furent maçons sauf Rousseau.

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Le royaume

Nous sommes en 1726. 

 

Louis XV, couronné trois ans plus tôt n'a que 17 ans. Il appelle auprès de lui le cardinal de Fleury, son ancien précepteur. Une période de paix et de prospérité s'ouvre pour la France alors première puissance mondiale, la plus peuplée, la plus riche, la mieux dotée de routes. La Lorraine et le Barrois ont été donnés en usufruit au beau père de louis XV (l'ex roi polonais Stanilas - d'ou la place du même nom à nancy) et reviendront à la France à sa mort, par héritage de sa fille Marie Leszcynska, Reine de france. La France s'est pourvue d'un vaste empire, du canada aux Indes en passant par la louisiane et les caraïbes, son fleuron colonial par son industrie sucrière.

Bref tout va plutôt bien dans le royaume de France ou les lettres prospèrent.

 

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D'ou vient Voltaire ?

Voltaire est né Arouet. Les Arouets sont originaires d’un petit village du nord du Poitou, Saint-Loup, où ils exercent au XVe et XVIe siècle une activité de tanneurs. L‎es Arouet sont un exemple de l’ascension sociale de la bourgeoisie au XVIIe siècle. Le premier Arouet à quitter sa province s’installe à Paris en 1625 où il ouvre une boutique de marchand de draps et de soie. Il épouse la fille d’un drapier prospère et s’enrichit suffisamment pour acheter pour son fils, François, le père de Voltaire, une charge de notaire au Châtelet en 1675, assurant à son titulaire l’accès à la petite noblesse de robe. Ce dernier, travailleur austère et probe aux relations importantes, arrondit encore la fortune familiale en épousant le 7 juin 1683 la fille d’un greffier criminel au Parlement. Arouet père veut donner à son cadet, François-Marie une formation intellectuelle qui soit à la hauteur des dons que celui-ci manifeste. Arouet père élève cinq enfants (dont trois atteignent l'âge adulte), et revend son étude en 1696 pour acquérir une charge de conseiller du roi, receveur des épices à la ‎Chambre des Comptes‎. Voltaire perd sa mère à l’âge de sept ans.

 

François-Marie entre à dix ans comme interne au collège Louis-le-Grand chez les Jésuites. L'établissement le plus cher de la capitale  (500 livres par an) et le mieux fréquenté; François-Marie y étudie durant sept ans. Les jésuites enseignent le latin et la rhétorique, mais veulent avant tout former des hommes du monde et initient leurs élèves aux arts de société : joutes oratoires, plaidoyers, concours de versification, et théâtre. ‎

 

Arouet est un élève brillant, vite célèbre par sa facilité à versifier : sa toute première publication est son Ode à sainte Geneviève. Imprimée par les Pères, cette ode est répandue hors les murs de Louis-le-Grand. Il apprend au collège à s'adresser d’égal à égal aux fils de puissants personnages et tisse de précieux liens d’amitié, très utiles toute sa vie : entre par exemple les frères d’Argenson, René-Louis et Marc-Pierre, futurs ministres de Louis XV et le futur duc de Richelieu.

Arouet quitte le collège en 1711 à dix-sept ans et annonce à son père qu’il veut devenir homme de lettres, et non avocat ou titulaire d’une charge de conseiller au Parlement, investissement pourtant considérable que ce dernier est prêt à faire pour lui. Devant l’opposition paternelle, il s’inscrit à l’école de droit.

 

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La Société du Temple

Il fréquente la société du Temple, qui réunit dans l’hôtel de Philippe de Vendôme, des membres de la haute noblesse et des poètes, épicuriens connus pour leur esprit, leur libertinage et leur scepticisme. Comme les lettrés de ce temps il entend restaurer la philosophie des anciens pour l'opposer au dogme. Il y approfondi sa connaissance des classiques latins, Sénèque et Marc Aurèle en particulier :

«Nous sommes nés par hasard dans un monde qui s’en moque. Natus sum in mundo, qui forte ignorat.

Qui a vu ce qui est dans le présent a tout vu, et tout ce qui a été de toute éternité et tout ce qui sera dans l'infini du temps.

Tu as subsisté comme partie du Tout. Tu disparaîtras dans ce qui t'a produit, ou plutôt, tu seras repris, par transformation, dans sa raison génératrice.

Tout est éphémère, et le fait de se souvenir, et l'objet dont on se souvient.

Bientôt tu auras tout oublié, bientôt tous t'auront oublié.

C'est une citadelle que l'intelligence libérée des passions»

Telles sont les sentences, les inclinations philosophiques qui marquent les esprits avancés de ce temps.

L’abbé de Châteauneuf, son parrain, l’avait présenté à la Société du Temple dès 1708. A la fréquentation de ses membres, il se persuade qu’il est né d'un grand seigneur libertin et n’aurait rien à voir avec les Arouet et les gens du commun. (il ira jusqu'a s'imaginer le fils d'un noble proche de sa défunte mère)

La Société est aussi pour lui une école de poésie ; il va ainsi y apprendre à faire des vers « légers, rapides, nourris de référence antiques, libres de ton jusqu’à la grivoiserie, plaisantant sans retenue sur la religion et la monarchie.

Le 18 novembre 1718, sa première pièce écrite sous le pseudonyme de Voltaire, Œdipe, obtient un immense succès. Le public, qui voit en lui un nouveau Racine, aime ses vers en forme de maximes et ses allusions impertinentes au roi défunt et à la religion. Ses talents de poète mondain triomphent dans les salons et les châteaux.

Il connaît un nouveau succès en 1723 avec La Henriade, (un hommage à Henry IV) poème épique de 4 300 alexandrins se référant aux modèles classiques. Pour ses contemporains admiratifs, Voltaire va être longtemps l'auteur de La Henriade , le « Virgile français », le premier à avoir écrit une épopée nationale.

A ses gloires littéraires et dans les salons ou son esprit piquant et léger est recherché, à sa fortune familiale déjà très consistante qu'il augmente habilement avec le concours de financiers amis, s'ajoute ses succès nombreux avec les femmes.

Et parmi ses maîtresses l'une d'elle est une figure du siècle : la comédienne Adrienne Lecouvreur

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Adrienne Lecouvreur

C'était une jeune femme svelte dont la voix bien timbrée, mais posée, était incapable de ces coups de force mais qui charmait littéralement son auditoire.

Adrienne Lecouvreur ne criait pas, ce qui constituait une nouveauté pour l'époque, étonnant le public habitué à entendre vociférer des vers de Corneille ou de Racine.

Tour à tour Bérénice, ou Amphytrion, elle enchante la Cour et la ville, jouant cent trente-neuf fois en dix mois.

Le Mercure de France la décrit ainsi : «Mademoiselle Lecouvreur est parfaitement faite dans sa taille médiocre, avec un maintien noble et assuré; la tête et les épaules sont bien placées, les yeux pleins de feu, la bouche belle, le nez un peu aquilin et beaucoup d'agrément dans l'air et les manières; sans embonpoint, mais les joues assez pleines, avec des traits bien marqués pour exprimer la tristesse, la joie, la tendresse, la terreur et la pitié.»

Bien que fort effacée dans la comédie, ce fut elle cependant que Marivaux choisit pour créer le rôle de la marquise dans la Seconde Surprise de l'Amour, qu'elle joua, dit d'Alembert, avec des «allures de reine».

Elle fut longtemps maîtresse attentionnée du Maréchal de Saxe.

Mais pour l'heure elle est celle de Voltaire

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L'altercation : 15 janvier 1726

Revenons à cette date du 15 janvier 1726. Voltaire à 32 ans.

La querelle naquit entre Voltaire et Rohan un soir à la Comédie-Française, dans la loge d'Adrienne Lecouvreur.

Guy-Auguste de Rohan comte de Chabot, Grand du Royaume, jaloux du succès de Voltaire auprès de la comédienne, lui dit devant celle-ci, pour faire valoir sa haute noblesse face au roturier : 

« Arouet ? Voltaire ? Enfin, monsieur avez-vous un nom ? » 

La réplique fuse : 

« Voltaire ! Je commence mon nom et vous finissez le vôtre. »

Le ton monte entre les deux hommes et Voltaire demande réparation s'offrant pour un duel le lendemain; mais Rohan réplique qu'il ne s'abaissera à combattre un manant. Voltaire le traite de lâche.

Le lendemain au soir alors qu'il soupe chez le Duc de Sully, un domestique fait descendre Voltaire dans la rue où deux voitures l'y attendent; de l'une jaillit une volée de tape-dur armés de bâtons, et tapi dans l'autre, Rohan s'écrie : « Ne frappez pas sur la tête, il peut encore en sortir quelque chose de bon. »; puis « C'est assez. » lorsqu'il estime la correction suffisante.

C'est ainsi qu'on se doit de traiter la roture.

Voltaire est humilié et en appelle à ses amis pour organiser une cabale contre Rohan pour le pousser au duel.

Mais pas un n'intervient. Tous l'exhortent à oublier l'incident et à prendre conscience de la position de son adversaire. Ses amitiés aristocrates l'abandonnent l'une après l'autre; le roturier prend amèrement conscience de sa condition d’histrion utile à leur divertissement. Il ne décolère pas.

Un rapport de police est adressé au ministre :

« nous sommes informés par voie sûre que le sieur Voltaire médite d'insulter incessamment et avec éclat M. de Rohan […] il [Voltaire] est actuellement chez un nommé Leymaud, maître en fait d'armes, rue Saint-Martin, où il vit en très mauvaise compagnie […] »

Il est embastillé sur le champ mais ménagé tout de même par la lettre suivante écrite à l'attention du gouverneur de la Bastille :

« Le sieur Voltaire est d'un génie à avoir besoin de ménagements. Son Altesse Royale a trouvé bon que j'écrivisse que l'intention du Roi est que vous lui procuriez toutes les douceurs et la liberté de la Bastille qui ne seront point contraires à la sécurité de sa détention. »

Onze jours plus tard, Voltaire obtient son départ pour l'Angleterre pour quitter la Bastille :

« Je remonte très humblement que j'ai été assassiné par le brave chevalier de Rohan assisté de six coupe-jarrets derrière lesquels il était hardiment posté. J'ai toujours cherché depuis ce temps-là à réparer, non mon honneur, mais le sien, ce qui est trop difficile… Je demande avec encore plus d'insistance la permission d'aller incessamment en Angleterre et si on doute de mon départ, on peut m'envoyer avec un passeport jusqu'à Calais.»

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L'enterrement de Newton

D’une durée de trois ans, le voyage est une révélation intellectuelle et humaine pour le Parisien : il y a d’abord la découverte de Shakespeare ; il y a ensuite le commerce avec les œuvres de John Gay et de Swift ; puis le chaleureux accueil de l’ami Lord Bolingbroke, qui présente au voyageur Alexander Pope ; à cela s’ajoutent l’initiation à la philosophie newtonienne et la rencontre des philosophes Berkeley, Locke et Clarke. Sur l’« île de la Raison », exacte antinomie du « royaume très chrétien » qu’incarne la France, Voltaire côtoie l’élite anglaise. Résultat, sa pensée se précise.

Il ne faut pas plus de quelques semaines pour qu'il goûte au règne de l’indulgence : aucune lettre de cachet ici ; la loi d’Habeas corpus de 1679 (nul ne demeure détenu sauf par décision d’un juge) et la Déclaration des droits de 1689 protègent les citoyens contre le pouvoir du monarque. Voltaire croise des personnes d’obédiences religieuses très diverses et écarquille les yeux à leur écoute : loin de s’entre-tuer, le juif, le mahométan et le chrétien négocient ensemble ; les trois confessions agissent pour la prospérité commerciale. L’exemple, surprenant et remarquable, sera souvent cité par le philosophe au cours de sa longue vie. Le modèle insulaire n’a décidément que du bon. Le Français note chaque détail et relate ses expériences ; les feuilles qu’il noircit au fur et à mesure des jours s’apparentent à un véritable reportage intellectuel.

Le projet d’écrire des « Lettres anglaises » fait son chemin qui deviendra plus tard les Lettres philosophiques. De quoi y parle-t-on ? Outre un panorama religieux, Voltaire propose des développements sur le politique, le social et l’économique. Il chante les louanges de l’esprit novateur propre aux Anglais, un esprit libre de toute censure qui s’affirme aussi bien chez Bacon (le théoricien de l’expérience) que chez Locke (le théoricien de l’empirisme) ou chez Newton (le théoricien de la gravitation universelle et apôtre de la religion naturelle -déisme). Une dernière partie traite des institutions littéraires et des écrivains. L’œuvre constitue l’un des premiers manifestes en faveur des Lumières.

Le voyage participe indéniablement à la mutation spirituelle du jeune auteur. Éloge de la tolérance, du pragmatisme et de la liberté économique.

A chacun selon sa naissance, dit on en France

A chacun selon ses mérites, dit on a Londres

A Londres ou il assiste à l'enterrement de Newton, père de la Maçonnerie, sous les pavements de Westminster Abbey aux côtés des rois d'angleterre. Newton qui refusa les derniers sacrement et qui ne fut anobli que de part son génie.

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L'enterrement d'Adrienne

De retour en France, dont il se languissait, Voltaire renoue avec Adrienne. Dans la nuit du 20 mars 1730 la comédienne s'éteind d'une violente crise intestinale évoluant en hémorragie (on soupçonne l'épouse de maurice de Saxe de l'avoir empoisonnée)

Saxe, Voltaire et le chirurgien Faget ont assisté à ses derniers moments. Les scellés furent apposés le jour même, et le lendemain matin on procédait à l'autopsie.

Adrienne morte, des faits odieux vont se passer autour de son cadavre. La valetaille fait main basse sur tout ce qu'on peut prendre.

Le curé de Saint-Sulpice, arrivé lorsque son ministère n'était plus nécessaire, se refuse à rendre les honneurs funèbres, arguant que la défunte n'a pas fait acte de repentir des scandales de sa profession; bien plus: il s'oppose à ce qu'elle soit inhumée parmi les fidèles, bien qu'elle eût témoigné l'extrême désir de recevoir les derniers sacrements et qu'elle fût morte dans le temps qu'on avait envoyé chercher un prêtre. D'où l'obligation pour le ministre Maurepas de donner des ordres pour faire enlever le cadavre la nuit, afin de l'enterrer n'importe où, mais sans scandale.

Voltaire nous a laissé le procès-verbal de cette opération, qui fut hideuse :

«...Que l'aimable Lecouvreur

A qui j'ai fermé les paupières

N'a pas eu même la faveur 

De deux cierges et d'une bière,

Et que Monsieur de Laubinière

Porta la nuit par charité,

Ce corps autrefois si vanté

Dans un vieux fiacre empaqueté,

Vers les bords de notre rivière»

A minuit, le corps d'Adrienne Lecouvreur avait été descendu dans un fiacre par des portefaix, puis, accompagné du Laubinière cité plus haut et d'une escouade du guet, transporté dans un terrain vague et déposé dans de la chaux vive, au milieu de chantiers, près de la Seine.

Différents endroits ont été désignés: la Grenouillère, c'est-à-dire vers le quai d'Orsay actuel, à l'angle du boulevard Saint-Germain;  

Au lendemain de ce scandale, Voltaire seul avait protesté. Sa voix resta sans écho et il en fut meurtri.

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Ces trois épisodes, la bastonnade de Rohan, la découverte de l'Angleterre et l'enseignement de Newton, l'enterrement d'Adrienne Lecouvreur, transformèrent le poète en un philosophe, qui de sa roture, jadis dissimulée, s'en fait désormais gloire.

Ces événements intimes firent de lui ce qu'il fut.

De ces épisodes, minuscules d'apparence, naissent, par réaction sous la forte impulsion de Voltaire l'épopée des Lumières ou tous les Philosophes (tous maçons sauf Rousseau) s'appliqueront à bouleverser le Monde.

 

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La conclusion de Bakounine

Bien plus tard Bakounine fit un discours en Loge pour évoquer ce moment :

«La bourgeoisie avait un monde à conquérir, une place à prendre dans la société, et organisée pour le combat, intelligente, audacieuse, se sentant forte du droit de tout le monde, elle était douée d’une‎ toute-puissance irrésistible : elle seule a fait contre la monarchie, la noblesse et le clergé réunis les trois révolutions.  A cette époque la bourgeoisie aussi avait créé une association internationale, universelle, formidable, la Franc-Maçonnerie.  On se tromperait beaucoup si l’on jugeait de la Franc-Maçonnerie du siècle passé, ou même de celle du commencement du siècle présent, d’après ce qu’elle est aujourd’hui. Institution par excellence bourgeoise, dans son développement, par sa puissance croissante d’abord et plus tard par sa décadence, la Franc-Maçonnerie a représenté en quelque sorte le développement, la puissance et la décadence intellectuelle et morale de la bourgeoisie. Aujourd’hui, descendue au triste rôle d’une vieille intrigante radoteuse, elle est nulle, inutile, quelquefois malfaisante et toujours ridicule, tandis qu’avant 1830 et surtout avant 1793, ayant réuni en son sein, à très peu d’exceptions près, tous les esprits d’élite, les cœurs les plus ardents, les volontés les plus fières, les caractères les plus audacieux, elle avait constitué une organisation active, puissante et réellement bienfaisante. C’était l’incarnation énergique et la mise en pratique de l’idée humanitaire du XVIIIe siècle. Tous ces grands principes de liberté, d’égalité, de fraternité, de la raison et de la justice humaines, élaborés d’abord théoriquement par la philosophie de ce siècle, étaient devenus au sein de la Franc-Maçonnerie des dogmes politiques et comme les bases d’une morale et d’une politique nouvelle, - l’âme d’une entreprise gigantesque de démolition et de reconstruction.

La Franc-Maçonnerie n’a été rien [de] moins, à cette époque, que la conspiration universelle de la bourgeoisie révolutionnaire contre la tyrannie féodale, monarchique et divine.

Ce fut l’Internationale de la Bourgeoisie

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La conclusion (opposée) d'Edmund Burke

‎Philosophe irlandais, député à la Chambre des Communes britannique dans les rangs du parti Whig « Le Cicéron anglais» voit les choses autrement.

Opposé à la Révolution française dès son début, il s'en déclara l'adversaire, contre l’opinion de la plupart des Whigs qui manifestaient de l'intérêt pour l'expérience française, tels Thomas Paine et William Godwin, qui incarnèrent ce pan du libéralisme anglais converti aux Lumières françaises et défenseur de l'esprit de 1789.  

Dans l’œuvre de Burke, on lit en filigrane la lointaine et durable incrédulité qui règne entre les maçons anglais, libéraux et conservateurs et leurs frères de France plus portés à une rupture radicale avec l’Ordre ancien, à une politique brouillonne de terre brulée, aux balancements extrêmes.

CITATION

«Ce qui conduit à la découverte de la véritable cause de cette opération : Les capitalistes de Paris ; Les philosophes politiques, hommes de lettres. 

Le peuple a regardé longtemps d'un mauvais œil les capitalistes. La nature de leur propriété lui semblait avoir un rapport plus immédiat avec la nature de sa détresse, et l'aggraver. Dans le même temps, la fierté des hommes à argent, non nobles ou nouvellement anoblis, s'augmentait avec sa cause. Cette classe d'hommes ne supportait qu'avec ressentiment une infériorité dont elle ne reconnaissait pas les fondements. C'est cette classe d'hommes qui a frappé sur la noblesse en attaquant la couronne et l'église. Elle a porté particulièrement ses coups aux endroits où les blessures devaient être les plus mortelles ; c'est-à-dire en s'adressant aux propriétés de l'église qui, au moyen du patronage du roi, étaient communément réparties parmi la noblesse. Dans cet état subsistant d'une guerre très réelle, quoique pas toujours apparente, entre l'ancien propriétaire foncier et le nouveau capitaliste, la force prépondérante était en faveur des derniers. Les capitaux sont en effet plutôt disponibles pour tous les événements, et leurs propriétaires plus disposés aux nouvelles entreprises de toute espèce ; comme l'acquisition en est récente, ils s'accordent plus naturellement avec toutes les nouveautés. C'est par conséquent l’espèce de richesses qui convient à ceux qui souhaitent des changements.

D'un autre côté, s'était élevée, aussi dans le même temps, une nouvelle classe d'homme qui ne tarda pas à former avec les capitalistes une coalition intime et remarquable ; je veux dire les hommes de lettres politiques. Les hommes de lettres sans cesse préoccupés du besoin de primer, sont rarement ennemis des innovations. Depuis le déclin de la vie et de la grandeur de Louis XIV, ils avaient cessé d'être aussi recherchés, soit par lui-même, soit par le Régent, soit par leurs successeurs à la couronne ; ils n'étaient plus si systématiquement attirés à la cour par les mêmes faveurs et les mêmes largesses que pendant la brillante période de ce règne politique et plein de dignité. Ils tachèrent de se dédommager de ce qu'ils avaient perdu dans la protection de l'ancienne cour, en se réunissant pour former entre eux une association puissante. L'union des deux académies de France, et ensuite la vaste entreprise de l’Encyclopédie dirigée par ces messieurs, ne contribuèrent pas peu aux succès de leurs projets.

La cabale littéraire avait formé il y a quelques années quelque chose de ressemblant à un plan régulier pour la destruction de la religion chrétienne ; ils poursuivaient leur objet avec un degré de zèle qui jusqu'ici ne s'était montré que dans les propagateurs de quelque système religieux. Ils étaient possédés jusqu'au degré le plus fanatique de l'esprit de prosélytisme ; et de là, par‎ une progression facile, d'un esprit de persécution conforme à leurs vues : ce qu'ils ne pouvaient pas faire directement et tout d'un coup pour arriver à leurs fins, ils le tramaient par des procédés plus lents et en travaillant l'opinion. Pour commander à l'opinion, le premier pas nécessaire est de s'arroger un empire sur ceux qui la dirigent. Leurs premiers soins furent de s'emparer avec méthode et persévérance de toutes les avenues qui conduisent à la gloire littéraire ; beaucoup d'entre eux, assurément, ont occupé un rang très élevé dans la littérature et dans les sciences. Le monde entier leur a rendu justice, et en faveur de leurs autres talents, on leur a fait grâce sur le but dangereux de leurs principes particuliers ; c'était générosité pure ; ils y ont répondu en faisant tous leurs efforts pour accaparer entre eux seuls et leurs adeptes toute la réputation d'esprit, de savoir et de goût

A ce système de monopole littéraire était jointe une industrie sans pitié, pour noircir et pour discréditer de toutes les manières, et par toutes sortes de moyens, tous ceux qui ne tenaient pas à leur parti. Les persécutions faibles et passagères qui ont eu lieu contre eux, plutôt par égard pour la forme et pour la décence, que par l'effet d'un ressentiment sérieux, n'ont ni diminué leurs forces, ni ralenti leurs efforts. Tout ce qui en est résulté, c'est que cette opposition et leurs succès ont fait naître un zèle violent et atroce, d'une espèce inconnue jusqu'ici dans le monde ; que ce zèle qui s'était emparé de leurs esprits, rendit toutes leurs conversations, qui autrement auraient été agréables et instructives, tout-à-fait dégoûtantes. Ils s'emparèrent avec grand soin de toutes les avenues de l'opinion.

Les écrivains, surtout lorsqu'ils agissent en corps, et dans une seule et même direction, obtiennent une grande influence sur l'esprit public ; c'est pourquoi l'alliance de ces écrivains avec les capitalistes a produit un sensible effet, en affaiblissant la haine et l'envie du peuple contre cette espèce de richesses. Ces écrivains, de même que tous ceux qui propagent des nouveautés, affectèrent un grand zèle pour le pauvre, et pour la classe la plus basse de la société, en même temps que, dans leurs satires, ils attiraient, à force d'exagération, la haine la plus forte sur les fautes des cours, de la noblesse et du clergé ! Ils devinrent des démagogues d'une certaine espèce. Ils servirent comme de chaînon pour joindre, en faveur d'un seul objet, les dispositions hostiles de la richesse, au désespoir turbulent de la pauvreté. Comme ces deux espèces d'hommes paraissent être les principaux guides de toutes les dernières opérations, leur union et leur politique serviront à expliquer la fureur universelle avec laquelle on a attaqué toutes les institutions de ce pauvre royaume. Peu de conquérants barbares ont jamais fait une révolution si terrible.

 

J'ai dit Vénérable Maître

V.B.

 

 

 

 

Les explorateurs maçons du siècle des lumières à nos jours : Connaître l'autre côté du monde

 

 

Vénérable Maître et vous tous mes frères en vos grades et qualités, je vais vous inviter ce soir à un voyage dans le temps et dans l'espace pour retracer les aventures et parfois les fortunes de mer de quelques explorateurs maçons ou proche de la confrérie qui ont exploré les confins du monde pour atteindre, souvent au péril de leurs vies, ces lieux encore inexplorés de notre globe et pour certains, bien au-delà !

 

Toute exploration commence par un voyage dans l'inconnu avec l’irrésistible envie de voir ce qu’il y a derrière les collines, les montagnes et les mers avec la promesse de  découvrir une nouvelle partie du monde et de nouvelles civilisations. Pour les maçons, nous le savons , l'exploration peut être considérée comme un voyage initiatique ouvrant les portes de la géographie spirituelle. Pour les explorateurs maçons, les deux notions s’interpénètrent.

 

Les temps anciens

 

Dans l’histoire et depuis l’antiquité, les explorateurs à commencer par Ulysse ou Pythéas le marseillais n’avaient de cesse d’assouvir leur soif de découvertes. L’irrépressible envie d’apercevoir de nouveaux horizons, de nouveaux rivages ou de nouvelles contrées bercent leurs rêves et notre mythologie.

La fin du 15ème siècle la découverte des Amériques par Christophe Colomb marque une rupture profonde dans les mentalités et la vision du monde. Le début du 16éme siècle confirmera la rotondité de notre planète avec le premier  voyage est-ouest autour de la terre effectué par Magellan et dont il ne verra pas la fin en mourant dans une île des philippines sur le chemin du retour.

Mais ces merveilleux voyages restent souvent centrés sur la recherche de nouvelles terres à conquérir au nom des royaumes d’Europe pour s’approprier les richesses “que Cipengo mûrit en ces mines lointaines“ tels les conquérants du célèbre poète cubains qui enchanta les milieux littéraires parisiens ( José-Maria de Hérédia)

 

Les lumières et l’exploration

 

Avec le 18ème siècle et les lumières commencent les grandes campagnes d'explorations scientifiques pour reconnaître, décrire et mesurer le globe. Les puissances européennes que sont la France et l'Angleterre montent de nombreuses expéditions scientifiques à la recherche de nouvelles terres.

 

 

Nous allons nous attarder sur 2 explorateurs français et maçons qui ont à jamais marqué l'histoire du pacifique autant par leur découverte que par leur humanisme.

 

En 1766 Louis Antoine de Bougainville par la volonté de Louis XV est le premier navigateur français à entreprendre un tour du monde. Le 5 décembre, il quitte Saint-Malo à bord de la frégate La Boudeuse.

 

Le navire se dirige au sud-ouest de l'atlantique, fait escale à Rio de Janeiro où son botaniste Philibert Commerson découvre parmi de nombreuses singularités végétales du Brésil, une plante aux fleurs feuilles qu’il nommera plus tard Bougainvillée. Il fait également escale à Buenos Aires rejoint par l'Etoile son navire de charge.

 

La petite escadre franchit le détroit de Magellan et mouille à Tahiti que Bougainville croit découvrir mais qui vient d’être reconnue quelques semaines plus tôt par un capitaine de la Royal Navy : Samuel Wallis mais les anglais ne purent accoster sur l'île devant l'hostilité des autochtones. Il poursuit sa route sur l'océan Pacifique, découvre les Nouvelles-Hébrides et les îles Salomon, puis le 16 mars 1769, la flottille rejoint son port d'attache : Saint-Malo. Immense triomphe pour ce succès et pour ces apports scientifiques majeurs notamment sur la géographie de l’Océanie.

Bougainville fut initié à la franc maçonnerie dans la loge de marine « l’Accord parfait » peu avant son voyage de 1766.

 

Il resta fidèle à ces valeurs maçonniques qui l'ont certainement guidé tout au long de sa vie aussi bien avec les colons malouins qu'il débarque sur les Falklands et qui devinrent malouines pour un temps qu'avec les peuples Patagons, Fuégiens ou encore Tahitiens qu'il croisera dans son voyage et avec lesquels il établira des relations amicales. Bougainville participera en 1798 au préparatif de la campagne d'Egypte de Bonaparte qui le nommera plus tard comte de l'Empire.

 

La fin du siècle approche avec, en  France, le futur bouillonnement de la révolution mais, peu avant que les canons tonnent aux tuileries et à la bastille, Louis XVI passionné de géographie et conscient que la France ne joue qu'un rôle modeste dans les découvertes de l'Océanie face aux anglais décide d'organiser et de financer une grande expédition visant à compléter les découvertes de James Cook. Choisi par le roi et par le ministre de la Royale, le marquis de Castries,  Jean François de Galaup, comte de La Pérouse appareille de Brest le 1er août 1785 avec deux navires : l'Astrolabe et la Boussole pour une expédition estimée à 4 ans autour de l'océan pacifique. L'expédition Lapérouse, composée de scientifiques ( astronomes, physiciens, naturalistes, botanistes, minéralogistes et illustrateurs  ) double le cap Horn en février 1786 , fait escale au Chili et gagne l'île de Pâques où les pasquouans encore nombreux se montrèrent amicaux ce qui permit aux scientifiques fascinés par les géants de pierre d'effectuer mesures et croquis.

 

Ensuite Tahiti puis cap au nord où l'escadre atteint l'Alaska  au mois de juillet ; là également la rencontre avec les indiens est courtoise. Lapérouse décide de longer la côte nord-ouest américaine jusqu'à Monterret d'où il effectue une traversée sans escale du pacifique en direction des philippines  qu'il  atteint début 1787 puis la Chine, l'île de Sakaline et en septembre de la même année l'expédition touche les côtes du Kamtchatka.

 

Dans ce décor des confins du monde les membres de l'expédition purent contempler la chaîne des volcans en activité et y relever de nombreuses observations scientifiques. Comme les frégates regorgeaient d'une extraordinaire moisson d'échantillons, de dessins et d'informations cartographiques précieuses, Lapérouse décide de confier au jeune Jean- Baptiste de Lesseps ( grand oncle de Ferdinand) ce précieux chargement et de le conduire par voie de terre jusqu'à Versailles qu'il atteignit après une odyssée de 13 mois à travers la Sibérie, la Russie et l'Europe.

 

Pour leur part, L'astrolabe et la boussole poursuivirent leur exploration d'abord au îles Salomon où ils durent subirent la perte de 12 marins tués par les indigènes puis une dernière escale en Australie à Botany Bay en avril 1788. A partir de cette date le mystère Lapérouse commence avec la disparition des deux navires. Louis XVI avant de monter  sur l'échafaud aurait demandé si quelqu'un avait des nouvelles de Monsieur de Lapérouse.

 

Pour la petite histoire le seul survivant de l’expédition est un certain Jean-Baptiste-Barthélemy de Lesseps que l’expédition débarque avec une partie des échantillons et planches botaniques récolté par l’expédition. Il traversera la sibérie, la russie et mettra un an pour rejoindre l'Europe en franchissant les fleuves, les lacs gelés, les bourbiers des plaines d’Ukraine, et ce au péril de sa vie.

 

Quand à la recherche des navires de La Pérouse et avec la période révolutionnaire, on ne décide qu’en 1791 d’envoyer une expédition de secours commandée par le Vice-Amiral d’Entrecastreaux qui se soldera par un échec cuisant.

 

Et, ce n'est qu’en 1828  que Dumont d'Urville reconnut le lieu probable du naufrage sur les récifs de l'île de Vanikoro. Ainsi s'acheva la vie d'un grand explorateur qui fut initié à la franc-maçonnerie dans la loge de Brest “l'Heureuse rencontre “ en 1779 avec le même sens des valeurs. Il connu très certainement Lafayette lors de la bataille de la baie d'Hudson pendant la guerre d'indépendance américaine.

 

Le 19ème Siècle

 

Nous voici maintenant au 19ème siècle. La connaissance des côtes et des mers est devenue précise, c'est l'intérieur des continents, en particulier l'Amérique de sud et l'Afrique qui fascinent les explorateurs et les institutions comme la royal geographical society ou le muséum d'histoire naturel.

 

En Amérique du Sud, une paire inséparable d'explorateurs va permettre une description très riche du bassin de l'amazone et de ses affluents les plus importants. Alexandre Von Humbolt ingénieur des mines et Aimé Goujond dit Bonpland Chirurgien de marine et naturaliste partent en juin 1799 pour un voyage d'exploration de plus de 5 ans en Amazonie.

 

A leur retour en France en août 1804 ils ont parcouru 15 000 km, dont 2500 de navigation fluviale sur L'Orénoque et le Cassiquiare, ont gravi les pentes du Chimborazo, un volcan d’Équateur culminant à 6 263 m d’altitude et situé près de Riobamba, à environ 180 km au sud de Quito. C’est le sommet le plus haut des Andes équatoriennes.

 

C'est au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris que Bonpland et Humbolt offrirent l'herbier de plus de 6000 échantillons de plantes observées et recueillies durant leur voyage. Humbolt et Bonpland sont également amis avec Simon Bolivar avec qui ils aborderont le sujet de l'indépendance de l'Amérique du Sud.

 

Bien sûr si Simon Bolivar est un franc maçon bien connu initié  en 1803 à Cadix en Espagne dans la loge  "Grande Réunion Américaine, à Paris il obtient le grade de Compagnon dans la loge "Saint- Alexandre d'Écosse”. Pour nos explorateurs, Il ne sera jamais vraiment fait état de l'appartenance à la maçonnerie d'Alexandre Von Humbolt mais ce prussien amoureux de la France et de Paris alors capitale intellectuelle du monde fréquente la communauté scientifique des grandes institutions françaises qui comptait nombre de maçons comme Laplace, Lalande ou Arago et à la fameuse société de géographie.

 

Quand à Aimé Bonpland , il retourna en Amérique du sud. Tout au long de ses multiples vies, voyages et engagement politique, il ne cessa d’envoyer des plantes au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris (où l’on peut encore contempler nombre de ses herbiers) et créa le Musée d'Histoire Naturelle de Corientes en Argentine.  Bonpland fut franc-maçon même si son adhésion officielle ne se fit,  dit-on, qu'à la fin de sa vie. D'esprit libre et visionnaire, il fut à deux doigts d’être emprisonné accusé de conspiration contre le président argentin de l'époque. Mais la fibre de l'explorateur  le reprend et il va remonter le Río de La Plata vers le nord, en direction du Paraná, où il découvre dans l’île de Martín García des plants de maté, la fameuse infusion du Paraguay jalousement gardé par les jésuites.

 

L'Afrique est un continent où au 19ème siècle d'immenses régions restent à explorer car les cartes sont en grande partie incomplètes. L'Afrique équatoriale reste un mystère aussi bien à l'est qu'à l'ouest. 

Richard Francis Burton proche de la maçonnerie fut un voyageur incessant et grand érudit. Il dirigea une expédition commanditée par la société royale de géographie à la recherche des sources mythiques du Nil. Cette expédition reconnaîtra le Lac Tanganyika en 1858.

A l'ouest, c'est Pierre Savorgnan de Brazza qui se prend de passion pour ce continent à peine exploré. Dès 1874 il remonte L'Ogooué qui prend sa source dans l'actuelle république du Congo. En 1875 alors Capitaine de la Marine nationale, il est à la tête d'une première exploration qui veut prouver que l'Ogooé et le fleuve Congo ne font qu’un, la mission prouvera le contraire et Brazza rebrousse chemin. Une 2ème expédition sera couronnée de succès avec la reconnaissance du fleuve Congo et les sources de l'Ogooé. Il pactise avec les tributs et rois locaux  permettant l'établissement d'un comptoir français à Nkuna sur le Congo qui s'appellera Brazzaville.  Brazza est un franc maçon actif généreux et profondément humain. Il fut initié en 1888 dans la loge “Alsace Lorraine“ à l'Orient de Paris.

 

 

 

Le XXème siècle, le siècle des révolutions techniques au service des explorateurs

 

Nous arrivons maintenant au XXème siècle. La révolution industrielle a bouleversé les moyens de transport, les distances du monde ont commencé à se rétrécir, l'ère de la vitesse a commencé, celle de la démesure aussi. La planète semble de mieux en mieux connue pourtant, des parties du globe ne sont pas encore accessibles et attirent la convoitise des explorateurs : c'est la conquête des pôles.

 

Robert Peary est le premier explorateur et maçon à atteindre le pôle nord en traîneau accompagné de 4 guides inuit le 21 avril 1909. Mais comme le pôle est un océan glacial, la dérive de la banquise n'a probablement pas permis à PEARY d'atteindre précisément le pôle nord géographique. Un autre maçon Richard BYRB est le premier américain à survoler le pôle nord en 1926. il fut initié par la “federal lodge “ à l'Orient de Washington DC et fonda en 1935 la “First Antartic Lodge“ .

 

Le Pôle Sud est lui un continent difficilement accessible car il faut traverser le 40ème rugissant et les 50ème hurlants pour atteindre cette terre parmi les plus inhospitalières au monde.

 

Ernest Henry Shackleton est le véritable aventurier du pôle sud. Lors de sa première expédition en 1908 il gravit le mont Erebus sur l'île de Ross, un volcan haut de 3794 mètres. Ensuite, après un périple de 2000 kilomètres à pied en tirant 300 kg de traîneau chacun avec deux de ses compagnons, ils plantent l'union jack à l'emplacement du pôle sud magnétique. Cette première expédition lui vaut d'être anobli par Edouard VII.

 

Mais c'est lors de sa seconde expédition au pôle sud en 1914 qu'il va révéler ses qualités extraordinaires de chef, de survie et de maçon. Arrivé au large des côtes du continent blanc, son navire l'Endurance est pris par les glaces . Sa coque de bois ne tarde pas à  se briser par les mouvements de la glace. L’équipage quitte le navire qui sombre. Pendant plusieurs mois les 25 hommes campent sur un bloc de glace en attendant la débâcle de la banquise pour atteindre en chaloupe l'île éléphant. Shackleton éternel optimiste repart sur une chaloupe avec 5 hommes pour chercher des secours laissant le reste de l'équipage sur l'île. Après 17 jours de traversée il réussit à accoster et marche à travers une nature hostile pendant 36 heures avant d'atteindre le premier village. Grâce à cet exploit il sauva son équipage d'une mort certaine. Shackleton fut initié dans la Loge "Navy Lodge" de la Grande Loge Unie d'Angleterre à l'Orient de Londres, le 9 Juillet 1901

 

Roald Amundsens est lui aussi un géant de l'arctique. Il a déjà franchi le passage du nord ouest entre l'atlantique et le pacifique. Pour l'expédition pôle sud il appareille de norvège à bord du Fram  pour mouiller à l'extrême est de la mer de Ross et en traîneau à chiens et à skis Amundsens et quatre compagnons atteignent le pôle Sud le 14 décembre 1911.  Franc-maçon, il perdra la vie en 1928 au nom de la fraternité lors d'une expédition de sauvetage en mer de Barents de l'explorateur italien Umberto Nobile.

 

Juste un petit mot sur le commandant Charcot qui fut l'explorateur des pôles français et même s’il ne fût pas maçon il en eut toutes les qualités de vertu et de fraternité. Après avoir sillonné les mers froides des deux hémisphères et marqué l’empreinte française de l’exploration de ces régions désolées Il périt dans le naufrage de son navire le “pourquoi pas“ avec ses hommes non loin de Reykavik en Islande le 16 septembre 1936. La même année, il avait aidé un tout jeune ethnologue à aborder les côtes du Groenland. Ce Chercheur lui aussi français allait s’illustrer dans la connaissance de l’arctique et des Inuits il s’appelait Paul Emile Victor.

 

Nous sommes maintenant en 1969, le 16 juillet exactement. C'est le jour historique où 2 hommes foulent le sol lunaire. Neil Amstrong et Buzz Aldrin sont à ce moment les premiers explorateurs d'un autre monde et à contempler de la mer de la tranquillité où s'est posé eagle, leur module lunaire, notre planète à 384 000 km de distance. De si loin, Elle apparaît d'un bleu parfait mais aussi petite et  fragile dans le vide infini de l'espace.

 

“Un petit pas pour l'homme mais un bon de géant pour l'humanité“ dira Amstrong. Cet exploit autant technologique qu'humain est l'entreprise qui   a le plus mobilisé l'intelligence, le risque, le courage et la quête de réponses face à l'inconnu malgré les immenses dangers d'une telle mission.

Et ce sont bien 2 maçons qui les premiers réalisèrent cet exploit. Niel Amstrong ne revendiqua jamais son appartenance à l'ordre. Buzz Aldrin lui ne s'en cacha pas. Il  fut initié au REAA dans la “loge MontClair“ à l'Orient du New Jersey en 1965.

 

 

Et demain me direz -vous?

 

Demain d'autre mondes restent à découvrir, explorer et comprendre. Des profondeurs de la terre et des océans aux monde secret des dernières jungles tropicales ou encore aux planètes lointaines du système solaire, ou au-delà vers les nouvelles exoplanètes et peut être les vies extraterrestres qu’elles pourraient abriter ; la quête est aussi vaste que l’univers et presque sans fin.

 

Et si pour nous maçons le chemin initiatique et symbolique nous donne parfois quelques clés sur l'au-delà de l'horizon spirituel c'est peut-être également le voyage et l'exploration du réel qui forment la parfaite synthèse entre chacun d'entre nous et le cosmos.

 

J'ai dit

Vénérable Maître

J-P B.